mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207320 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | RIQUIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juin 2022 et 3 avril 2024, la société Audit Expertise Comptable Création Conseil, représentée par Me Riquier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 521 965 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices résultant de l'entrée en vigueur de la loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et à la transformation des entreprises ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises (loi " PACTE ") lui cause un préjudice anormal et spécial de nature à engager la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- la responsabilité de l'Etat est également engagée, en conséquence de l'adoption de cette loi, sur le fondement de la méconnaissance des engagements internationaux de la France, en raison de la violation par les dispositions législatives dont il s'agit de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a subi des préjudices financier et moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée sur le fondement de la méconnaissance de ses engagements internationaux, en l'absence de toute faute démontrée ;
- la société requérante n'est pas davantage fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat du fait de la rupture d'égalité devant les charges publiques, à défaut de préjudice anormal et spécial ;
- le préjudice invoqué n'est ni certain ni direct.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le premier protocole additionnel à cette convention ;
- le code du commerce ;
- la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 ;
- le décret n° 2019-514 du 24 mai 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delohen,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,
- et les observations de Me Gevaudan, substituant Me Riquier, représentant la SAS Audit Expertise Comptable Création Conseil.
Considérant ce qui suit :
1. La société Audit Expertise Comptable Création Conseil, qui exerce une activité de commissariat aux comptes depuis le 1er juillet 2015, a, par un courrier du 25 octobre 2021, formé une demande indemnitaire préalable au motif que le relèvement des seuils de certification obligatoire par un commissaire aux comptes, imposé par l'article 20 de la loi dite " PACTE " du 22 mai 2019 relative à la croissance et à la transformation des entreprises ainsi que par son décret d'application du 24 mai 2019 fixant les seuils de désignation des commissaires aux comptes et les délais pour élaborer les normes d'exercice professionnel, a entraîné pour elle une perte très importante d'honoraires et de clientèle. Le silence gardé sur cette demande par le garde des sceaux, ministre de la justice a fait naître une décision implicite de rejet. La société Audit Expertise Comptable Création Conseil demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 521 965 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, sur les fondements de la responsabilité de l'Etat du fait des lois et de la violation des engagements internationaux de la France, à raison des effets de la loi " PACTE " du 22 mai 2019 sur son activité.
2. En premier lieu, la responsabilité de l'Etat du fait des lois est susceptible d'être engagée, sur le fondement de l'égalité des citoyens devant les charges publiques, pour assurer la réparation de préjudices nés de l'adoption d'une loi à la condition que cette loi n'ait pas entendu exclure toute indemnisation et que le préjudice dont il est demandé réparation, revêtant un caractère grave et spécial, ne puisse, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement aux intéressés.
3. Si la société requérante fait valoir qu'une partie importante de ses mandats concerne des petites sociétés qui, en application de la réforme législative opérée par la loi " PACTE " du 22 mai 2019, ne sont plus dans l'obligation de désigner un commissaire aux comptes, elle ne démontre pas la spécialité de son préjudice, alors que le relèvement des seuils de certification des comptes des sociétés commerciales est susceptible d'affecter l'ensemble des personnes physiques ou morales exerçant l'activité de commissaire aux comptes. Il résulte d'ailleurs de l'instruction, notamment du " Livre blanc de la profession des commissaires aux comptes " publié en mars 2018 par la commission nationale des commissaires aux comptes et dont la société requérante se prévaut, qu'environ quatre mille commissaires aux comptes exerçaient entre 75 % et 100 % de leurs mandats avec des petites entreprises. La circonstance que quelques personnes seulement, parmi celles exerçant l'activité de commissariat aux comptes, auraient exercé des recours contentieux en vue d'obtenir la réparation des préjudices nés des effets de la loi " PACTE ", ne suffit pas à considérer qu'elles auraient été spécialement affectées par cette loi. Dans ces conditions, faute de spécialité de son préjudice, la société Audit Expertise Comptable Création Conseil n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la rupture de l'égalité des citoyens devant les charges publiques.
4. En deuxième lieu, la responsabilité de l'Etat du fait des lois peut également être engagée en raison des obligations qui sont les siennes pour assurer le respect des conventions internationales par les autorités publiques, pour réparer l'ensemble des préjudices qui résultent de l'intervention d'une loi adoptée en méconnaissance des engagements internationaux de la France.
5. Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international ".
6. La société Audit Expertise Comptable Création Conseil soutient que la diminution de la valeur vénale de la clientèle de son cabinet porte atteinte à son droit de propriété garanti par les stipulations précitées de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, eu égard à l'objectif d'intérêt général poursuivi par la loi du 22 mai 2019 de réduire les contraintes légales et les coûts en résultant qui pèsent sur les petites entreprises, le relèvement des seuils qu'elle a fixé pour les aligner sur ceux prévus par la directive 2013/34/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 n'emporte pas, s'agissant de la clientèle des commissaires aux comptes affectés, d'atteinte disproportionnée au droit au respect des biens garanti par les stipulations précitées dès lors que les prestations de certification des comptes restent obligatoires pour les moyennes et grandes entreprises, les entités d'intérêt public au sens du droit de l'Union européenne ainsi que certaines opérations capitalistiques, que la suppression de cette obligation n'implique pas nécessairement que, dans tous les cas, les entreprises concernées cesseront de faire certifier leurs comptes et qu'une très grande majorité des commissaires aux comptes sont à même d'exercer l'activité d'expertise comptable grâce aux qualifications dont ils disposent. En outre, la mesure litigieuse prévoit que les mandats en cours des commissaires aux comptes se poursuivent jusqu'à leur terme. Dans ces conditions, la loi du 22 mai 2019 ne peut être regardée comme ayant imposé à la société requérante une charge disproportionnée rompant le juste équilibre entre les exigences de l'intérêt général et le respect de ses biens. Dès lors, elle n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la méconnaissance, qui n'est pas établie, des stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société Audit Expertise Comptable Création Conseil doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Audit Expertise Comptable Création Conseil est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Audit Expertise Comptable Création Conseil et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 juin 2024.
Le rapporteur,
D. DELOHENLe président,
C. CANTIÉ
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2207320
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026