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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209991

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209991

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 13 février 2023, M. A C L et Mme D I, agissant en leur qualité de représentants légaux des enfants H C, F C et G C, représentés par Me Magdelaine, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus opposé par les autorités consulaires françaises à Kinshasa (République démocratique du Congo) le 1er mars 2022 à la demande de visas de long séjour pour leurs enfants allégués, H, F et G C, présentée au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre le ministre de l'intérieur de réexaminer les demandes de visas dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation des requérants ;

- la décision consulaire méconnaît l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision consulaire a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3mars 2023 :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur,

- et les observations de Me Le Floch, substituant Me Magdelaine, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1.M. A C L, de nationalité congolaise, a obtenu le statut de réfugié. A la suite du jugement du tribunal de céans n° 2004408 du 6 novembre 2020 annulant partiellement le refus de visa qui avait été opposé à une première demande de visas pour son épouse et ses trois filles alléguées, K I a pu le rejoindre en France. Les enfants H, F et G C ont sollicité de nouveau auprès des autorités consulaires françaises à Kinshasa la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale qui leur a été refusé. Saisie par le requérant d'un recours, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus de visa de long séjour au titre de la réunification familiale opposé par les services consulaires français à Kinshasa par une décision implicite dont M. C L et Mme I, en leur qualité de représentants légaux, demandent l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, à le supposer soulevé, doit être écarté.

3.En deuxième lieu, la décision de la commission étant née implicitement du silence gardé par elle sur le recours présenté par les requérants contre la décision de l'autorité consulaire française, le moyen de la requête tiré de défaut d'examen particulier de leur situation ne peut qu'être écarté.

4.En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Les articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code, ajoutent respectivement que : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ". L'article L. 561-5 de ce code dispose que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

5.D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6.De plus, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

7.Il ressort du mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur que pour rejeter la demande de visa présentée au profit des demanderesses de visa, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que les actes de naissance produits sont apocryphes et ne permettent pas d'établir le lien de filiation avec le réunifiant.

8.A l'appui des demandes de visas présentées pour H C, F C et Fortune C ont été produits un jugement supplétif, commun aux trois enfants, rendu le 18 mai 2018 par le tribunal pour enfants de J/B ainsi que leurs actes de naissance respectivement dressés le 18 juin 2018 en transcription dudit jugement dans les registres de la commune de Kinshasa et les copies intégrales de ces actes de naissance du 4 mai 2022 légalisées et leurs passeports. Toutefois, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, les copies intégrales des actes de naissance comportent un " Quick Response " code, qui ne figure dans aucun document officiel selon l'administration, et qui, selon les recherches effectuées par le ministre, non contredites, renvoie à un site marchand permettant l'établissement de faux documents. En outre, les passeports ont été établis les 28 mars 2016 pour H et F C et le 27 mai 2016 pour Fortune C, antérieurement aux actes de naissance dressés sur jugement supplétif, à partir d'un acte de naissance préexistant mais non produit. Au surplus, ces actes ont été établis sur la déclaration de l'oncle des enfants, alors qu'en vertu de l'article 106 du code de la famille congolais cette démarche relève de la seule compétence du ministère public, ce qui, dans ce contexte particulier, est de nature à mettre sérieusement en doute le caractère authentique de l'ensemble des actes d'état civil produits. Ces anomalies sont de nature à établir, en l'absence notamment de toute explication circonstanciée des requérants, le caractère frauduleux des documents produits. Dès lors, la commission n'a commis ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation en estimant que le lien de filiation allégué entre les demanderesses de visa et le réunifiant n'était pas établi.

9.Par ailleurs, ni les justificatifs de transferts d'argent au profit de l'oncle des enfants entre décembre 2021 et juin 2022, ni les quelques échanges par messagerie électronique entre janvier et février 2022, ni les déclarations du requérant à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ne suffisent à établir la filiation par possession d'état.

10.En quatrième lieu, en l'absence de caractère établi des liens de filiation, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11.En cinquième lieu, la circonstance que les intéressées ne présentent pas un risque de trouble à l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard à ses motifs.

12.En sixième et dernier lieu, le lien familial unissant le réunifiant et les demanderesses de visa n'étant pas établi, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ne peuvent qu'être écartés.

13.Il résulte de ce qui précède que M. C L et Mme I ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, leur requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C L et de Mme I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C L, à Mme D I et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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