vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210069 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOUMEDIENE THIERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Boumediene Thiery, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution " des différentes décisions attaquées de refus de visa retour " ;
2°) d'enjoindre aux autorités consulaires françaises à Rabat (Maroc) de lui délivrer un visa de retour sous huitaine à compter de la décision à intervenir et d'assortir cette mesure d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la signification de l'ordonnance ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il doit occuper dès le mois d'août 2022 un poste pour lequel il bénéficie d'une promesse d'embauche, sur lequel il avait postulé avant son départ pour le Maroc, dès lors que son épouse et ses quatre enfants mineurs résident en France et compte tenu de l'entrave à sa liberté de circulation ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse : il bénéficie d'un droit au séjour en France, il n'a pas pu se rendre au rendez-vous fixé en préfecture pour le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " car il a contracté la Covid-19 lors de son séjour au Maroc et que, par la suite, plusieurs refus de visa de retour lui ont été opposés ; le motif qui lui est opposé, à savoir " les informations communiquées pour justifier les conditions de séjour incomplètes et/ou non fiables " est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a fait état de sa situation familiale et professionnelle aux autorités consulaires françaises, en présentant pour en justifier des documents officiels délivrés par les autorités françaises ; la décision méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la séparation d'avec ses enfants et son épouse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que, par une décision du 21 juillet 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France lui a recommandé de délivrer le visa en cause, et qu'il n'a pas encore statué ;
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte que des conclusions à fin d'injonction et faute pour le requérant d'avoir produit la décision attaquée ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le requérant n'a pas été empêché de voyager pour un motif sérieux en dépit de la crise sanitaire, qu'il n'établit pas que son état de santé l'a empêché de voyager avant l'expiration de son titre de séjour et qu'il a attendu le mois de février 2022 pour déposer une demande de visa de retour auprès des autorités consulaires puis le mois de mai 2022 pour déposer un recours auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, après plusieurs refus successifs des autorités consulaires.
Par une décision du 11 août 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 août 2022 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Milin, juge des référés ;
- les observations de Me Boumediene Thiery, représentant le requérant, qui reprend les moyens et arguments énoncés dans sa requête en les développant et en insistant notamment sur le caractère non-liant de la recommandation de la commission de recours à l'égard du ministre de l'intérieur, sur l'impossibilité pour M. A de solliciter un visa de retour avant d'être rétabli des suites de la Covid-19 qu'il a contractée au Maroc et sur la circonstance que c'est à la demande des autorités consulaires françaises qu'il a réitéré ses demandes de visa plutôt que de saisir dès le premier refus la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui reprend les écritures en défense en insistant sur le défaut d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né en 1969, a déposé dans le courant du mois de février 2022 d'après ses déclarations, une demande de visa dit " de retour " auprès des autorités consulaires françaises à Rabat (Maroc), dès lors que son dernier titre de séjour l'autorisant à résider sur le territoire français et à y retourner sans solliciter de visa était expiré. Par une décision du 14 février 2022, les autorités consulaires françaises ont refusé la délivrance du visa de retour. M. A a réitéré à trois reprises sa demande, qui a de nouveau fait l'objet de décisions de refus en date des 21 mars 2022, 8 avril 2022 et 9 mai 2022. Le 24 mai 2022, M. A a formé un recours auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution " des différentes décisions attaquées de refus de visa retour ". Par une décision du 21 juillet 2022, notifiée en cours d'instance à M. A, la commission de recours a substitué à sa décision implicite née du silence conservé deux mois sur le recours une recommandation au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, sur le fondement de l'article D. 312-5-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
3. En premier lieu, l'objet même du référé organisé par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.
4. Si la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, non seulement cette recommandation ne présente pas de caractère contraignant pour le ministre de l'intérieur mais en outre le représentant de celui-ci à l'audience n'a pas été en mesure d'indiquer dans quel délai serait prise la décision sur le recours. Par conséquent, la fin de non-recevoir tirée de la recommandation favorable émise par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être écartée.
5. En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, le requérant présente des conclusions à fin de suspension, dirigées contre l'ensemble des décisions de refus de visa qui lui ont été opposées, qu'il y a lieu de regarder comme étant dirigées contre la dernière décision des autorités consulaires, en date du 9 mai 2022, qui a fait l'objet du recours administratif préalable obligatoire. Par suite, la fin de non-recevoir tiré de ce que la requête ne contiendrait que des conclusions à fin d'injonction doit être écartée.
6. En troisième lieu, contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, le requérant a produit, outre l'accusé de réception de son recours auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, les quatre décisions de refus de visa édictées par les autorités consulaires françaises, dont la dernière, datée du 9 mai 2022, a fait l'objet du recours auprès de la commission de recours. Par suite, la fin de non-recevoir tiré du défaut de production de la décision attaquée doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
7. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
8. Si la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, cette circonstance n'est pas de nature à faire obstacle à ce que le requérant puisse se prévaloir d'une situation d'urgence, en l'absence de décision favorable du ministre de l'intérieur et des outre-mer rendue sur son recours. Le requérant établit en outre avoir déposé quatre demandes de visa de retour, et être contraint de demeurer au Maroc, où il était venu rendre visite à son père malade désormais décédé, depuis, au plus tard, le mois de mai 2022, et ce, alors que son épouse et ses quatre enfants mineurs résident en France et qu'un employeur, contacté avant le départ de M. A au Maroc, est disposé à lui offrir un emploi s'il est en mesure d'occuper son poste à compter du mois de septembre 2022. Par conséquent, le refus de visa opposé à M. A préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et à celle des membres de sa famille résidant en France. Il en résulte que la condition d'urgence imposée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
9. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le motif de refus de visa, tiré de ce que les informations communiquées pour justifier les conditions de séjour sont incomplètes et/ou non fiables est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors et aucun intérêt n'y faisant obstacle, il y a lieu de suspendre l'exécution de cette décision.
10. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa présentée par M. A et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boumediene Thiery d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 9 mai 2022 des autorités consulaires françaises à Rabat est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de visa de retour de M. A dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Boumediene Thiery une somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur et à Me Boumediene Thiery.
Fait à Nantes, le 26 août 2022.
La juge des référés,
C. BLe greffier,
J-F. MERCERONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026