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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210468

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210468

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantMORISSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 6 août 2022, le 21 octobre 2022, le 26 octobre 2022 et le 21 août 2023, M. A B et Mme E C épouse B, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur D F B, représentés par Me Morisset, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 8 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours dirigé contre la décision du 16 juin 2022 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant à l'enfant D F B la délivrance d'un visa dit de " retour " ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en raison de la minorité D B, qui n'a pas besoin d'un titre de séjour pour résider en France et qui bénéficie du droit au regroupement familial ;

- elle porte atteinte à la liberté d'aller et venir D B et indirectement de ses parents, ainsi qu'à leur doit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et de l'article 7 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B et Mme E C épouse B, ressortissants sénégalais titulaires de titres de séjour en France, ont sollicité le 7 juin 2022 un visa dit de " retour " auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) pour leur fils, D F B, né le 9 avril 2020. Par une décision du 16 juin 2022, cette autorité a rejeté leur demande. Par une décision implicite née le 8 octobre 2022, dont M. et Mme B demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours dirigé contre la décision consulaire.

2. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article L. 312-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ". Il résulte de ces dispositions qu'un étranger titulaire d'un titre l'autorisant à séjourner en France peut quitter le territoire national et y revenir, tant que ce titre n'est pas expiré, en se voyant le cas échéant délivrer un " visa de retour ", lequel présente le caractère d'une information destinée à faciliter les formalités à la frontière.

3. En cas de décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et compte tenu des mentions indiquées sur l'accusé de réception en principe transmis par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aux requérants, la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tenant en l'espèce au fait que le demandeur de visa ne justifiait pas d'un droit au séjour en France.

4. Il ressort des pièces du dossier que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire refusant au jeune D la délivrance d'un visa dit de " retour " au motif que l'intéressé, qui a bénéficié d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial délivré par l'autorité consulaire française à Dakar et valable du 3 mars 2021 au 1er juin 2021, qui lui a permis d'entrer régulièrement sur le territoire français le 13 mars 2021, est retourné avec son père au Sénégal après l'expiration de son visa sans disposer d'un document de circulation pour étranger mineur. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. B a été convoqué le 15 juillet puis le 26 juillet 2022 par les services de la préfecture de Seine-et-Marne afin que lui soit remis un document de circulation pour étranger mineur pour son fils. Dans ces conditions, et alors même que ce document n'avait pas encore été matériellement remis en mains propres à l'intéressé, la commission de recours, à la date de sa décision, ne pouvait valablement refuser de délivrer à l'enfant D B un " visa de retour " en France au motif que celui-ci ne disposait pas d'un document de circulation pour étranger mineur.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le visa sollicité soit délivré. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 8 octobre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme E C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revereau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BRIAND

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