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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210789

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210789

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210789
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantRENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2022, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B A de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé au 30 boulevard Rouillé à La-Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Ambroise Paré et géré par l'association Passerelles, devenue VISTA ;

2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;

Il soutient que :

- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de l'intéressée, déboutée de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2022, 130 demandeurs d'asile et leurs enfants étaient en attente d'un hébergement dans le département ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme A se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 octobre 2021, notifiée le 16 novembre 2021 ; que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée par un courrier du 19 novembre 2021 de la fin de sa prise en charge et que, par un courrier du 19 janvier 2022 réputé notifié, le préfet l'a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; que le 20 juillet 2022, le gestionnaire du centre d'accueil a constaté que l'occupation était toujours effective ;

- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation de Mme A ne caractérise pas une situation de détresse qui pourrait justifier son maintien dans le lieu d'hébergement qu'elle occupe alors que sa demande d'asile a été rejetée et que le tribunal a confirmé la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet ; qu'elle peut bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée de quinze jours dans le cadre des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, Mme A, représentée par Me Renaud, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit accordé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les pièces produites par le préfet de la Vendée, et notamment des tableaux présentant des chiffres, sont anciennes, susceptibles d'avoir évoluées et dénuées de force probante suffisante ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que sa demande de réexamen de sa demande d'asile, qui n'a pas pour objet de faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, est toujours pendante devant les autorités compétentes ; les dispositions de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent le maintien de son hébergement.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 7 septembre 2022 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,

- et les observations de Me Renaud, représentant Mme A.

Le préfet de la Vendée n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé au 30 boulevard Rouillé à La-Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Ambroise Paré et géré par l'association Passerelles, devenue VISTA.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 6 avril 1980, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 13 septembre 2020. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 30 boulevard Rouillé à La-Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Ambroise Paré et géré par l'association VISTA. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 29 octobre 2021, notifiée à l'intéressée le 16 novembre 2021. Elle a été informé de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 19 novembre 2021. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet de la Vendée, le 19 janvier 2022. Mme A se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A a été convoquée, le 8 juin 2022, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en vue du réexamen de sa demande d'asile le 6 juillet 2022, que cette procédure de réexamen est toujours pendante devant les autorités compétentes et qu'elle dispose ainsi d'une attestation de demande d'asile, délivrée par la préfecture de la Loire-Atlantique le 2 juin 2022, lui donnant droit au séjour jusqu'au 1er décembre 2022. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du préfet de la Vendée doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique et de mettre à la charge du préfet de la Vendée le versement à Me Renaud, avocat de Mme A, d'une somme de 800 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête du préfet de la Vendée est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Renaud une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à ce titre.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme B A, et à Me Renaud.

Copie en sera adressée au préfet de la Vendée pour information.

Fait à Nantes, le 16 septembre 2022.

La juge des référés,

O. ROBERT NUTTE

La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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