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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211892

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211892

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, M. C B A, représenté par Me Renaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ainsi qu'un titre de séjour provisoire dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il réside en France depuis trois ans ; il dispose de nombreux amis, justifie d'une maîtrise de la langue française à l'oral comme à l'écrit ; il est inséré professionnellement ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il dispose de nombreux amis, justifie d'une maîtrise de la langue française à l'oral comme à l'écrit ; il est inséré professionnellement ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une méconnaissance de la circulaire du 28 novembre 2012 publiée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu, ni mis en mesure de faire valoir ses arguments avant son édiction, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 16 août 2022, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé,

- et les observations de Me Renaud, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant tchadien né le 27 septembre 1992, est entré sur le territoire français le 18 septembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises et valable jusqu'au 1er octobre 2019. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 11 juin 2021. Il a sollicité, le 30 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B A demande l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle du requérant et notamment le fait que ni la présentation d'une promesse d'embauche ni son activité professionnelle antérieure n'est suffisante pour permettre la régularisation de sa situation, qu'il ne justifie d'aucun lien familial ou personnel intense sur le territoire français alors que ses deux enfants et son épouse résident au Tchad et qu'il ne remplit, par conséquent, pas les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " pour motifs exceptionnels. La décision attaquée comporte, ce faisant, les considérations de fait et de droit qui lui servent de fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux manquent en fait et doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B A ne réside en France que depuis deux ans et huit mois à la date de la décision attaquée, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 novembre 2021 et qu'il ne fait état d'aucune attache privée ou familiale en France alors qu'il ne conteste pas que son épouse et ses deux enfants résident dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Par ailleurs, s'il soutient qu'il présente un état de santé justifiant une prise en charge particulière dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences graves, il ne produit aucune pièce à l'appui de ces allégations. Il suit de là qu'en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B A, le préfet de la Vendée n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".

6. Les éléments de la vie personnelle du requérant, tels que décrits au point 4 du présent jugement, ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si M. B A se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle antérieure à la décision attaquée ainsi que d'une promesse d'embauche, ni le fait pour le requérant d'avoir travaillé à trois reprises, pour des durées respectives de 15 jours, 22 jours et de deux mois, en qualité d'opérateur de production, ni la production d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité d'agent polyvalent de nettoyage ne suffisent à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

7. En quatrième lieu, M. B A ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, qui ne présentent pas un caractère règlementaire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B A tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté préfectoral du 31 mai 2022 se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Or, comme cela a été dit au point 2 ci-dessus, cet arrêté vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels il a été pris et mentionne les éléments de fait propres à la situation personnelle du requérant. L'arrêté précise par ailleurs que l'autorité administrative qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à un étranger peut l'obliger à quitter le territoire. Par suite, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, ni davantage d'un examen réel et sérieux de sa situation.

10. En deuxième lieu, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

11. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent de façon complète les règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. En outre, le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français. M. B A, qui est entré en France sous couvert d'un visa de court séjour et qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'un refus de délivrance de ce titre de séjour et, dans ces conditions, de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il aurait été empêché de s'exprimer devant les services préfectoraux avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise sans procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions des articles L. 121 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus que l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 6 du présent jugement que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision fixant le pays dont M. B A a la nationalité comme pays de destination se réfère notamment à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de risque pour l'intéressé d'être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit comme en fait.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 14 ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et sa demande formée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, au préfet de la Vendée et à Me Renaud.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lf

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