lundi 5 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212114 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | ATLANTIC JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, la communauté de communes Vie et Boulogne, représentée par Me Tertrais, demande au juge des référés de prescrire une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, afin qu'il se prononce sur les désordres affectant la piscine d'Aizenay sis rue des Ganneries (85190).
La communauté de communes Vie et Boulogne soutient que :
- les désordres et malfaçons affectant le carrelage de la piscine d'Aizenay suffisent à caractériser l'utilité de l'expertise sollicitée ;
- la situation est particulièrement préjudiciable puisqu'elle est dans l'impossibilité d'ouvrir l'établissement au public au regard des risques de chutes et de blessures liés aux désordres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, la SARL Gruet Ingénierie, représentée par Me Caous-Pocreau, demande au juge des référés de lui donner acte de ses protestations et réserves sur la demande d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 novembre 2022, la SAS Baille, représentée par Me Crespelle, demande au juge des référés :
1°) d'enregistrer ses protestations et réserves sur la demande d'expertise ;
2°) de désigner un expert judiciaire au contradictoire de la communauté de communes Vie et Boulogne, de la SARL Gruet Ingénierie, de la SASU Atelier Gil Salom Architecture, du Bureau Alpes Contrôles et d'elle-même ;
3°) de modifier le contenu de la mission d'expertise selon ses conclusions.
Elle soutient que :
- il apparait utile d'étendre la mesure d'expertise au Bureau Alpes Contrôles, qui intervient en qualité de contrôleur technique et a établi un rapport de contrôle ;
- les imperfections relevées ne faisaient pas obstacle à une réception des travaux avec réserves ; aucun procès-verbal n'a été établi lors des opérations préalables à la réception des travaux ; le rapport du bureau de contrôle Alpes Contrôles est entaché d'insuffisances de méthodologie qui le prive de caractère probant ;
- le chef de mission n° 4 " Procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres qui affectent l'ouvrage en précisant leur date d'apparition " est imprécis et doit être remplacé par une demande de hiérarchisation des désordres éventuels, conformément aux catégories fixées dans le CCAG et des formulaires types de réception des travaux : travaux non réalisés, travaux non conformes, malfaçons ou imperfections ;
- le chef de mission n° 5 relatif au caractère évolutif ou généralisé des désordres, s'ils sont susceptibles de rendre l'immeuble impropre à sa destination ou de compromettre sa solidité et au caractère envisageable de la réception doit être revu ; l'appréciation du caractère décennal des désordres est dépourvu d'utilité dès lors que la réception n'a pas été prononcée ; par ailleurs, la demande à l'expert sur le caractère réceptionnable des travaux doit être reformulée.
La procédure a été communiquée à la SASU Atelier Gil Salom Architecture et au Bureau Alpes Contrôles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Specht, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Vie et Boulogne située à Le Poiré-sur-Vie (Vendée) a entrepris des travaux de réhabilitation d'extension de la piscine d'Aizenay. La maitrise d'œuvre a été confiée, par un acte d'engagement du 6 octobre 2020, à un groupement conjoint composé de la SARL Gruet Ingénierie et de la SARL Atelier Gil Architecture. Le lot n°10 " carrelage " a été attribué à la SAS Baille par un acte d'engagement du 8 décembre 2020. Le maitre d'ouvrage a constaté un certain nombre de désordres affectant le carrelage tels qu'un défaut de planéité, des affleurements, un collage manifestement insuffisant et une apparence inesthétique et a refusé la réception des travaux. La communauté de communes Vie et Boulogne demande au juge des référés d'ordonner une expertise aux fins de constater ces désordres, d'en déterminer les causes et les responsabilités, de préconiser les travaux de reprise et d'en chiffrer le coût.
Sur la demande de mise en cause du Bureau Alpes Contrôles :
2. La société Baille demande que les opérations d'expertises soient diligentées au contradictoire du Bureau Alpes Contrôles, désigné comme contrôleur technique dans le cadre du marché de travaux de réhabilitation et extension de la piscine d'Aizenay et qui a établi, à la demande de la communauté de communes, un rapport de contrôle. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. En l'état de l'instruction, il y a lieu d'ordonner la participation de la société Bureau Alpes Contrôles aux opérations d'expertise.
Sur l'utilité de la mesure d'expertise :
3. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'utilité d'une expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée d'une part au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et d'autre part, bien que le juge ne soit pas saisi du principal au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
5. En premier lieu, la communauté de commune et Boulogne demande qu'une mesure d'expertise soit ordonnée aux fins de faire constater les désordres affectant le carrelage des sols et des murs de la piscine d'Aizenay, objet du lot n° 10 du marché attribué à la SAS Baille, d'en apprécier l'ampleur, la gravité et l'origine, les modalités de reprise et leur coût. La mesure d'expertise revêt, dans cette mesure, un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
6. En deuxième lieu, la communauté de commune et Boulogne demande également que la mesure d'expertise soit ordonnée aux fins notamment de déterminer si les travaux entrepris par la société Baille peuvent être réceptionnés avec réserves ou si une réception avec réserves n'est pas envisageable et de préciser également si les désordres constatés sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité. Toutefois, d'une part, la mission consistant à dire si l'ouvrage est à même d'être réceptionné avec réserves ou si la réception doit être refusée est au nombre de celles qu'il appartient au maître de l'ouvrage, conseillé par le maître d'œuvre, de remplir lorsqu'il s'apprête à réceptionner un ouvrage public en voie d'achèvement et ne revêt dès lors pas un caractère utile au sens des dispositions sus-rappelées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. D'autre part, les désordres constatés étant visibles et connus lors des opérations de réception, la mission tendant à apprécier le caractère décennal de ces désordres est dépourvue d'utilité. Par suite, les demandes de la communauté de communes, tout comme celle en défense de la société Baille tendant également à apprécier si les travaux peuvent être réceptionnés, doivent être rejetées.
7. En troisième lieu, la société Baille est fondée à demander que soit précisé le chef de mission relatif à la description des désordres selon qu'il s'agisse de travaux non réalisés, de travaux non conformes, de malfaçons ou d'imperfections.
8. Il y a lieu, par suite, de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
9. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B, expert agréé auprès de la cour administrative d'appel de Nantes et inscrit au tableau 2023 dans la rubrique " C.1.2 Architecture, ingénierie ", demeurant 8 rue du Roi Albert à Nantes (44000), est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, entendre les parties et prendre connaissance de tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;
2°) rappeler et préciser les liens contractuels unissant les parties, les missions confiées par le maître d'ouvrage à chacun des constructeurs qu'il attrait à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services et tous autres documents utiles ;
3°) procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres qui affectent le carrelage de la piscine d'Aizenay, en indiquant s'il s'agit de travaux non-réalisés, de travaux non-conformes, de malfaçons ou d'imperfections, ainsi que la date de constatation de ces désordres ;
4°) Décrire les désordres et malfaçons constatés, dire s'ils sont évolutifs ou généralisés et donner tous les éléments utiles d'appréciation sur la ou les causes des désordres constatés, en précisant si ces derniers sont imputables à un vice de conception, à un défaut de surveillance ou un défaut d'exécution, ou encore à toute autre cause, et, dans le cas de causes multiples, en indiquer la part d'imputabilité à chacune d'entre elles ;
5°) Indiquer la nature et le coût des travaux propres à remédier à ces désordres et préciser s'ils entraîneront des conséquences sur le fonctionnement et l'exploitation de l'ouvrage ;
6°) Indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dès lors que les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des usagers ;
7°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices de toute nature subis ;
8°) s'il y a lieu, de faire toutes autres constatations nécessaires, d'entendre les observations de tous intéressés et d'annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, recourir à un sapiteur qui sera préalablement désigné par le président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expert effectuera sa mission au contradictoire de :
- la communauté de communes Vie et Boulogne,
- la SARL Gruet Ingénierie,
- la SAS Baille,
- la SASU Atelier Gil Salom Architecture,
- le Bureau Alpes Contrôles.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport avant le 31 décembre 2023. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes Vie et Boulogne, à la SARL Gruet Ingénierie, à la SAS Baille, à la SASU Atelier Gil Salom Architecture et au Bureau Alpes Contrôles.
Fait à Nantes, le 5 juin 2023.
La juge des référés,
F. SPECHT
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026