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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212438

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212438

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, Mme B D, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le mois de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- sa demande de titre de séjour n'a pas été sérieusement examinée ;

- la décision attaquée portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du droit d'être entendue ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces, enregistrées le 23 août 2022, ont été produites par le préfet de la Loire-Atlantique et communiquées.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère ;

- les observations de Me Béarnais, avocate de Mme D ;

- et les observations de Mme D.

Une note en délibéré, produite par Mme D, a été enregistrée le 16 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 6 février 1985, est entrée sur le territoire français le 1er mai 2014 munie d'un visa de type C. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 octobre 2014, décision confirmée le 15 avril 2015 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 4 septembre 2015, sa demande de titre de séjour a été rejetée et une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre. Le 20 septembre 2016, Mme D a sollicité un titre de séjour pour raison médicale. Par un arrêté du 10 mai 2017, le préfet a rejeté cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 18 septembre 2017. Mme D a par la suite sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 février 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 7 juillet 2021 du tribunal administratif de Caen, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Par un arrêté du 22 juin 2022 dont Mme D demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

2. Par un arrêté du 11 avril 2022, publié le 11 avril 2022 au recueil des actes administratifs de la Loire-Atlantique, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique et, en son absence ou son empêchement, à M. A, son adjoint, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui dont la requérante demande l'annulation et, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de l'une comme de l'autre et dans la limite des attributions du bureau du séjour, à Mme E, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un tel arrêté. Les décisions refusant un titre de séjour, assorties d'une obligation de quitter le territoire français fixant le pays de renvoi sont au nombre de ces attributions. Il ne ressort pas du dossier que cette directrice et son adjoint n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour à la requérante. Il en résulte que cette décision est motivée. Par suite et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. En outre, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que l'intéressée est de nationalité géorgienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

5. La requérante, qui ne pouvait ignorer séjourner irrégulièrement sur le territoire français ne pouvait davantage ignorer pouvoir faire l'objet, en cas de refus de sa demande de régularisation, d'une obligation de quitter le territoire français. A l'occasion de la présentation de cette demande, elle a eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'elle soit autorisée à séjourner en France et ne soit pas contrainte de quitter ce pays et de retourner, en particulier, en Géorgie. Elle était à même de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même n'est allégué, qu'elle en aurait été empêchée. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est intervenue à l'issue d'une procédure viciée par une méconnaissance du droit d'être entendu.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 de ce code, applicable à l'arrêté attaqué : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Mme D fait valoir qu'elle est hébergée, avec sa fille de 12 ans scolarisée en France depuis 2014, dans le Calvados, chez sa mère arrivée en France en 2003 et qui détient la nationalité française depuis sa naturalisation en 2016. Il ressort des pièces du dossier que si Mme D se prévaut de la durée et des conditions de son séjour en France, elle a toutefois fait l'objet de trois arrêtés portant obligation de quitter le territoire français en 2015, 2017 et 2021, qu'elle n'a pas exécutés. Les éléments qu'elle apporte sont insuffisants à établir une intégration stable sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D serait dans l'impossibilité de retourner en Géorgie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans, dont de nombreuses années séparées de sa mère, pour y poursuivre sa vie personnelle, familiale et professionnelle. Si la fille de la requérante, âgée de 12 ans et scolarisée à Caen, est sérieuse et assidue, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Géorgie, pays dont cette enfant a la nationalité. Si la requérante fait état de l'état de santé de sa mère qui réside en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de cette dernière nécessiterait sa présence sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble des circonstances caractérisant la situation personnelle de la requérante en France à la date de l'arrêté attaqué, il ne ressort pas du dossier qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique aurait, eu égard aux buts dans lesquels ont été prises ces décisions, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il en résulte que la décision attaquée portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans l'exercice du large pouvoir d'appréciation dont il est investi par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de Mme D en France ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels.

10. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de ce refus d'admission au séjour. Elle ne l'est pas davantage à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office serait illégale en raison de l'illégalité de ce refus ou de cette obligation.

11. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté de la requérante seraient menacées en Géorgie ou qu'elle risquerait d'être soumise dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office, en ce qu'elle compte la Géorgie au nombre des destinations possibles d'un tel éloignement, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure

S. THOMAS Le président,

A. DURUP DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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