lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213851 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 octobre 2022 et le 25 juillet 2023, Mme E A, agissant en son nom et en sa qualité de représentante légale de l'enfant D C, représentée par Me Régent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer refusant de délivrer à l'enfant D C un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'une réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- en se fondant, pour établir la fraude, sur l'absence d'éléments de possession d'état, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a entaché sa décision d'une erreur de droit eu égard aux dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité du demandeur de visa et sa lien familial avec la réunifiante sont établis par la production d'un passeport, d'un jugement supplétif et d'un acte de naissance pris en transcription, auquel ne peut être opposé la méconnaissance de l'article 175 du code civil guinéen ;
- à titre subsidiaire, le lien de filiation est établi par la possession d'état ;
- le motif tiré de ce qu'aucun jugement de délégation de l'autorité parentale n'est produit est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 15 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Heng,
- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public,
- et les observations de Me Sachot, substituant Me Régent, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, ressortissante guinéenne, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 juillet 2018. D C, qu'elle présente comme son fils, a déposé une demande de visa de long séjour auprès de l'ambassade de France en Guinée et en Sierre Leone au titre de la réunification familiale. Par une décision du 25 février 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer ce visa. Suite au recours administratif préalable obligatoire introduit devant elle, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa. Par une décision du 10 octobre 2022, dont Mme A demande l'annulation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de délivrer ce visa.
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer un visa au jeune D C, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, Mme A, qui a effectué des déclarations incohérentes et qui ne justifie d'aucun élément de possession d'état, tente d'obtenir de manière frauduleuse un visa au titre de la réunification familiale, alors que l'acte de naissance de l'enfant est au surplus contraire à l'article 175 du code civil guinéen et que la demande de visa a été effectuée trois ans après la reconnaissance de la qualité de réfugiée à Mme A, et d'autre part, de ce qu'aucun jugement de délégation de l'autorité parentale n'est produit.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 de ce code dispose que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugiée ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
5. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. Mme A produit le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 12243 rendu le 21 décembre 2020 par le tribunal de première instance de Conakry III Mafanco, qui mentionne que D C, fils de B C et de E A, est né le 26 décembre 2013, ainsi que l'extrait du registre de transcription des naissances faisant état de sa transcription le 18 janvier 2021 sous le numéro 885. Le passeport du demandeur est également produit. Sur celui-ci, sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème chiffres, les chiffres " 885 ", ce qui correspond aux numéros de l'extrait d'acte de naissance n° 885 produit.
8. Le jugement supplétif d'acte de naissance ne fait l'objet d'aucune critique permettant d'établir l'existence d'une fraude, la seule circonstance que la demande de visa ait été effectuée trois ans après l'obtention du statut de réfugié étant à cet égard sans incidence. Par ailleurs, si l'administration relève que l'acte de naissance produit n'est pas conforme aux dispositions de l'article 175 du code civil guinéen, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'établit pas que ces dispositions seraient applicables aux actes de naissance établis à la suite de jugements supplétifs. Enfin, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer se prévaut de déclarations incohérentes effectuées par Mme A, celles-ci ne ressortent pas des pièces du dossier, alors qu'au demeurant, il ressort des motifs de la décision de la CNDA que celle-ci a déclaré lors de sa demande d'asile avoir eu un fils en décembre 2013. Par suite, aucun des éléments soulevés par l'administration n'est de nature à démontrer le caractère frauduleux du jugement supplétif produit. Dans ces conditions, l'identité du demandeur et le lien de filiation étant établis, Mme A est fondée à soutenir que le motif tiré de ce que ses déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale est entaché d'une erreur d'appréciation.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels les dispositions de l'article L. 561-4 du même code renvoient : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande, 1° la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. " et " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ".
10. Il est constant que Mme A n'a pas produit de décision juridictionnelle lui confiant l'exercice de l'autorité parentale sur l'enfant mineur D C, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la requérante produit le jugement n° 349 rendu le 12 août 2022 par le tribunal de première instance de Kaloum lui déléguant l'autorité parentale sur son fils mineur, ainsi que sa " prise en charge totale ", il est constant que cette délégation n'émane pas du père de l'enfant, mais de sa cousine, dont il n'est pas établi qu'elle aurait disposé en premier lieu de l'autorité parentale sur l'enfant. Si Mme A explique que le père de son fils n'a jamais pris part à son éducation, et qu'il est pris en charge depuis son départ de Guinée par sa mère, les seules attestations produites ne permettent pas d'établir ces faits. En effet, il ressort du jugement supplétif d'acte de naissance que celui-ci a été établi sur requête du père de l'enfant, et que ce dernier est inscrit sur l'état civil de son fils. Enfin, il n'est ni établi, ni même allégué, que Mme A serait dans l'impossibilité de se voir déléguer l'autorité parentale sur son fils de la part de son père. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation en rejetant la demande de visa litigieuse pour le second motif rappelé au point 2 du présent jugement.
11. Il résulte de ce qui précède que la décision litigieuse est fondée sur un motif légal et sur un motif illégal. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif légal, tiré de ce que Mme A n'a pas produit de décision juridictionnelle lui confiant l'exercice de l'autorité parentale émanant du père de l'enfant.
12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a examiné les documents d'état civil produits par Mme A, et non uniquement les pièces produites au titre de la possession d'état. Par suite, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit.
13. En dernier lieu, en l'absence de décision juridictionnelle confiant à Mme A l'exercice de l'autorité parentale sur son fils et alors que la requérante n'établit pas que l'intérêt supérieur de cet enfant serait de la rejoindre sur le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Sa requête ne peut donc qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Régent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvet, présidente,
Mme André, première conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.
La rapporteure,
H. HENG
La greffière
La présidente,
C. CHAUVET
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026