mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | LESCS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, des pièces complémentaires enregistrées le 7 février 2023 et un mémoire enregistré le 9 mars 2023, M. F I et Mme E I, représentés par Me Lescs, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 24 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) du 13 juillet 2022 refusant de délivrer à Mme I et aux enfants B, J, C, G, H et K I des visas d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale, ainsi que les refus consulaires ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités, ou à défaut de réexaminer la situation des demandeuses et demandeurs dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été adoptée sans que soient respectés les délais d'instruction ;
- elle est entachée d'erreurs de droit, d'erreurs de fait et d'erreurs manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 avril 2022, Mme E I, et les jeunes J, B, C, G, K et H I, épouse et enfants allégués de M. F I, ressortissant afghan reconnu réfugié en France le 24 juin 2015 par le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, ont sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran (Iran) la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale, laquelle leur a été refusée par des décisions du 13 juillet 2022. Le recours formé contre ces refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été implicitement rejeté par une décision née le 24 octobre 2022, qui s'est substituée aux décisions consulaires du 13 juillet 2022. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant l'annulation de cette seule décision implicite de la commission de recours née le 24 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort de l'accusé de réception du recours devant la commission que celle-ci a entendu fonder sa décision implicite sur les motifs retenus par les refus consulaires, à savoir les cases cochées n° 9 " En application de l'article L. 561-5 du CESEDA, vos déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale " et n° 10 " En application de l'article L. 434-1 du CESEDA, votre demande de visa a été déposée dans le cadre d'une demande de réunification familiale partielle sans que l'intérêt de votre enfant allégué suffise à en justifier ". Si le ministre n'a pas précisé ces motifs dans un mémoire en défense, la décision provisoire du ministre de l'intérieur du 16 décembre 2022, prise en exécution de l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 15 décembre 2022, indique que les documents d'état civil produits ne permettent pas d'établir les identités et liens de filiation des demandeuses et demandeurs de visa.
3. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa
correspondance. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne réfugiée en France, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état-civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne protégée.
6. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
7. D'une part, l'identité de Mme I est établie par sa taskera et l'acte de naissance produits, corroborés par la copie du passeport, et son lien matrimonial avec M. I est établi par l'acte de mariage délivré par l'OFPPRA. Par ailleurs, ont été produits pour chacun des enfants B, J, C et G une taskera, un acte de naissance et la copie d'un passeport. Ces documents permettent d'établir l'identité et les liens de filiation qui unit chacun des enfants au réunifiant, nonobstant la circonstance que le prénom de celui-ci sur ces actes ne soit pas Zakir, tel qu'enregistré à l'OFPRA, mais Zakerullah ou Zakirullah, dès lors d'une part que Zakir ou Zaker, tel qu'il est aussi dénommé sur certains actes afghans du dossier, constitue le diminutif de Zakirullah ou Zakerullah, que la composition de la famille concorde avec les déclarations faites à l'OFPRA et que le lien de filiation des enfants avec A I est établi et non contesté. Enfin, et au surplus, les liens familiaux sont également corroborés par les photographies et autres éléments de possession d'état produits.
8. D'autre part, ont également été produits pour K et H, qui sont les enfants biologiques du frère de M. I, prénommé Zabihullah et décédé en 2013, des taskeras, actes et naissance et copies de passeport, de nature à établir leur identité. Le lien de filiation qui les unit à M. I est quant à lui établi par le jugement du 15 septembre 2019 confiant la garde des jeunes K et H à M. I. La circonstance que ce jugement soit postérieur à la reconnaissance de la qualité de réfugié de I ne permet pas de faire regarder ces enfants comme exclus du bénéfice de la réunification familiale dès lors que ce jugement ne fait que reconnaître juridiquement la situation de fait existant depuis le décès de Zabihullah en 2013. En outre, dès lors que ces enfants, nés en 2006 et 2007, vivent au sein de la cellule familiale de M. I depuis la mort de leurs parents alors qu'ils étaient âgés de sept et six ans, il serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de leur refuser le droit à la réunification familiale accordé au reste de la famille.
9. Enfin, aux termes de l'article de l'article L. 434-1 du même code, rendu applicable à la réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code, dispose : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Il résulte de ces dispositions que la réunification familiale doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification familiale partielle ne peut être autorisée que si l'intérêt des enfants le justifie.
10. Il ressort des pièces du dossier et n'est au demeurant pas contesté que l'enfant Faysal, non concerné par la procédure de réunification familiale, est porté disparu depuis le 10 août 2021. Dans ces conditions, l'intérêt des autres enfants mineurs de la fratrie justifie la réunification familiale partielle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation. Ils sont par suite fondés, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme I et aux enfants B, J, C, G, H et K I les visas de long séjour sollicités, dans un
délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. M. I a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et ne soutient pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge au titre de cette aide. Par suite, les conclusions des requérants présentés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 24 octobre 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme I et aux enfants B, J, C, G, H et K I les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F I, à Mme L et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La présidente-rapporteuse,
S. D
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
T. GUILLOTEAULa greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026