lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214974 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 14 novembre 2022 et les 26 janvier et 3 avril 2023, Mme E B, agissant en qualité de représentante légale de l'enfant D C B, représentée par Me Régent, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte-d'Ivoire) refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à D C B en qualité d'enfant de ressortissant français, a refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa de long séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Me Régent, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'identité D C et du lien de filiation les unissant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 7 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023 :
- le rapport de M. Templier, rapporteur,
- et les observations de Me Régent, avocate de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. D C B, ressortissante ivoirienne née le 28 octobre 2006, a sollicité auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'enfant de moins de vingt-et-un ans de ressortissant français, afin de rejoindre en France sa mère adoptive, Mme E B, ressortissante française. L'autorité consulaire a rejeté sa demande. Par une décision implicite puis, à la suite de la demande des motifs de la décision, une décision expresse du 14 décembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, a refusé de délivrer le visa sollicité. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision de la commission de recours du 14 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige repose sur trois motifs tirés, d'une part, de ce qu'il ne serait pas démontré que D C B est l'enfant d'une ressortissante française faute notamment d'exéquatur du jugement d'adoption, d'autre part, de ce que la transcription de ce jugement aurait été effectuée tardivement et enfin, de ce que Mme B ne démontrerait pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de D C B.
3. Les jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes produisent leurs effets en France indépendamment de toute déclaration d'exequatur, sauf dans la mesure où ils impliquent des actes d'exécution matérielle sur des biens ou de coercition sur des personnes. Il incombe à l'autorité administrative de tenir compte de tels jugements, dans l'exercice de ses prérogatives, tant qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité. Compétemment saisie d'un litige posant des questions relatives à l'état et la capacité des personnes, il n'appartient pas à la juridiction administrative de se prononcer sur l'opposabilité en France d'un jugement rendu en cette matière par un tribunal étranger. Si elles s'y croient fondées, les parties peuvent saisir la juridiction judiciaire qui est seule compétente pour se prononcer sur l'effet de plein droit de tels jugements. Il appartient, toutefois, à l'autorité administrative, sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir, de ne pas fonder sa décision sur des éléments issus d'un jugement étranger qui révélerait l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
4. En outre, les autorités administratives chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public.
5. D'une part, pour établir le lien de filiation entre elle-même et la demandeuse de visa, Mme B produit un jugement rendu le 23 avril 2015 par le tribunal de première instance de Plateau Section de Grand-Bassam, prononçant l'adoption plénière de la jeune D C B par cette dernière. Outre qu'elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'absence de déclaration d'exequatur, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ce qu'au demeurant, elle reconnaît expressément dans son mémoire en défense, l'administration, qui se borne à faire valoir que la transcription de l'acte de naissance de l'enfant serait tardive, ne remet pas en cause la force probante de ce jugement. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de délivrer le visa sollicité pour les motifs tirés du défaut d'établissement de la qualité d'enfant d'une ressortissante française de la demandeuse de visa et du caractère tardif de la transcription du jugement, l'administration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. D'autre part, si la commission oppose à la requérante l'absence de contribution effective à l'entretien et l'éducation de le jeune D C, ce motif, qui n'est pas d'ordre public, est insusceptible de fonder le rejet de la demande de visa de long séjour en qualité d'enfant de ressortissante française et n'est, ainsi, pas de nature à fonder légalement la décision attaquée, alors qu'il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que Mme B pourvoit régulièrement à l'entretien et à l'éducation de D C B. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle est fondée sur ce deuxième motif.
7. L'administration peut néanmoins, notamment en première instance, faire valoir devant les juges de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve, toutefois, qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Pour justifier de la légalité de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, que les parents biologiques de D C B n'ont pas consenti au départ de leur fille en France auprès de Mme B et que l'acte de naissance de la demandeuse ne mentionne pas le jugement supplétif sur le fondement duquel il a été dressé.
9. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossiers que les parents biologiques de D C B, qui ont, ainsi qu'il ressort des termes du jugement d'adoption plénière du 23 avril 2015, donné leur consentement à l'adoption plénière par acte de consentement n° 216-2014 du 21 mai 2014, seraient revenus sur leur consentement, la circonstance que la jeune D C aurait vécu avec ces derniers pendant plusieurs années après son adoption par la requérante n'étant pas de nature à remettre en cause le consentement exprimé par ces derniers ni, par suite, l'authenticité et les effets du jugement d'adoption. La requérante produit au demeurant des attestations datées des 15 mars et 5 avril 2023 et signées par les parents biologiques de Solène B, qui déclarent sur l'honneur donner leur accord pour que leur fille rejoigne Mme B sur le sol français. D'autre part, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que l'acte de naissance de la jeune D C ne mentionne pas le jugement supplétif dont il assure la transcription, il ressort, toutefois, des termes de cet acte d'état civil que celui-ci fait état, en en-tête, d'un " jugement civil contradictoire d'acte de naissance rendu par le Tribunal de première instance d'Abidjan-Plateau section de Grand-Bassam en son audience publique du 23 avril 2015 ". Par suite, la substitution de motifs sollicitée par le ministre ne saurait être accueillie.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à D C B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
12. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros à verser à Me Régent, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
13. Mme B n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle partielle qui lui a été allouée. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 14 décembre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à D C B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent la somme de 800 (huit cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B veuve A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.
Le rapporteur,
P. TEMPLIER
La présidente,
M. LE BARBIER
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026