jeudi 31 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2022, M. B A, représenté par la SAS ITRA Consulting, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du consulat de France à Dakar (Sénégal) qui a refusé de lui délivrer un visa de long séjour pour études, ensemble la décision consulaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision consulaire est entachée d'un défaut de base légale dès lors que les articles visés dans la décision n'encadrent pas la délivrance d'un visa de long séjour mais celle des titres de séjour ;
- la décision de la commission qui est réputée rejeter pour les mêmes motifs la décision contestée a reconduit ainsi le défaut de base légale de la décision consulaire reprenant les motifs de la décision consulaire et que toute substitution de base légale le privera des garanties dont est assortie l'application des textes sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée ;
- la décision de la commission est entachée d'un défaut de motivation ne lui permettant pas de connaître les motifs à l'origine du refus opposé ;
- la décision de la commission est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit toutes les conditions liées aux ressources et au logement, que son projet d'études est sérieux et circonstancié et qu'il remplit toutes les conditions à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 14 u règlement du parlement européen ;
- la décision de la commission viole l'article 2 du protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision attaquée porte une atteinte injustifiée à son droit à l'instruction ;
- la décision de la commission viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision attaquée porte une atteinte injustifiée à son droit à l'instruction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive UE 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rosier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.M. B A, ressortissante sénégalais, a sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Dakar, la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant qui lui a été refusée. Saisie d'un recours contre cette décision, réceptionné le 25 août 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté, implicitement puis par une décision explicite du 4 janvier 2023, à la suite de la demande des motifs de la décision implicite, son recours et confirmé le refus de visa. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée à la décision des autorités consulaires françaises au Sénégal en date du 16 août 2022. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours et les moyens, en tant qu'ils sont dirigés contre cette décision consulaire, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
3.En deuxième lieu, pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui est fondée notamment sur les articles L. 311-1, L. 312-2 et L. 422-1 à L.422-3 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a relevé que " M. A n'a pas fourni la preuve qu'il dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature durant un long séjour en France alors que son frère qui s'est proposé de le prendre en charge financièrement, n'a pas justifié de moyens financiers réguliers suffisants pour assumer cette prise en charge. Par ailleurs, M. A, qui ne justifie pas avoir validé sa deuxième année de licence en droit au Sénégal, souhaite suivre une formation à l'École Supérieure des Métiers du Droit (ESMD) à Paris, qui n'aboutit pas à un diplôme, mais seulement à un titre actuellement non certifié. Ce projet d'études en France ne s'inscrit en conséquence pas dans un projet professionnel abouti et réaliste. Dans ces conditions, et compte tenu de la situation personnelle du demandeur, âgé de 22 ans, célibataire, il existe un risque de détournement de l'objet du visa, sollicité pour "études", à d'autres fins, notamment migratoires. ". Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est insuffisamment motivée en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4.Selon l'article 5 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, l'admission d'un ressortissant d'un pays tiers à des fins d'études est soumise à des conditions générales, fixées par l'article 7, comme l'existence de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de subsistance durant son séjour ainsi que ses frais de retour et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur ainsi que le paiement des droits d'inscription. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".
5.S'il est possible, pour le ressortissant d'un pays tiers, d'être admis en France et d'y séjourner pour y effectuer des études sur le fondement d'un visa de long séjour dans les mêmes conditions que le titulaire d'une carte de séjour, ainsi que le prévoient les articles L. 312-2 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er mai 2021, les dispositions relatives aux conditions de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an, telles que précisées par les articles L. 422-1 et suivants du même code et les dispositions règlementaires prises pour leur application, ne sont pas pour autant applicables aux demandes présentées pour l'octroi d'un tel visa.
6.En l'absence de dispositions spécifiques figurant dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle demande est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnée à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive qui fonde aussi la décision attaquée.
7.Cette instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.
8.Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit au sein de l'Ecole supérieure des métiers du droit (EMSD) à Paris en deuxième année de Bachelor droit des affaires dans le but de poursuivre son cursus universitaire pour lequel il est inscrit en deuxième année de " Licence en sciences juridiques " à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Toutefois, il n'explique pas les raisons pour lesquelles il ne souhaite pas terminer son cycle dans cet établissement et même se spécialiser en 3ème année en " Droit privé spécialité carrières judiciaires ou affaires ", ce qui correspond, a priori, à ses objectifs professionnels de devenir juriste en entreprise au Sénégal alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'EMSD ne délivre en fin de cursus qu'un " certificat d'école " et aucun diplôme reconnu par le ministère de l'enseignement supérieur ou le ministère du travail puisque le titre préparé n'est pas certifié. Par ailleurs, tant Campus France que le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) de l'ambassade de France au Sénégal ont émis un avis défavorable au projet de M. A fondé sur les circonstances que le projet envisagé est " inadéquat " et que le niveau du candidat est " insuffisant " avec des résultats seulement passables tant dans le secondaire que dans le supérieur. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la commission a considéré le projet d'études du demandeur comme étant dépourvu de caractère sérieux et de cohérence et qu'elle en a déduit que le visa avait été sollicité par M. A à d'autres fins que le projet d'études en France. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à justifier la décision attaquée.
9.En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait privé de son droit à l'instruction garanti par les stipulations de l'article 2 du protocole additionnel n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'est pas empêché de de poursuivre ses études au Sénégal dans la filière dans laquelle il s'est déjà engagé et semblable à celle qu'il aurait suivi en France. Il en résulte que la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations précitées.
10.En quatrième et dernier lieu, s'agissant d'un visa de long séjour sollicité en qualité d'étudiant, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance du droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LEGOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026