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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215292

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215292

vendredi 8 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMALBLANC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur maintenant l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation. La juridiction a d'abord précisé que la décision ministérielle s'était substituée à celle du préfet de la Marne, rendant inopérants les moyens dirigés contre cette dernière. Sur le fond, le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Enfin, il a jugé que le ministre avait pu légalement fonder sa décision sur l'absence d'insertion professionnelle stable et de ressources suffisantes, au regard des faibles revenus de Mme B et de sa formation en cours, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au sens de l'article 21-15 du code civil et du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre 2022 et 6 juillet 2023, Mme D B, représentée par Me Mainnevret, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle le préfet de la Marne a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mai 2023 et 6 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 2 février 1992, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été ajournée à deux ans par décision du 26 avril 2022 du préfet de la Marne. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus, le ministre de l'intérieur a, par décision du 18 octobre 2022, maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision préfectorale du 26 avril 2022.

Sur l'objet du litige :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi la requête doit-elle être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre la décision préfectorale sont inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. En vertu de l'article 3 du même décret, ce directeur est habilité à déléguer lui-même cette signature. En l'espèce, par une décision du 1er juillet 2021, publiée au Journal officiel de la République française du 4 juillet 2021, M. C A, directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité, nommé dans ces fonctions par décret du président de la République du 19 mai 2021, régulièrement publié, a donné à Mme E F, attachée principale d'administration de l'Etat, signataire de la décision attaquée, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle du postulant.

5. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressée ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme B suivait une formation de deux ans, couvrant la période 2022-2024, de Graduate Gaming Développer en jeu vidéo. En outre, selon ses avis d'imposition, elle a perçu 9 916 euros de revenus en 2018 et 8 266 euros en 2019, soit des revenus inférieurs au SMIC. Enfin, si l'intéressée fait valoir que son époux travaille régulièrement et est en mesure de subvenir aux besoins du foyer, il ressort notamment de son bulletin de paye d'octobre 2022 qu'il travaillait alors pour la même entreprise depuis juillet 2021 et percevait un salaire mensuel moyen net imposable de 1 328 euros. Ainsi, en tout état de cause, les revenus de l'époux de Mme B sont insuffisants à faire vivre une famille avec un enfant à charge. Au demeurant, le couple perçoit des prestations sociales soumises à condition de ressources (allocation de base de la prestation d'accueil du jeune enfant, aide personnalisée au logement). Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en confirmant l'ajournement de la demande de naturalisation de l'intéressée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2025.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

L. MARTIN

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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