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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2215739

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2215739

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2215739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOUHAJJA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C... contestant la décision du ministre de l'intérieur du 9 septembre 2022 ajournant sa demande de naturalisation. Le tribunal a jugé que la décision ministérielle, qui se substitue à la décision préfectorale, était suffisamment motivée au regard des articles 49 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Sur le fond, il a estimé que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur le comportement fiscal critiquable du requérant, qui réglait systématiquement ses impôts locaux avec des majorations de retard depuis 2013. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2022 par le greffe de la cour administrative d’appel de Nantes sous le numéro 2203435, transmise au tribunal administratif de Nantes par une ordonnance du 30 novembre 2022 et enregistrée le 5 décembre 2022 au greffe de ce tribunal sous le numéro 2215739, M. B... C..., représenté par Me Bouhajja, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire, ainsi que la décision préfectorale du 31 mars 2022 ajournant sa demande de naturalisation à deux ans ;

2°) d’enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le ministre de l’intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme A... a été entendu au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 18 juin 2025 à 10 heures.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... C..., ressortissant congolais né le 2 septembre 1958, a sollicité l’acquisition de la nationalité française par naturalisation auprès du préfet du Nord, lequel a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation par une décision du 31 mars 2022. M. C... a exercé auprès du ministre de l’intérieur, le 15 avril 2022, conformément à l’article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, un recours administratif préalable obligatoire, lequel a été rejeté par une décision du 9 septembre 2022 dont M. C... demande, ainsi que pour la décision préfectorale, l’annulation.

Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l’article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi la requête doit-elle être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre la décision préfectorale sont-ils inopérants.


Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision ministérielle :


3. En premier lieu, aux termes de l’article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : « Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 » du code civil et aux termes de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, nonobstant la circonstance qu’elle ne cite pas expressément le code civil. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.


4. En second lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « (…) l’acquisition de la nationalité française par décision de l’autorité publique résulte d’une naturalisation accordée par décret à la demande de l’étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 : « (…) Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.


5. Pour ajourner la demande d’acquisition de la nationalité française de M. C..., le ministre de l’intérieur s’est fondé, sur le motif tiré de ce que son comportement au regard de ses obligations fiscales était sujet à critiques, l’intéressé réglant systématiquement ses taxes d’habitation et taxes foncières après majoration depuis 2013.


6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bordereau de situation fiscale de M. C..., qu’il règle depuis 2013 les taxes liées à sa résidence, après majoration. Ainsi, le ministre pouvait, sans entacher sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur ce motif pour prononcer l’ajournement à deux ans de sa demande, sans qu’y fasse obstacle le fait qu’il a régularisé sa situation fiscale.


7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B... C... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 18 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,
Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.







Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.


La rapporteure,

J-K. A...
Le président,

L. MARTIN



La greffière,




S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,
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