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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216057

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216057

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 6 décembre 2022, le 26 janvier 2023 et le 27 mars 2023, M. C A et Mme D B, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des enfant mineurs F A et G E A, représentés par Me Regent, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable réceptionné le 30 août 2022, formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar rejetant les demandes de visa d'entrée et de séjour à Mme B et aux enfants F A et G E A en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable, formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar du 23 janvier 2023 rejetant les demandes de visa d'entrée et de séjour à Mme B et aux enfants F A et G E A en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de leurs situations dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Regent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la commission n'a pas communiqué les motifs de sa décision implicite en dépit d'une demande présentée en ce sens ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'autorité préfectorale a autorisé le regroupement familial ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiqué au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,

- et les observations de Me Sachot, substituant Me Regent, représentant M. A et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 31 octobre 1982, qui séjourne régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour mention salarié, soutient avoir épousé le 11 novembre 2004, Mme B, également de nationalité guinéenne, née le 5 août 1983. De leur union, sont nés deux enfants, F A né le 11 novembre 2005 et G E A né le 24 avril 2010. M. A a obtenu le 19 octobre 2021 une autorisation de regroupement familial délivrée par le préfet du Rhône, afin de faire venir son épouse et leurs deux enfants. Mme B a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial, en son nom et au nom de ses enfants, que l'autorité consulaire a rejetée par une décision implicite de rejet en juillet 2022, puis par une décision explicite de rejet le 23 janvier 2023. Par leur requête, M. A et Mme B demandent au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours, réceptionnés le 30 août 2022 et le 26 janvier 2023, formés contre les décisions de l'autorité diplomatique française en Guinée refusant de délivrer à Mme B et à ses deux enfants mineurs les visas de long séjour sollicités.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En cas de décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et en l'absence de mémoire en défense de l'administration exposant devant le tribunal les motifs de cette décision, la commission, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires ou diplomatiques, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par ces autorités soit, en l'espèce, le motif du refus de visa du 23 janvier 2023, tiré du défaut d'authenticité des documents d'état civil communiqués.

3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation.

5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

6. Les requérants joignent à leurs écritures trois jugements supplétifs rendus par le tribunal de première instance de Mamou, qui ne font l'objet d'aucune critique par l'administration de nature à en établir le caractère frauduleux, ainsi que trois actes de naissance dressés en transcription de ces jugements supplétifs. Tout d'abord, un jugement supplétif n°523 tenant lieu d'acte de naissance pour Mme B, rendu le 13 février 2015, puis, un jugement supplétif n° 298 tenant lieu d'acte de naissance pour C A, rendu le 24 juin 2013 et enfin, un jugement supplétif n° 299 tenant lieu d'acte de naissance pour G E A, rendu le 24 juin 2013, ainsi qu'un jugement supplétif n° 35 tenant lieu d'acte de mariage entre M. A et Mme B rendu le 13 mai 2015. Les requérants produisent en outre trois attestations d'authentification des jugements supplétifs susmentionnés ainsi qu'un livret de famille. Les identités, les dates de naissances ainsi que les références desdits actes apparaissent concordants sur ces différents documents. Ainsi, les liens familiaux revendiqués par les demandeurs doivent être tenus pour établis par les documents d'état civil produits. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a méconnu les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A et Mme B sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance de visas de long séjour à Mme B et aux enfants F A et G E A dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Regent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé les décisions de l'autorité consulaire française à Dakar en date du 3 juillet 2022 et du 26 janvier 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Regent une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme D E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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