mercredi 11 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216513 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 16 décembre 2022 et le 9 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé au 14 rue de Solay à Orvault (Loire-Atlantique), et géré par l'association ANEF-FERRER ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application des dispositions des articles L. 552- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien des intéressés, déboutés de l'asile, dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 août 2022, 794 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. B se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 janvier 2022, notifiée le 8 février suivant ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé par courrier du 23 mars 2022 de la fin de sa prise en charge et, par un courrier du 12 avril 2022 réputé notifié, le préfet l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; l'accès à l'hébergement d'urgence de droit commun est sans lien avec le droit au maintien dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;
- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation de M. B ne présente pas de caractère exceptionnel qui pourrait justifier son maintien dans le lieu d'hébergement qu'il occupe puisque, si il se prévaut d'un état de santé fragile, la sortie des lieux n'a pas pour effet de mettre un terme au suivi médical et traitement médicamenteux dont il bénéficie ; rien n'indique qu'il se trouve dans une situation d'isolement et de détresse d'autant que, présent sur le territoire français depuis juillet 2021, il a pu sans nul doute nouer des contacts pouvant l'héberger temporairement ; la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 ne saurait en elle-même justifier le maintien dans son logement ;
- il est nécessaire que M. B quitte les lieux sans délai, sa présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeurs d'asile alors qu'il a été informé depuis plusieurs mois de la nécessité de quitter les lieux, qu'il ne détient aucun titre lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire français et que, dans ces conditions, lui accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. B, lequel a vu sa demande d'asile définitivement rejetée et alors que sa situation ne justifie pas qu'il bénéficie d'une solution d'hébergement d'urgence, dispositif par ailleurs considéré comme en situation de saturation chronique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Renaud, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que lui soit accordé un délai de six mois pour libérer le logement qu'il occupe ;
3°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 600 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet se borne à alléguer que son maintien dans une telle structure compromet le bon fonctionnement du service public en ce qu'il empêche que soit assuré l'objectif d'égal accès aux usagers de ce service ; les chiffres qui émaneraient de l'OFII sont datés de plus de six mois sans pièces justificatives au jour de la saisine de la juridiction de céans ; le préfet se borne à invoquer la " notoriété publique " ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de preuve de la notification de sa fin de prise en charge par l'OFII au gestionnaire des lieux et par suite, à lui-même et de l'absence de preuve effective de notification de la mise en demeure du préfet ;
- il existe des circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée dès lors qu'il justifie d'une situation de santé dégradée, ayant une problématique hépatique et des troubles psychiques sévères attestés médicalement.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 9 janvier 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- et les observations de Me Renaud, avocat de M. B,
- le préfet de la Loire-Atlantique n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, situé au 14 rue de Solay à Orvault (Loire-Atlantique), et géré par l'association ANEF-FERRER.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, M. B, ressortissant guinéen né le 15 août 1994 déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 8 juillet 2021. Il est hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 14 rue de Solay à Orvault (Loire-Atlantique), et géré par l'association ANEF-FERRER. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 24 janvier 2022, notifiée à l'intéressé le 8 février suivant. Il a été informé de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 23 mars 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois a été adressée à l'intéressé par le préfet le 12 avril 2022. M. B se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse, les vices de procédure allégués par M. B et tirés de l'absence de preuve de la notification de sa fin de prise en charge par l'OFII au gestionnaire des lieux et par suite, à lui-même ainsi que de l'absence de preuve effective de notification de la mise en demeure du préfet, dont ce dernier soutient sans être sérieusement contesté que l'intéressé a refusé d'y apposer sa signature, ne suffisant pas, à les supposer établis, à établir l'existence d'une contestation sérieuse au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
7. En second lieu, la libération des lieux par M. B, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. En troisième lieu, il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée dès lors que la vulnérabilité liée à l'état de santé de M. B n'est pas démontrée par les pièces produites par ce dernier.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B de quitter, sans délai, le lieu d'hébergement qu'il occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé à compter de la notification de cette ordonnance, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. B de libérer, sans délai le logement qu'il occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 14 rue de Solay à Orvault (Loire-Atlantique), et géré par l'association ANEF-FERRER.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. B dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de M. B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. A B et à Me Renaud.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 11 janvier 2023.
La juge des référés,
M. C
Le greffier,
J-F MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026