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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216521

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216521

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, Mme C D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure : l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) quant à sa situation ne lui a pas été communiqué, il n'est pas établi que l'avis résulte d'une délibération collégiale, il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 mars 2024.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 8 avril 2024, ont été produites pour Mme D et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante angolaise née le 28 mars 1973, déclare être entrée irrégulièrement en France le 25 septembre 2019. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 20 décembre 2021 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mars 2022. Parallèlement à sa demande d'asile, elle avait sollicité, le 23 novembre 2021, du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 14 juin 2022, le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), consulté sur l'état de santé de l'intéressée, a émis l'avis selon lequel si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier en Angola d'une prise en charge appropriée. Faisant sien cet avis, le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 17 novembre 2022, rejeté la demande de titre de séjour, fait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné l'Angola comme pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 5 septembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne les circonstances particulières de la situation de la requérante ayant conduit le préfet de la Loire-Atlantique à refuser de lui délivrer un titre de séjour, notamment en reproduisant la teneur de l'avis émis par le collège médical de l'OFII. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Les dispositions précitées instituent une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger se disant malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. D'une part, le préfet de la Loire-Atlantique produit l'avis émis le 14 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII relatif à l'état de santé de la requérante, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que cet avis a été rendu par trois médecins, dont il comporte les signatures. Par ailleurs, il est établi que la médecin ayant rédigé, le 30 mai 2022, le rapport médical concernant la requérante n'était pas au nombre des médecins formant ce collège. Ces médecins n'étaient, en tout état de cause, pas tenus, avant de répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux. Il en résulte que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'avis du 14 juin 2022 aurait été émis dans des conditions irrégulières et que ce vice de procédure devrait entrainer l'annulation de la décision attaquée.

7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas il appartient à l'autre partie dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Comme il a été dit, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique a, en se fondant sur l'avis du collège médical de l'OFII, estimé que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, son traitement était disponible dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des certificats et compte-rendu médicaux versés au dossier par Mme D, que celle-ci souffre d'hypertension artérielle, de diabète de type II et d'un syndrome anxio-depréssif. A ce titre, elle bénéficie d'un traitement pharmacologique composé de différents médicaments propres à chacune des pathologies dont l'intéressée est atteinte. Elle ne conteste pas sérieusement la disponibilité de ces traitements en Angola et n'apporte pas non plus d'éléments précis sur la gravité de chacune de ses pathologies à la date de la décision attaquée. Elle soutient qu'elle doit pouvoir poursuivre son traitement thérapeutique et médicamenteux en France, qui lui permet d'être encore en vie, qu'elle bénéficie d'un suivi psychologique avec un soignant qui la connait et qui la suit depuis presque deux ans, lui permettant de maintenir son état psychologique et qu'il ne lui serait pas possible d'avoir accès à un suivi aussi efficace avec un autre soignant, en Angola qui ne connaîtrait pas les raisons de son trouble psychologique, ni la façon de le soigner. Elle ajoute qu'il est certain qu'en cas de retour en Angola, elle ne pourra effectivement bénéficier d'un accès aux soins, au vu du niveau de ses ressources. Toutefois, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe. Il ressort des fiches MedCOI versées par le préfet que le diabète de type II, l'hypertension artérielle et les troubles anxio-dépressifs peuvent être pris en charge en Angola. Ce constat n'est pas remis en cause par les pièces produites par la requérante. Cette dernière ne produit aucun élément sur le coût financier de cette prise en charge, ni sur la situation financière de sa famille permettant d'apprécier quelle sera sa situation personnelle en cas de retour en Angola. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être écartés.

10. En troisième lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".

11. Mme D se prévaut de la durée de sa présence en France, de trois ans à la date de la décision attaquée. Si elle fait valoir qu'elle a développé ses attaches sur le territoire français, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait rompu tout lien avec son pays d'origine où vivent ses deux enfants et où elle a vécu la plus grande partie de sa vie. Dès lors, au regard des conditions de son séjour en France et compte tenu de ce qui a été dit sur son état de santé, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet n'a, par suite, en prenant cette décision, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, opposée à la requérante, étant écartés, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 17 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

15. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par la requérante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

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