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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216581

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216581

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrés le 16 décembre 2022, M. B D et Mme E, agissant en leur nom et en tant que représentants légaux de l'enfant F A B D, représentés par Me Regent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 25 juillet 2022 de l'autorité diplomatique et consulaire au Soudan refusant à Mme E la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elle est fondée sur le caractère partiel de la réunification, en dépit de circonstances familiales particulières, et méconnait ainsi les dispositions de l'article L 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B D, ressortissant soudanais, né le 25 octobre 1994, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 février 2019. Mme E, ressortissante soudanaise, née le 1er janvier 1998, qu'il présente comme son épouse, a déposé une demande de visa de long séjour auprès de l'autorité diplomatique et consulaire française au Soudan, en qualité de membre de famille d'un réfugié. Par une décision du 9 juillet 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 12 octobre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale :/ 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () / 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

3. En outre, il résulte de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, également applicable en matière de réunification familiale : " () / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 411-1 à L. 411-3. Un regroupement partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. " Il ressort de ces dispositions que le regroupement familial doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'un regroupement familial partiel ne peut être sollicité, à titre dérogatoire, que si l'intérêt de l'enfant le justifie.

4. Pour rejeter le recours dirigé contre la décision consulaire refusant à Mme E la délivrance d'un visa de long séjour, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'aucune demande de visa n'avait été déposée pour l'enfant mineur allégué des requérants, le jeune F A B D, rompant ainsi avec le principe d'unité familiale dont s'était initialement prévalu le réunifiant auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. La commission précise que cette demande de réunification partielle n'est pas conforme à l'intérêt de l'enfant, âgé de six ans.

5. Il ressort du dossier que, pour justifier de l'absence de dépôt d'une demande de visa au profit de leur enfant allégué, concomitamment au dépôt de la demande de visa de long séjour de Mme E, effectué le 17 janvier 2022, les requérants allèguent d'une part que les grands-parents paternels de l'enfant ont exprimé leur opposition à un départ de l'enfant vers la France, et d'autre part que la délivrance d'un passeport au profit du jeune F A B D était en cours, retardant la possibilité de déposer une demande de visa long séjour au bénéfice de l'intéressé. Les requérants indiquent par ailleurs que la commission de recours ne disposait pas de telles informations lors du rejet du recours dirigé contre la décision consulaire. Toutefois, ces seules considérations ne sont pas de nature à justifier le recours à une réunification familiale partielle au seul profit de Mme E, dès lors qu'elles ne relèvent manifestement pas de motifs tenant à l'intérêt de l'enfant au sens des dispositions précitées de l'article L. 411- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en rejetant le recours dont elle était saisie, dirigé contre la décision consulaire refusant la délivrance d'un visa de long séjour à la requérante, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en rejetant leur recours, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la décision attaquée aurait porté une atteinte excessive à l'intérêt supérieur de l'enfant F A B D.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de refus de délivrance de visas de long séjour à Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

8. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation de la requête, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige doivent également, par voie de conséquence, être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D, à Mme C E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BRIAND

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