mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216840 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 semaines - 7ème chambre |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, Mme B D, représentée par Me Renaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office et l'obligée à se présenter trois fois par semaine au commissariat d'Angers ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ; le préfet n'a notamment pas pris en compte la demande d'asile de sa fille ;
- les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 723-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives au droit au maintien, et est entachée d'erreur de fait et de droit ; elle bénéficie d'un droit au maintien et est considérée comme se trouvant en procédure de réexamen ; elle est le seul parent référent d'un enfant mineur qui bénéfice du statut de demandeur d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; le retour en Côte d'Ivoire pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa fille qui encourt le risque de subir une excision ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle encourt des risques de persécutions en cas de retour en Côte d'Ivoire à la suite de son refus de mariage forcé ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est insuffisamment motivée et inintelligible ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de police :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est insuffisamment motivée tant sur le lieu de pointage que la régularité importante de l'obligation de pointage ;
- la décision méconnait l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut à ce qu'il n'y ait pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme D.
Il soutient que la fille de Mme D s'est vu délivrer une autorisation de demande d'asile le 9 décembre 2022 et par un arrêté du 22 mai 2023, il a retiré l'arrêté du 1er décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français à l'égard de Mme D.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention des Nations-Unies contre la torture et autres peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,
- et les observations de Me Renaud, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D ressortissante ivoirienne née en décembre 1994, est entrée en France en mai 2021. Elle a déposé une demande d'asile pour laquelle la France est devenue responsable après l'annulation par le tribunal d'un arrêté portant transfert auprès des autorités italiennes. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 décembre 2021. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 octobre 2022. Par des décisions du 1er décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a obligé Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Mme D demande au tribunal d'annuler les décisions du 1er décembre 2022.
Sur l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de Maine-et-Loire :
2. Dans son mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet de Maine-et-Loire indique qu'il a retiré les décisions contestées par un arrêté du 22 mai 2023 en raison de l'enregistrement de la demande d'asile présentée pour le compte de la fille de la requérante. Néanmoins, cet arrêté n'a pas acquis à la date du présent jugement un caractère définitif. Il suit de là que l'exception de non-lieu soulevée par le préfet défendeur doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. L'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est mère d'une petite fille née en France en janvier 2022 de père inconnu. Il ressort également des pièces du dossier qu'une demande d'asile a été déposée pour le compte de cette enfant, qui a été convoquée pour l'enregistrement de cette demande d'asile le 28 octobre 2022 antérieurement aux décisions attaquées. Une attestation de première demande d'asile a été délivrée à la jeune A C le 9 décembre 2022, valable jusqu'au 8 juin 2023. Dans ces conditions, alors que la demande d'asile déposée pour le compte de la petite A C D n'a pas été encore examinée, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'égard de Mme D, sa mère, est susceptible de séparer la petite fille de son unique parent connu et méconnait donc l'intérêt supérieur de la petite fille et les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il suit de là que Mme D est fondée à demander pour ce motif l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français du 1er décembre 2022. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour laissant à l'intéressée un délai de trente jours pour l'exécution de la mesure d'éloignement et fixant le pays d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
6. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée implique que le préfet de Maine-et-Loire réexamine la situation de Mme D et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Renaud, avocat de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 1er décembre 2022 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a obligé Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer la situation de Mme D dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renaud, avocat de Mme D, la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Renaud et au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
La magistrate désignée,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026