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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300694

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300694

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 13 et 26 janvier 2023, Mme B C, agissant pour le compte de son époux M. D E, représentée par Me Cissé, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 octobre 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) a refusé de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à son époux, M. E ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée entraîne des conséquences très graves sur sa situation ; elle a débuté une grossesse depuis le 19 septembre 2022 et elle souffre de troubles anxio-dépressifs importants et de troubles du sommeil attestés par plusieurs certificats médicaux qui mentionnent la nécessaire présence de son époux à ses côtés ; elle est isolée puisqu'elle vit seule dans un logement de petite taille, ce qui est très précaire pour une femme enceinte, et, plus de dix-huit mois plus tard, sa demande de regroupement familial du 22 juin 2021 n'a toujours pas abouti alors qu'elle ne pourra pas se rendre au Maroc avant la fin de sa grossesse ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son époux remplit les conditions pour bénéficier du visa sollicité et a reçu un avis favorable concernant la demande de regroupement familial de la part du préfet de l'Hérault alors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; aucune condamnation ne figure dans le bulletin numéro 3 de son casier judiciaire ni dans la fiche anthropométrique ; il ne souffre d'aucune maladie et ne peut constituer une menace pour la santé publique ; aucune fraude ne peut lui être reprochée ;

* elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en l'empêchant de vivre avec son époux alors que plusieurs avis médicaux mentionnent la nécessité qu'ils se réunissent le plus vite possible.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant plus de deux mois par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours administratif préalable obligatoire formé par la requérante ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie : par deux ordonnances successives des 14 novembre 2022 et 12 janvier 2023, le juge des référés a rejeté les recours précédemment présentés sur le fondement de l'article L. 521-1du code de justice administrative en raison du défaut d'urgence ; les conditions de vie de la requérante ne sont qu'insuffisamment décrites, notamment sa situation de femme enceinte isolée et vulnérable ; alors que M. E est rentré au Maroc depuis le 18 juin 2021, rien n'établit le maintien depuis lors des liens avec son épouse, ni sa participation aux charges du ménage ;

- aucun des moyens soulevés par Mme C, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* le parcours migratoire de M. E sur le territoire de l'espace Schengen, tel qu'il ressort des éléments de l'instruction de la demande de visa, est de nature à faire douter de la nature réelle de la relation que ce dernier entretient avec la requérante et on ignore au demeurant tout des circonstances de leur rencontre et de leurs liens avant et après le mariage ; il a fait ainsi l'objet, le 20 janvier 2022, d'une fiche de signalement au système d'information Schengen en raison d'un séjour irrégulier en Allemagne en 2019 et sa présence en France a manifestement eu pour effet de le soustraire aux peines encourues en Allemagne ; ces éléments permettent de conclure à un détournement de l'institution du mariage aux fins d'établissement en France.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 novembre 2022 sous le numéro 2214790, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 janvier 2023 à 11 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a déposé une demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. E le 22 juin 2021. Par une décision du 6 juillet 2022, le préfet de l'Hérault a accueilli favorablement sa demande. M. E a ultérieurement sollicité à ce titre la délivrance d'un visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc), qui lui a opposé un refus par une décision du 27 octobre 2022. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision de refus consulaire, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens soulevés par Mme C, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de délivrer un visa de long séjour à M. E.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 1er février 2023.

La juge des référés,

M. F

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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