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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301215

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301215

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301215
TypeDécision
Avocat requérantSELARL OILLIC AUDRAIN ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 25 et 31 janvier 2023, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Loire-Atlantique, prise en la personne de son président M. C, M. A F et Mme B E épouse F, ainsi que l'association " Scolie ", prise en la personne de son président M. D, demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté de permission de voirie du 15 décembre 2022 par lequel le maire de Saint-Etienne-de-Montluc (Loire-Atlantique) a autorisé la société " EHTP " à occuper le domaine public et à procéder à l'exécution de travaux de renouvellement de conduites d'eau potable situé boulevard de la Libération à Saint-Etienne-de-Montluc, portant atteinte à l'alignement d'arbres situés sur la même voie.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable : ils justifient d'un intérêt et d'une qualité à agir dès lors que la décision d'autoriser des travaux de renouvellement de canalisations porte atteinte au système racinaire des platanes du boulevard de la Libération et nuira à l'habitat naturel des oiseaux, ce qui contrarie l'objet social de la LPO de la Loire-Atlantique, dont le président a été autorisé à contester l'arrêté litigieux par une délibération du conseil d'administration du 5 janvier 2023 ; l'arrêté contesté aura des conséquences majeures sur l'espace urbain de la commune et entre ainsi dans le champ matériel et géographique de l'association " SCOLIE ", dont le bureau s'est réuni le 19 janvier 2023 pour décider d'agir en justice contre l'arrêté litigieux ; M. et Mme F sont propriétaires d'une maison d'habitation située au 45 boulevard de la Libération, les dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme n'étant pas applicables à un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision de permission de voirie ;

- leur requête est recevable, les délais de recours ayant été respectés ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée porte une atteinte irrémédiable aux platanes implantés sur le boulevard de la Libération, alors que les travaux ont commencé depuis le 24 janvier 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* aucune délibération n'a été prise pour engager les travaux et modifier la voirie ; aucun débat n'a été ouvert et les conseillers municipaux n'en ont pas été informés, en méconnaissance des articles L. 1111-2 et L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales, de l'article L. 111-1 et 141-11 du code de la voirie routière ;

* elle méconnaît l'article L. 350-3 du code de l'environnement dès lors que les travaux de renouvellement des canalisations vont détruire une partie du système racinaire des platanes bordant la voie, ce qui entraînera la destruction des arbres à court terme et portera ainsi atteinte à leur conservation ; si la loi permet de déroger à l'interdiction d'abattage ou d'altération des alignements d'arbres qui bordent les voies de communication, le recours à cette faculté n'est possible qu'en cas de danger représenté par l'état sanitaire ou mécanique des arbres pour la sécurité des personnes et des biens, lorsque les arbres peuvent tomber et le danger sanitaire pour les autres arbres s'ils sont malades, d'impossibilité d'assurer l'esthétique de la composition, à la condition que la préservation de la biodiversité puisse être obtenue par d'autres mesures ou en présence d'un projet de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements ; ces exceptions à la règle sont subordonnées au dépôt d'une déclaration préalable auprès du représentant de l'Etat dans le département, demande qui doit comprendre l'exposé des mesures d'évitement envisagées, les mesures de compensation des atteintes portées aux allées et alignements que le pétitionnaire s'engage à mettre en œuvre ainsi qu'une étude phytosanitaire ; en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'atteinte portée aux platanes par les travaux relèverait de la dérogation permise par le danger que représenterait l'état sanitaire des arbres pour la sécurité des personnes ou des biens ; à supposer que le dossier comporte une étude sanitaire, l'arrêté contesté ne vise pas de déclaration préalable auprès du préfet ; la commune ne fait pas état de mesures compensatoires ;

* elle méconnaît le règlement de la zone UA du PLU en ce que l'autorisation litigieuse ne respecte pas l'objectif fixé par la commune, tendant à permettre le renforcement de la végétalisation des espaces urbanisés, tant dans les espaces publics et leur aménagement que dans les espaces privés, afin d'assurer la qualité du cadre de vie.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, la commune de Saint-Etienne-de-Montluc, représentée par Me Oillic, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut pour les requérants de justifier d'une qualité leur intérêt à agir : les associations LPO de la Loire-Atlantique et " Scolie " ne justifient ni de leur déclaration auprès de la préfecture de Loire-Atlantique, ni de la publication de cette déclaration au journal officiel, de sorte qu'elles ne justifient pas disposer de la personnalité juridique et pouvoir ester en justice et ne justifient pas davantage avoir fait connaître dans les trois mois de leur adoption, leurs statuts ou les changements intervenus dans leur administration, qui ne sont donc pas opposables à la Commune de Saint-Etienne-de-Montluc ; il ne ressort pas davantage des statut de la LPO de la Loire-Atlantique que l'objet du présent recours entrerait dans le champ de son objet social, de sorte que ni le président de l'association LPO de la Loire-Atlantique ni celui de l'association " Scolie ", par ailleurs conseiller municipal minoritaire, ne justifient d'une qualité leur donnant intérêt à agir ; la LPO de la Loire-Atlantique n'établit pas que l'exécution de l'arrêté querellé porterait de manière certaine atteinte au système racinaire, et encore moins aux platanes qui bordent le boulevard de la Libération à Saint-Etienne-de-Montluc ; l'association " Scolie " n'établit pas davantage que l'exécution de l'arrêté querellé porterait de manière directe et certaine atteinte " à l'espace urbain " de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc ; il n'est pas établi que l'arrêté litigieux affecterait-il de manière directe et certaine l'environnement de M. et Mme F alors que les travaux concernés ont au contraire pour objet de remédier aux nombreuses fuites d'eau du réseau sur lequel ils sont entrepris ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie : les requérants ne justifient concrètement ni de la prétendue atteinte irrémédiable aux platanes qui bordent le boulevard de la Libération, dont aucun n'a été abattu et dont la permission de voirie litigieuse ne prévoit pas l'abattage, ni de ce que les travaux à ce jour exécutés auraient porté irrémédiablement atteinte au système racinaire de ces arbres et à ceux-ci eux-mêmes ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* s'agissant d'une mesure de gestion du domaine public communal, le conseil municipal est incompétent pour délivrer une telle autorisation, seul le maire étant, aux termes de l'article R. 2241-1 dernier alinéa du code général des collectivités territoriales, compétent pour délivrer une autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public ; aux termes de l'article L. 2215- 5 du même code : " Les permissions de voirie à titre précaire ou essentiellement révocable sur les voies publiques qui sont placées dans les attributions du maire et ayant pour objet, notamment, l'établissement dans le sol de la voie publique des canalisations destinées au passage ou à la conduite de l'eau ou du gaz peuvent, en cas de refus du maire non justifié par l'intérêt général, être accordées par le représentant de l'Etat dans le département ".

* au regard du principe de l'indépendance des législations, le moyen tiré de la violation de l'article L. 350-3 du code de l'environnement par la permission de voirie querellée est inopérant, ces dispositions n'étant pas opposables au maire agissant au titre de ses pouvoirs de gestion du domaine public communal, mais seulement au porteur " d'un projet de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements " ; aucun décret d'application n'ayant encore été adopté, l'article L. 350-3 du code de l'environnement n'est pas directement applicable ; à la lecture de l'arrêté querellé, le maire de Saint-Etienne-de-Montluc n'a pas autorisé l'abattage d'un seul platane qui borde le boulevard de la Libération mais a au contraire imposé au pétitionnaire des mesures de protection, le choix de ne pas déposer l'ancienne canalisation et de lui en substituer une nouvelle suffisamment éloignée des platanes, visant précisément à protéger ces derniers ;

* au regard du principe de l'indépendance des législations, le moyen tiré de la prétendue méconnaissance du préambule de la section II du règlement du PLUi applicable sur le territoire de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc est inopérant ; en tant qu'autorité compétente pour la gestion du domaine public communal et particulièrement pour délivrer une permission de voirie, le maire de la commune n'a pas à respecter la législation sur l'urbanisme ; il n'existe aucun lien entre une autorisation d'implantation d'une canalisation d'eau potable dans le sous-sol du domaine public de la commune et l'objectif de renforcer la végétalisation des espaces urbanisés, outre qu'un objectif ne constitue pas en soi une obligation, qui ne saurait découler que de dispositions réglementaires stricto sensu.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 25 janvier 2023 sous le numéro 2301272, par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2023 à 11 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- les observations de M. Bourlès, président de la LPO de la Loire-Atlantique ;

- et les observations de Me Oillic, représentant la commune de Saint-Etienne de Montluc.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de la Loire-Atlantique, M. et Mme F et l'association " SCOLIE " demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté de permission de voirie du 15 décembre 2022 délivré par le maire de Saint-Etienne de Montluc (Loire-Atlantique) à l'entreprise EHTP dans le cadre de sa demande de renouvellement de conduites d'eau potable situées sur le boulevard de la Libération, portant atteinte à l'alignement d'arbres situés sur la même voie.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens soulevés par les requérants, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté de permission de voirie litigieux du 15 décembre 2022 délivré par le maire de Saint-Etienne-de-Montluc à l'entreprise EHTP.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Saint-Etienne-de-Montluc ni d'apprécier la condition d'urgence, que la requête de la LPO de la Loire-Atlantique, de M. et Mme F et de l'association " SCOLIE " doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de la LPO de la Loire-Atlantique, de M. et Mme F et de l'association " SCOLIE " la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la LPO de la Loire-Atlantique, de M. et Mme F et de l'association " SCOLIE " est rejetée.

Article 2 : La LPO de la Loire-Atlantique, M. et Mme F et l'association " SCOLIE " verseront solidairement à la commune de Saint-Etienne-de-Montluc la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de la Loire-Atlantique, à M. A F, à Mme B E épouse F, à l'association " SCOLIE " et à la commune de Saint-Etienne-de-Montluc.

Fait à Nantes, le 6 février 2023.

La juge des référés,

M. G

La greffière,

G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et du numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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