lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | LOUAFI RYNDINA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2023, Mme F B, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale des enfants D G, C G et E G, représentée par Me Louafi Ryndina, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) refusant de délivrer à D G, à C G et à E G des visas d'établissement en qualité de visiteurs, a refusé de délivrer les visas sollicités ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de la commission n'est pas motivée en droit et en fait ;
- les décisions consulaires sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'elle se sont fondées à tort sur les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de la commission est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle se fonde sur les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que sur le titre II du protocole qui lui est annexé, inapplicables à la situation des demandeurs de visas ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'intérêt supérieur des demandeurs à vivre auprès d'elle et des conditions matérielles d'accueil des enfants ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 novembre 2023 :
- le rapport de M. Templier, rapporteur ;
- et les conclusions de M. Barès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par des actes dits de " kafala " établis le 8 mars 2022 par la présidente de la section des affaires de la famille H), Mme F B, ressortissante française, s'est vu confier les jeunes D G, C G et E G, ses neveu et nièces, respectivement nés les 27 octobre 2004, 7 octobre 2006 et 4 octobre 2012. Des demandes de visas d'établissement ont été déposées auprès de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie), laquelle les a rejetées. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces refus consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer les visas sollicités par une décision du 24 novembre 2022. La requérante doit donc être regardée comme demandant l'annulation de cette seule décision, laquelle s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire, en application de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. Pour rejeter le recours formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " - S'agissant de M. G D, devenu majeur le 27/10/2022, la kafala ne produit plus d'effet. - Au surplus, les conditions de ressources de Monsieur et Madame B/A, ne permettent pas d'accueillir trois enfants dans des conditions satisfaisantes. L'intérêt supérieur des enfants G D, 18 ans, C, 16 ans et E, 10 ans, est dans le cas d'espèce, de demeurer dans leur pays de résidence compte tenu de la présence dans ce pays de leur père et de leur frère ainé, et de l'absence de circonstances graves et avérées justifiant la séparation des enfants de leur environnement familial, social et culturel, la kafile pouvant contribuer à leur entretien dans ce cadre. ".
3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée vise les articles L. 311-1 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord bilatéral franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment son article 4, et le titre II du protocole qui lui est annexé. Elle indique que les visas ont été refusés, d'une part, du fait de la perte d'effet de la kafala de D G, devenu majeur le 27 octobre 2022, d'autre part, du fait de l'insuffisance des ressources de Monsieur et Madame A, celles-ci ne permettant pas d'accueillir trois enfants dans des conditions satisfaisantes. Cette décision comporte ainsi un exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, la décision de la commission de recours s'est substituée aux refus consulaires, le moyen dirigé expressément contre les seules décisions consulaires et tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d'entrée en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français ou étranger qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations précitées du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, ainsi que sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt.
8. Tout d'abord, il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le jeune D G était devenu majeur. Dès lors, cette circonstance a pour conséquence de le priver de la possibilité de se prévaloir utilement des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, lesquelles ne s'appliquent qu'aux enfants âgés de moins de dix-huit ans.
9. S'agissant ensuite des jeunes C et E G, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a perçu, pour les mois de mai, juin et juillet 2022, un revenu mensuel d'environ 314 euros, complété par le versement d'une somme de 2 331,60 euros pour la période allant du 1er juin 2022 au 26 août 2022, son mari percevant pour sa part une pension de retraite s'élevant à la somme mensuelle nette de 1 304,32 euros. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déclaré aux services fiscaux avoir perçu, pour un foyer fiscal de deux personnes, des revenus de 33 255 euros au titre de l'année 2020, et de 24 118 euros au titre de l'année 2021, représentant un revenu moyen mensuel d'environ 2 771 euros et 2 009 euros au titre de ces deux années. Il apparaît en outre, par la production de relevés bancaires, que l'intéressée supporte mensuellement le remboursement d'un crédit, pour un montant d'environ 500 euros par mois, ces relevés attestant, au surplus, de ce que le compte courant du couple était débiteur d'une somme de 527,60 euros le 29 juillet 2022. La requérante n'apporte aucune précision supplémentaire sur les ressources du couple permettant de démontrer que celles-ci seraient suffisantes pour accueillir les demandeuses de visas dans des conditions conformes à leur intérêt. Dans ces conditions, et alors-même que le domicile de Mme B comporte trois chambres, ce qui suffit à garantir aux demandeuses de visas des conditions de logement décentes, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, ni méconnu les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de délivrer les visas sollicités, ni, en tout état de cause, les stipulations de l'article 27 de cette même convention.
10. En quatrième lieu, si la décision de la commission du 24 novembre 2022 vise à tort les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et le titre II du protocole qui lui est annexé, il ressort des termes de cette décision que la commission de recours n'a pas fait application de ces stipulations mais s'est fondée sur la majorité de D G ainsi que sur les principes rappelés au point 7 et sur l'intérêt supérieur des enfants à résider auprès de leur kafile. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit.
11. En dernier lieu, la requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer la continuité et l'intensité des liens qui l'uniraient à D G, à C G et à E G depuis qu'elle s'est vu confier ses neveu et nièces. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B serait dans l'impossibilité de leur rendre visite en Algérie. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
Le rapporteur,
P. TEMPLIER
La présidente,
H. ROULAND-BOYERLa greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026