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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302139

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302139

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantRENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire enregistrée le 9 février 2023, complétée par un mémoire enregistré le 13 février 2023, M. D C, représenté par Me Renaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, lui a interdit le retour pour une durée de trois ans et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre en conséquence au préfet de la Sarthe de faire procéder au retrait du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- son édiction n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il appartient au préfet de démontrer que l'agent qui a procédé au traitement des données à caractère personnel, dont résulte nécessairement l'obligation de quitter le territoire litigieuse, bénéficie d'une désignation individuelle et d'une habilitation particulière ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; sa situation personnelle et familiale n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ;

- la menace de trouble à l'ordre public n'est pas caractérisée ;

S'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- il est insuffisamment motivé, la question du trouble à l'ordre public étant évoquée sans réel examen de proportionnalité ;

S'agissant du pays de destination :

- le choix de la Tunisie est insuffisamment motivé ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant des attaches familiales dont dispose l'intéressé ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Mme A B a été désignée en qualité d'interprète pour prêter son concours au requérant lors de l'audience par ordonnance du 13 février 2023 et a prêté serment en application de l'article R. 776-23 du code de justice administrative.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. C par une décision du 14 février 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2023 :

- le rapport de Mlle Wunderlich, magistrate désignée,

- et les observations de Me Renaud, représentant M. C, en présence de M. C, assisté de Mme B, qui a fait valoir que :

* l'identité et la nationalité réelles de l'intéressé posent problème, celui-ci ayant toujours indiqué être de nationalité libyenne

* s'il ne peut pas indiquer précisément quel fichier a été consulté, il y a forcément eu un tel traitement, quoi qu'en dise la préfecture, alors qu'il ignore par ailleurs pourquoi les autorités tunisiennes ont été consultées

* le statut de demandeur d'asile de l'intéressé fait obstacle à son éloignement

* le moyen tiré e la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales peut en tout état de cause être redirigé contre la décision fixant le pays de renvoi.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

2. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire ans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

3. Aux termes de l'article L. 612-6 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 614-15 : " () lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".

5. M. D C, se disant ressortissant libyen né le 30 octobre 1994, alias -entre autres- M. E F, ressortissant tunisien né le 30 octobre 1986, a été interpelé le 11 septembre 2022 par les services de police pour des faits de violences conjugales et non-respect d'une obligation de quitter le territoire, placé en garde à vue puis écroué le 13 septembre 2022 à la maison d'arrêt du Mans en exécution de deux jugements correctionnels des 7 octobre 2020 et 16 décembre 2020 le condamnant respectivement à des peines de trois et cinq mois d'emprisonnement pour des faits de vol en récidive et vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail. Il a par ailleurs fait l'objet, sous l'alias Hamza Kabibi, d'un arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 10 janvier 2020 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de retour pour une durée de deux ans, d'un arrêté du préfet de la Sarthe en date du 27 décembre 2021 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de retour pour une durée de trois ans, vainement contesté devant le président du tribunal administratif de Rennes, et d'arrêtés du préfet de la Sarthe en date des 10 juin 2021 et 12 septembre 2022 portant assignation à résidence dans la ville du Mans pour une durée maximale de six mois, à l'exécution desquels il s'est soustrait, un procès-verbal de carence constatant le non-respect de la première assignation ayant été dressé le 2 juillet 2021. M. C, toujours détenu à la maison d'arrêt du Mans, dont la libération est prévue pour le 17 février 2023, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe, en application des dispositions, citées aux points 1 à 3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a une nouvelle fois fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour pour une durée de trois ans et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, d'une part, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 614-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, en prévoyant que ces décisions " n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ", ne saurait être utilement invoqué par M. C à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse.

7. D'autre part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

8. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir directement des dispositions de cet article, lesquelles s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union. Il résulte néanmoins de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été auditionné le 18 janvier 2023 à la maison d'arrêt, conformément aux instruction du préfet de la Sarthe, par un officier de police judiciaire qui l'a interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, sur sa situation personnelle et familiale en France et a été mis à même de présenter ses observations sur une éventuelle décision du préfet l'obligeant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la possibilité d'être entendu et de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté du préfet de la Sarthe.

9. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il n'appartient pas au préfet d'établir la régularité de la procédure à l'issue de laquelle a été prise l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, non plus qu'au juge de l'excès de pouvoir, dont l'office s'exerce au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui ressortent des pièces du dossier, de s'assurer dans l'absolu du respect de cette procédure. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'agent qui a procédé au traitement des données à caractère personnel concernant M. C -dont résulterait nécessairement, selon lui, la décision contestée- bénéficie d'une désignation individuelle et d'une habilitation particulière, n'est en tout état de cause pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édition, à l'examen particulier de la situation personnelle et notamment familiale de M. C. L'intéressé, qui s'est déclaré célibataire, ne fait par ailleurs état d'aucune circonstance ni d'aucun lien personnel et familial en France qui permettraient de regarder l'obligation de quitter le territoire litigieuse comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

11. En quatrième lieu, compte tenu de la nature, de la gravité et de la répétition des faits imputés par le préfet au requérant, sous différents alias, ayant donné lieu à diverses condamnations pénales, M. C ne peut sérieusement soutenir que " l'objectivisation d'un risque de trouble à l'ordre public tel qu'il justifierait la décision portant obligation de quitter le territoire opposée à l'intéressé n'est pas évidente ".

12. En cinquième et dernier lieu, si M. C, qui a manifesté par courrier du 19 septembre 2022 la volonté de solliciter son admission en France au titre de l'asile, s'est vu délivrer le 11 janvier 2023 une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 10 juin 2023, il ressort de la pièce n° 15 produite par le préfet qu'aucune demande n'a été enregistrée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour le requérant à la date du 7 février 2023, alors que le délai " de vingt et un jours pour introduire sa demande d'asile complète auprès de l'Office () " prévu à l'article R. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est expiré. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de la qualité de demandeur d'asile, laquelle ferait obstacle à son éloignement.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

13. Le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. C est fondé sur ce qu'il existe un risque que celui-ci se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, risque devant être regardé comme établi dès lors, premièrement, que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative au regard du droit au séjour -cette circonstance suffisant, à elle seule, à justifier légalement le refus d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire en application des dispositions, citées au point 2, des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile-, deuxièmement, a explicitement déclaré son intention de rester en France après sa sortie de prison, troisièmement, n'a pas déféré au deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2020 et 2021, quatrièmement, ne présente pas de garanties de représentation suffisante, notamment parce qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et a communiqué des renseignements inexacts concernant son identité en usant d'alias, cinquièmement, ne justifie pas d'une résidence stable, effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale en France à sa levée d'écrou, enfin, qu'eu égard au caractère grave et répété des faits pour lesquels il est actuellement incarcéré et de ceux pour lesquels il est déjà défavorablement connu des services de police, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque par suite en fait.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. M. C se borne à soutenir, sans plus de précision ni justification, qu'il " craint un retour dans son pays d'origine ", qu'il a indiqué comme étant la Lybie lors de l'audition du 18 janvier 2023, alors que la décision litigieuse prévoit que l'intéressé doit " rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible " et indique qu'il a été reconnu le 17 février 2022 comme ressortissant tunisien par les autorités consulaires tunisiennes compétentes à Paris sous l'identité réelle de Mehrez Ben F, né le 30 octobre 1986. Dans ces conditions, et alors que M. C n'a pas donné suite à son intention de demander l'asile, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées en fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10, cité au point 3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

17. L'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans faite à M. C est fondée sur ce que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement en France -que ce soit en 2015 ou en 2017-, s'y maintient irrégulièrement sans avoir jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative au regard du droit au séjour, s'est déclaré à plusieurs reprises célibataire et sans enfant et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine -où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans- comme ayant déclaré que ses parents ainsi que ses deux frères et trois sœurs vivaient toujours à Bengazi et ne connaître personne en France et constitue une menace à l'ordre public compte tenu des faits ayant justifié les condamnations à raison desquelles il est actuellement incarcéré. Cette motivation est conforme aux exigences énoncées au point 16.

18. En deuxième lieu, si le requérant soutient que cette décision est entachée d'une erreur de fait s'agissant des attaches familiales dont il dispose, il ne précise pas la nature et la consistance des attaches dont il se prévaut.

19. En troisième lieu, compte tenu des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé précédemment évoqués, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10, citées au point 3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour assortissant l'obligation de quitter le territoire français faite à M. C.

20. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Sarthe et à Me Renaud.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La magistrate désignée,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

M.-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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