lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | ABDOURAOUFI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2304156 le 22 mars 2023, et un mémoire, enregistré le 13 janvier 2024, M. F B, représenté par Me Abdouraoufi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 26 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 29 août 2022 de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son identité et son lien de filiation avec le regroupant sont établis ;
- M. B remplit les conditions du regroupement familial ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2304157 le 22 mars 2023, M. A B, représenté par Me Abdouraoufi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 26 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 29 août 2022 de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son identité et son lien de filiation avec le regroupant sont établis ;
- M. B remplit les conditions du regroupement familial ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu'une note diplomatique a été adressée au poste consulaire de H le 5 janvier 2024 afin de faire délivrer le visa sollicité.
III. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2304157 le 22 mars 2023, M. D B, agissant en qualité de représentant légal de l'enfant C B, représenté par Me Abdouraoufi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 26 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 29 août 2022 de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo refusant de délivrer à C B un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'identité de C B et son lien de filiation avec lui sont établis ;
- il remplit les conditions du regroupement familial ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu'une note diplomatique a été adressée au poste consulaire de H le 5 janvier 2024 afin de faire délivrer le visa sollicité.
La demande de M. D B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 21 novembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Heng a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant congolais, a obtenu par décision du 27 avril 2022 de la préfète de la Loire une autorisation de regroupement familial au profit de Mme G, son épouse, et de F B, A B et C B, ressortissants de même nationalité nés le 6 septembre 2002, 2 mars 2004 et 4 mars 2006, qu'il présente comme leurs enfants. Si un visa de long séjour a été délivré à Mme G, par deux décisions du 29 août 2022, l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo a rejeté les demandes de visa de long séjour présentées au titre du regroupement familial pour les trois enfants. Par une décision implicite née le 26 décembre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2304156, 2304157 et 2304158 sont dirigées contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les exceptions de non-lieu à statuer :
3. Si le ministre de l'intérieur fait valoir qu'il a donné instruction à l'autorité consulaire française à H de délivrer à A B et C B les visas de long séjour sollicités, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date du présent jugement, les visas aient été délivrés. Par suite et alors que le ministre n'apporte aucun autre élément de nature à établir que l'objet des requêtes n° 2304157 et 2304158 auraient disparu, les exceptions de non-lieu à statuer qu'il a opposées en défense doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. L'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire adressé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France indique : " En l'absence d'une réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois à compter de la date de réception du recours mentionnée ci-dessus, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée (CAA de Nantes, 17 novembre 2020, n°20NT00588). ". Les décisions consulaires comportent une case cochée et la mention " L'acte d'état civil présenté n'est pas conforme à la législation locale ".
En ce qui concerne M. A B, et la jeune C B :
8. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier de l'identité des deux demandeurs de visa et de leur filiation à l'égard de M. B, les intéressés ont produit le jugement supplétif de naissance n° RC 4663 du tribunal pour enfants de H - Kinkole du 17 juillet 2019 établissant que M. A B et la jeune C B sont nés de l'union de M. D B avec Mme E G. Ils produisent également les actes de naissance établis en conséquence le 20 août 2019 à l'état-civil de la ville de H, commune de Ndjili, ainsi que les copies intégrales de ces actes. Dès lors que le jugement supplétif susmentionné ne fait l'objet d'aucune critique permettant d'établir l'existence d'une fraude, il est de nature à établir l'identité et la filiation des deux demandeurs de visa. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est, à cet égard, entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne M. F B :
9. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier de l'identité du demandeur de visa et de sa filiation à l'égard de M. B, les requérants ont produit le jugement supplétif de naissance n° RC 4663 du tribunal pour enfants de H - Kinkole du 17 juillet 2019 établissant que M. F B est né de l'union de M. D B avec Mme E G. Ils produisent également le volet 1 de l'acte de naissance n° 2184 établi le 20 août 2019 à l'état-civil de la ville de H, commune de Tshangu, qui précise, contrairement à ce qu'indique le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, avoir été pris en transcription. S'il est vrai que la copie intégrale de cet acte de naissance fait état de ce qu'il a été pris en transcription d'un jugement supplétif n° RC 4755 du 16 août 2019, cette seule circonstance, pour regrettable qu'elle soit, ne permet pas de regarder l'acte de naissance n° 2184 comme ne pouvant faire foi, et doit être regardée comme une simple erreur matérielle qui n'est pas de nature à établir le caractère frauduleux du jugement supplétif produit. Dans ces conditions, l'identité et la filiation de M. F B étant établie, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est, à cet égard, entachée d'une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que des visas de long séjour sollicités soient délivrés à A B, à C B et à F B sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 26 décembre 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à A B, à C B et à F B les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à M. F B, à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvet, présidente,
Mme André, première conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La rapporteure,
H. HENGLa présidente,
C. CHAUVETLa greffière,
A. VOISIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2 ; 2304157 ; 2304158
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026