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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306337

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306337

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Béarnais, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023, notifié le 25 avril 2023, par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article

L.511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée a été prise en l'absence d'examen de la réserve prévue par l'article L.542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de la Vendée n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative).

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive Procédure 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Chupin, président honoraire de tribunal administratif, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chupin, magistrat désigné,

- et les observations de Me Béarnais, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante arménienne née le 23 novembre 2001, déclare être entrée irrégulièrement en France le 11 août 2022. Elle a déposé une demande d'asile le 24 août 2022. Par une décision du 23 février 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande d'asile. Mme B a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile qui, à ce jour, n'a pas statué sur celui-ci. Par sa requête, Mme B demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions principales à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ( ) et aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ().Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office.".

Sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens de la requête :

3. Si la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, il est constant, en revanche, qu'elle ne mentionne aucunement la circonstance que l'intéressée souffre de la maladie de Hodgkin. Or, Mme B produit au dossier un certificat médical du chef du service oncologie et hématologie du centre hospitalier départemental de la Vendée aux termes duquel l'état de santé de l'intéressée nécessite la poursuite d'une prise en charge thérapeutique toutes les trois semaines avec une consultation trimestrielle, outre une surveillance paraclinique avec examen cardiaque, pulmonaire et scanographique. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides,

Mme B a, le 11 avril 2023, présenté au préfet de la Vendée une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et que le même préfet a, par une décision du 18 avril 2023 rejeté cette demande comme irrecevable. Il apparaît, dès lors, que bien qu'informé, à la date de la décision attaquée, de la situation particulière de la requérante, le préfet de la Vendée ne l'a pas évoquée dans l'arrêté litigieux. Dans les circonstances de l'espèce, cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de

Mme B. Pour ce seul motif, l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être annulée.

4. L'annulation de la décision portant obligation pour Mme B de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de sa reconduite.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif de l'annulation, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, en munissant l'intéressée, dans un délai de huit jours suivant cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béarnais renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet de la Vendée a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle doit être reconduite d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de munir l'intéressée, dans un délai de huit jours suivant cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : Sous réserve que Me Béarnais renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, celui-ci lui versera la somme de huit cents euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Béarnais et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

P. CHUPIN

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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