mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mai 2023 et le 6 novembre 2023, M. A C B, représenté par Me Renaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente et dans les sept jours de la notification de la décision à rendre une autorisation provisoire de séjour
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les articles L. 611-1 et L. 542-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- inintelligible, elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 31 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président,
- les observations de Me Renaud, avocat de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, se disant ressortissant nigérian né en 1992, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 5 août 2019. La demande d'asile qu'il avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 septembre 2021 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 février 2022. Par une décision du 7 février 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable la demande de réexamen de sa demande d'asile dont M. B avait sollicité l'enregistrement le 19 janvier 2023. Par l'arrêté du 28 avril 2023 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait constituant le fondement de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que l'étranger est de nationalité nigériane et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée.
3. Pour décider de faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique s'est prononcé au regard des lois et règlements applicables, sans statuer par application de directives administratives, d'orientations générales ou de lignes directrices se rapportant à la situation d'étrangers dont la demande d'asile et la demande de réexamen de cette demande ont été rejetées. Il s'est prononcé au vu de circonstances de fait se rapportant seulement à la situation particulière de M. B, et non de circonstances se rapportant à la situation d'autres personnes ou d'un groupe de personnes dont relèverait M. B. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'il se serait abstenu de faire application du pouvoir d'appréciation dont, le cas échéant, il aurait été investi par ces lois et règlements. Il en résulte que le moyen, ne se rapportant qu'au bien-fondé de l'arrêté attaqué, tiré de l'absence d'un examen " réel et sérieux " de la situation de M. B, doit être écarté.
4. En estimant que M. B n'établit pas détenir d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas constaté un fait mais porté une appréciation sur les faits de l'espèce. Il suit de là que le moyen tiré d'une erreur de fait, c'est-à-dire sur la matérialité des faits de l'espèce, doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; / e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; / 2° Lorsque le demandeur : / a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; / d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un Etat autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen ou d'une demande de remise par une cour pénale internationale. / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Aux termes de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; / 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un Etat tiers et y est effectivement réadmissible ; / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". Selon l'article L. 531-42 de ce code : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. / L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision. / Lors de l'examen préliminaire, l'office peut ne pas procéder à un entretien. / Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité. ".
6. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile primitivement présentée par le requérant a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 23 février 2022. Il en résulte que, conformément au second alinéa de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire français a pris fin le 23 février 2022. Si M. B a ensuite et en 2023 présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, cette demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité prise par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 février 2023 et notifiée le 23 février 2023, sur le fondement du 3° de l'article L. 531-32 de ce code, alors qu'il ne ressort pas du dossier que M. B se serait trouvé dans le cas prévu au b) du 2° de l'article L. 542-2. Il en résulte que le droit de M. B de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeur de réexamen d'une demande d'asile a, en tout état de cause, pris fin le 7 février 2023. Dès lors, le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire français ayant successivement pris fin en application du second alinéa de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puis du b) du 1° de l'article L. 542-2 de ce code, 1° distinct de son 2° ces 1° et 2° ne s'appliquant pas cumulativement de sorte que l'application du 1° n'est pas subordonnée à la condition que l'étranger se trouve en outre dans l'un des cas énumérés au 2°, c'est sans erreur de droit et par une exacte application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Loire-Atlantique a pu décider de lui faire obligation de quitter le territoire français.
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
9. La légalité de l'arrêté attaqué du 28 avril 2023 s'apprécie à cette date.
10. Il ressort des pièces du dossier qu'au moment de l'arrêté attaqué, M. B était affecté d'une hernie ombilicale centimétrique, ainsi que, depuis au moins trois ans à se placer au 20 février 2023, d'une hernie inguinale réductible mais douloureuse, l'empêchant parfois d'aller aux toilettes, très symptomatique, le patient expliquant ne plus pouvoir pratiquer de sport ni pouvoir travailler. M. B a bénéficié le 26 mai 2023 d'une intervention chirurgicale au centre hospitalier universitaire de Nantes, par cure d'une hernie inguinale unilatérale par coelioscopie avec mise en place d'une prothèse et cure de hernie ombilicale par raphie simple. Toutefois, alors que l'intéressé était affecté de ces hernies depuis de longues durées, le défaut d'une telle prise en charge médicale n'aurait pu avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, l'état de santé caractérisé par ces hernies ne faisait pas obstacle à ce qu'à la date de l'arrêté attaqué il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.
11. Il ressort également des pièces du dossier que, le 5 mai 2023, M. B s'est vu prescrire du paracétamol et, si nécessaire, du tramadol, à prendre après l'intervention, c'est-à-dire celle du 26 mai 2023, dont l'absence n'aurait pas légalement fait obstacle à ce que soit prise la décision attaquée. A la suite de cette chirurgie et le 6 juin 2023, des soins de plaie post-opératoire du flanc droit lui ont été prescrits, tous les jours, par un infirmier ou une infirmière à domicile, avec prescription, le même jour et pour les besoins de ces soins, de compresses stériles, d'un set pour pansement sec, de mèches algostéril et de sérum physiologique, outre de paracétamol pendant quinze jours. Toutefois, une telle prise en charge médicale post-chirurgicale, de caractère courant et ne révélant pas une gravité particulière de la situation postérieure à l'intervention du 26 mai 2023, est, en tout état de cause, disponible dans le pays d'origine de l'intéressé.
12. Le requérant présente également deux documents du 13 juillet 2023 émanant d'une clinique urologique, l'un prescrivant un médicament approprié en cas de vessie hyperactive, l'autre faisant état de la location d'un électrostimulateur neuromusculaire urologique pour vingt-six semaines et d'électrodes autocollantes, nécessaires en cas d'utilisation d'un tel électrostimulateur. Toutefois, même à admettre que ces documents rendraient compte d'un état de santé dont le défaut de prise en charge pourrait avoir pour le patient des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne ressort pas de ces documents, ni d'aucun autre, qu'ils rendraient compte d'une affection contemporaine ou antérieure à l'arrêté attaqué, sans constituer un élément nouveau qui n'aurait été connu ou révélé qu'après l'intervention de cette décision. Il n'en va pas différemment d'une ordonnance du 15 juin 2023 prescrivant la prise de médicaments appropriés dans le traitement du reflux gastro-oesophagien pendant un mois.
13. Si le requérant présente un document non daté faisant état de la prescription de prégabaline, ce seul document ne permet pas d'estimer que l'état de santé de M. B au 28 avril 2023 aurait nécessité une prise en charge à défaut de laquelle il aurait pu en résulter des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Une ordonnance du 18 septembre 2023 prescrivant le port d'une attèle à porter à la cheville gauche pendant deux semaines ainsi que la prise associée de diclofénac et d'ibuprofène ne se rapporte pas à l'état de santé de M. B au 28 avril 2023 ou avant.
14. Il résulte de ce qui précède que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne faisaient pas légalement obstacle à l'intervention de l'arrêté attaqué.
15. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
16. Le requérant ne justifie pas de la date de son arrivée sur le territoire français, dont il a franchi la frontière sans y avoir été autorisé. Son séjour en France n'est pas ancien, alors qu'il est âgé de plus de trente ans et que la majeure partie de ce séjour s'explique par les demandes d'asile et de réexamen qu'il avait présentées. Il est célibataire et n'a en France aucune tierce personne à sa charge. Il est le père d'un enfant, qui ne réside pas en France. Alors même qu'il fait état de la présence en France d'un frère et d'une ancienne belle-sœur comme, fille de cette dernière, d'une nièce, il ne justifie pas d'attaches personnelles, en particulier familiales, anciennes, intenses et stables sur le territoire français. Il peut poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment dans le pays dont il indique être le ressortissant, alors même que les liens familiaux qu'il y conserve seraient lâches. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de l'intéressé en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision, ce dont résulte qu'elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. L'arrêté attaqué constate que le requérant est de nationalité nigériane et décide que, si l'intéressé se maintient sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, il pourra être reconduit d'office à destination, notamment, du pays dont il a la nationalité. Ce faisant, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas pris une décision inintelligible.
19. Si le requérant reprend devant le tribunal des éléments du récit dont il avait fait état à l'appui de sa demande d'asile, il n'est, toutefois, pas établi ni ne ressort des pièces du dossier que la vie ou la liberté du requérant seraient effectivement actuellement menacées au Nigéria ou qu'il serait personnellement exposé au risque d'y être soumis à la torture ou à peines ou traitements inhumains ou dégradants, alors d'ailleurs que ses demandes d'asile et de réexamen de cette demande ont été rejetées par les autorités spécialisées pour en connaître. Dès lors, en comptant le pays dont le requérant est le ressortissant au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire, le préfet de la Loire-Atlantique, qui n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation alors d'ailleurs qu'il n'est pas investi d'un pouvoir discrétionnaire pour déterminer le pays de destination en cas d'éloignement d'office, n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Renaud.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026