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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308427

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308427

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantLESCS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, M. et Mme H, agissant en leur nom et en tant que représentants légaux des enfants B, D, G et K H, représentés par Me Lescs, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 13 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 12 janvier 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme E H et aux enfants B, D, G et K H un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membres de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de J L. 761-1 du code de justice administrative et de J 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- les décisions consulaires ainsi que la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle fait une inexacte application des dispositions des articles L 561-2 et L 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette même décision est entachée d'une erreur d'appréciation, d'une part en ne prenant pas en considération la disparition du jeune C H, d'autre part en ne prenant pas en compte l'intérêt des quatre enfants et de leur mère et, enfin, en ne retenant pas la situation d'isolement des demandeurs de visas ainsi que l'état de santé de la jeune D H ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de J 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de J 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de J 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. I H, ressortissant afghan, né le 1er février 1986, est bénéficiaire de la protection subsidiaire en France, et titulaire à ce titre d'une carte de séjour pluriannuelle qui lui a été délivrée le 24 septembre 2020. Mme E H, née le 1er janvier 1987, qu'il présente comme son épouse, B H, né le 1er janvier 2007, D H, née le 1er janvier 2010, G H, née le 1er janvier 2012 et K H, née le 1er janvier 2014, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas d'entrée et de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Téhéran, en qualité de membres de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par des décisions du 12 janvier 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 13 avril 2023, dont M. et Mme H demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre ces décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. En premier lieu, en vertu des dispositions de J D. 312-3 précité, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, prise sur recours préalable obligatoire, s'est substituée aux décisions consulaires du 12 janvier 2023. Par ailleurs, alors qu'il n'est pas justifié au dossier que la commission a adressé aux requérants un accusé réception de leur recours, leur indiquant que l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet, fondée sur les mêmes motifs que ceux des décisions de l'autorité consulaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme H ont demandé la communication des motifs de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de J L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de J L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de J L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". J L 434-1, dont les dispositions sont applicables en matière de réunification familiale, précise : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". J A 561-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose enfin : " Dans la mise en œuvre des droits accordés aux réfugiés et aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ayant des besoins particuliers ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue réfugiée ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin pour un motif d'ordre public. Il résulte également des dispositions précitées que l'administration est en droit de refuser la demande de visa au titre de la réunification familiale, dès lors que celle-ci revêt un caractère partiel, sauf dérogation tenant à l'intérêt supérieur des enfants. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que la commission de recours a pu rejeter le recours dirigé contre les décisions consulaires, sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se fondant sur le caractère partiel de la réunification familiale projetée.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du contenu du recours administratif préalable obligatoire notifié le 13 février 2023 à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, que le réunifiant a fait valoir, à l'appui des demandes de visas, la circonstance que l'enfant C H a disparu en janvier 2018 alors qu'il se trouvait près d'un cours d'eau situé à proximité du domicile familial à Jalalabad (Afghanistan), rendant impossible le dépôt d'une demande de visa à son nom dans le cadre de la réunification familiale envisagée. Les requérants produisent en ce sens la copie d'une lettre recommandée avec accusé réception n° AR 1A 198 506 5385, datée du 21 novembre 2021 et signée de M. I H, notifiée le 29 novembre 2022 à l'office français de protection des réfugiés et apatrides, tendant à ce qu'il soit procédé à la déclaration de disparition de l'enfant C H, et en en relatant les circonstances. Ils produisent, par ailleurs, une déclaration de M. L, grand-père maternel de l'enfant, datée du 1er juillet 2018, faisant état de sa disparition auprès du chef de district de Behssoud (Afghanistan). Le ministre oppose toutefois en défense, sans être utilement contredit, que les requérants ne justifient ni d'un acte ni d'une décision de justice attestant de la disparition du jeune C H, et que les documents produits ne présentent pas de caractère probant. Par ailleurs, si les requérants font valoir qu'il est de l'intérêt des enfants mineurs et de leur mère, actuellement en situation irrégulière sur le territoire iranien et susceptibles d'être expulsés vers leur pays d'origine, de rejoindre leur époux et père, ils ne justifient pas l'impossibilité de solliciter la prolongation de leur visa ou titre de séjour en Iran. Enfin, la circonstance que l'état de santé de la jeune D H nécessite des soins médicaux est sans incidence, dès lors qu'il n'est pas établi que les soins en cause ne peuvent pas lui être dispensés en Iran. Dans ces conditions, M. et Mme H ne sont pas fondés à soutenir qu'en rejetant le recours contre les décisions consulaires contestées, la commission aurait entaché sa décision d'erreurs d'appréciation.

6. En quatrième lieu, faute pour les requérants d'établir de façon suffisamment probante la disparition de leur fils allégué C H, et dès lors, par ailleurs, que les enfants ne sont pas isolés en Iran où ils résident avec leur mère, les moyens tirés de la méconnaissance de J 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de J 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme H ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées doivent être rejetées, comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de J L. 761-1 du code de justice administrative et de J 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

J 1 : La requête de M. et Mme H est rejetée.

J 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I H, Mme F H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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