vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308617 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LESCS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juin 2023 et le 17 juillet 2023, M. C G B, agissant en son nom et au nom de l'enfant F B, représenté par Me Lescs, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur son recours dirigé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à l'enfant F B un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
3°) d'annuler la décision de l'autorité diplomatique française à Conakry refusant le visa sollicité ;
4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, ou à défaut de réexaminer la situation du demandeur, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;
- l'autorité consulaire a suivi des délais d'instruction excessifs en méconnaissance des dispositions des articles L. 561-5 et R. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision consulaire est entachée d'erreur de droit dans l'application des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucune des conditions de refus du visa sollicité n'existe et que le demandeur a un droit à la réunification familiale ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dès lors que l'identité de l'enfant F B et sa filiation, ainsi que le décès de sa mère sont établis.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du 2 juin 2023 la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. C G B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C G B, ressortissant guinéen né en 1984, réfugié en France depuis le mois de mai 2021, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours dirigé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Conakry refusant de délivrer à l'enfant F B un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale, et d'annuler également la décision de l'autorité diplomatique française.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 2 juin 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C G B. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire soit accordée au requérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. / () La saisine de l'une ou l'autre de ces autorités, selon la nature du visa sollicité, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. "
4. Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité diplomatique française à Conakry. Par suite, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission et les moyens de la requête doivent être redirigés contre cette décision.
5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'autorité consulaire a méconnu les délais d'instruction de la demande de visa en prenant une décision environ huit mois après l'enregistrement de la demande de visa, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'instruction des demandes de visas devrait se faire dans un délai impératif sans possibilité de prolongation. Un tel moyen est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision de la commission.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. En application de ces dispositions, la commission doit être regardée comme s'étant appropriée le motif opposé par l'autorité diplomatique française à Conakry, à savoir le motif, fondé sur les articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tiré de ce qu'il ne ressort pas des documents produits à l'appui de la demande de visa que la filiation de l'enfant ne serait établie qu'à l'égard de la personne réunifiante, ni que son autre parent serait décédé ou déchu de ses droits parentaux, ni que l'autorité parentale de l'autre parent aurait été confiée à la personne réunifiante par une décision d'une juridiction étrangère. Eu égard à ces motifs de droit et de fait, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ".
8. Les articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code, ajoutent respectivement que : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".
9. Il ressort d'un jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal de première instance de Kindia (Guinée) du 18 août 2021, transcrit le 3 septembre 2021 dans les registres de l'état civil de la commune urbaine de Kindia et non contesté par l'administration, que l'enfant F B est né le 21 janvier 2008 de l'union de M. C G B et Mme E A. Si M. C G B soutient que la mère de son fils F est décédée, la production de deux certificats de décès provenant de deux hôpitaux différents en Guinée et faisant état de dates de décès différentes ne permet pas d'établir ce décès. Il ressort par ailleurs du compte-rendu d'entretien de M. C G B à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 février 2020, et de la fiche familiale de référence complétée par l'intéressé le 12 mai 2021 qu'il n'a pas déclaré la mère de son fils F B comme étant décédée. Enfin, le jugement supplétif d'acte de naissance F B rendu le 18 août 2021, soit après le décès allégué de la mère de l'enfant, apparaît rendu sur requête de Mme " E " A. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation, ni d'erreurs de fait, que la commission a rejeté le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à l'enfant F B.
10. En cinquième lieu, le décès de la mère de l'enfant F B, allégué par le requérant, ne ressortant pas des pièces du dossier, la décision confirmant le refus de visa opposé à l'enfant F B, ne peut être regardée comme ayant pour effet de le maintenir en situation d'isolement dans son pays. Par suite, la décision attaquée n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit du demandeur au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage méconnu l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
11. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et une demande relative aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire soit accordée à M. C G B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C G B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Hervouet, président du tribunal,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La rapporteure,
A. CHATALLe président,
C. HERVOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026