mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308899 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée sous le numéro 2308856 le 20 juin 2023, Mme E D, représentée par Me Anne-Laure Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité compétente ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle réside en France de façon stable et effective depuis plus de six ans avec ses deux enfants ; ceux-ci sont désormais majeurs et scolarisés ; elle possède en France l'ensemble de ses attaches personnelles et familiales ; elle ne cesse d'effectuer des démarches en vue de s'insérer ; elle n'a gardé aucun lien avec la Géorgie ;
- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle justifie d'une parfaite connaissance de la langue française ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet l'a exposée au risque de subir des traitements inhumains et dégradants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2023.
II - Par une requête enregistrée sous le numéro 2308899 le 21 juin 2023, M. B D, représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité compétente ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- le préfet a méconnu l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il verse aux débats tous les justificatifs de sa scolarité et de ses moyens d'existence ; il a appris le français et il est parfaitement intégré ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; arrivé mineur sur le territoire français, il y a poursuivi toutes ses études ; il n'a pas gardé de liens avec la Géorgie ; il peut prétendre à un titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet l'a exposé au risque de subir des traitements inhumains et dégradants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les rapports de M. Martin, président-rapporteur, ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E D, ressortissante géorgienne née le 1er septembre 1979, déclare être entrée irrégulièrement en France le 27 juillet 2017 avec son fils C, né le 20 août 1999. Après avoir demandé en vain l'asile et un titre de séjour pour raison de santé, Mme D a demandé au préfet de la Sarthe, le 10 février 2023, un titre de séjour sur le fondement, à titre principal, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de l'article L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 12 mai 2023, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D demande l'annulation de cet arrêté par la requête n° 2308856. Un autre fils de Mme D, prénommé B, né en 2002, est venu en France le 16 août 1019 rejoindre sa mère et son frère C. Il a été scolarisé au Mans et a demandé en 2022 au préfet de la Sarthe un titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 mai 2023, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande l'annulation de cet arrêté par la requête n° 2308899.
Sur la jonction :
2. Les requêtes visées ci-dessus nos 2308856 et 2308899 sont présentées par les membres d'une même famille, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté attaqué par Mme D :
S'agissant du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. F A, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de la Sarthe. Il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu du préfet de la Sarthe délégation pour signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire, et fixation du pays de renvoi, aux termes de l'arrêté portant délégation de signature du 15 décembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, ()". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que si M. C D, fils de la requérante, a obtenu un titre de séjour pour raison de santé, valable du 18 avril 2019 au 17 avril 2020, il s'est vu refuser le renouvellement de ce titre par un arrêté du 17 juin 2021, le préfet de la Sarthe ayant estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie, alors que son état de santé lui permettait de voyager sans risque dans son pays d'origine. Il suit de là qu'à la date de l'arrêté attaqué, Mme D et ses deux fils, C et B, se trouvaient en situation irrégulière sur le territoire français. Mme D justifie, par la production d'attestations, s'être engagée à compter de 2018 dans des activités bénévoles au sein du Secours Populaire et de la Croix Rouge et avoir suivi avec assiduité des cours de français. Elle fait état de son souhait d'exercer à l'avenir une activité professionnelle dans les domaines de la pâtisserie et de la manucure et verse au dossier une promesse d'embauche établie à son intention par l'entreprise Speedy Pizz, datée du 12 septembre 2023. Toutefois, aussi méritoires que soient les efforts ainsi accomplis par l'intéressée pour s'insérer socialement et professionnellement, ils ne suffisent pas à justifier d'une intégration particulièrement aboutie en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D n'aurait conservé aucune attache familiale en Géorgie. Dès lors, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et les moyens tirés par l'intéressée de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission exceptionnelle au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
7. Mme D se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis près de six ans à la date de la décision attaquée et fait état des mêmes éléments que ceux qu'elle a invoqués à l'appui de sa demande fondée sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a déjà fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français en décembre 2020. Comme il a été dit, ses deux fils se trouvaient également en situation irrégulière sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Ainsi, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la requérante ne peut être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré par elle de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour doit, par suite, être écarté.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, Mme D soutient qu'elle justifie d'attaches familiales et personnelles en France d'une solidité telle que son éloignement du territoire français constituerait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, alors que ses seules attaches familiales en France sont ses deux fils, ceux-ci font également l'objet d'obligations de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En second lieu, Mme D, bien que sa demande d'asile ait été rejetée, expose les raisons pour lesquelles elle estime être soumise au risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays. Toutefois, un tel moyen n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi. En tout état de cause, Mme D reprend le récit qu'elle a exposé devant les instances chargées de l'examen de sa demande d'asile, lesquelles ne l'ont pas trouvé convaincant, sans apporter d'élément supplémentaire. Les craintes alléguées par l'intéressée d'être exposée à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont, par suite, pas suffisamment étayées pour que le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu cet article en fixant la Géorgie comme pays de destination puisse être accueilli.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 12 mai 2023 la concernant.
En ce qui concerne l'arrêté attaqué par M. D :
S'agissant du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté :
11. L'arrêté attaqué a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 19 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :
12. En premier lieu, aux termes de l'article 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
13. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Sarthe, pour refuser de délivrer à M. D un titre de séjour portant la mention " étudiant ", a considéré que l'intéressé, entré en France de manière irrégulière, ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants puisqu'il ne percevait que 972 euros de bourse nationale d'études pour l'année scolaire et qu'aucune circonstance particulière ne justifiait, dans les circonstances propres au cas d'espèce, que l'autorité administrative fasse usage de son pouvoir discrétionnaire pour déroger aux dispositions de l'article L. 412-1.
14. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, après avoir été orienté vers une classe de lutte contre le décrochage scolaire, puis en seconde générale, a poursuivi sa scolarité en première professionnelle " réparation des carrosseries ". Un garagiste lui a proposé de le recruter comme apprenti-carrossier à compter de début juillet 2023. Ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que le préfet aurait fait une inexacte application de l'article L. 422-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ".
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
16. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
17. M. D fait valoir qu'alors qu'il était encore mineur à son arrivée en France en 2019, il s'est bien intégré, maîtrise la langue française et se trouve engagé dans un parcours d'insertion professionnelle. Toutefois, comme il a été dit, sa mère et son frère n'étaient pas autorisés à séjourner sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Lui-même, célibataire sans enfant, n'était présent sur ce territoire que depuis moins de quatre ans. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne puisse poursuivre son apprentissage hors de France. Ainsi, alors même qu'il produit une promesse d'embauche établie le 5 août 2023, postérieurement à l'édiction de la décision attaquée, et renouvelée en septembre 2023 et mai 2024, portant sur un emploi d'agent de sécurité, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant au requérant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".
19. Il ressort des pièces des dossiers que M. D avait déjà fait l'objet, par un arrêté du préfet de la Sarthe du 2 décembre 2020, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Géorgie où réside son père. Dans ces conditions et pour les raisons exposées au point 17, il n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Sarthe aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, M. D se prévaut de sa présence en France depuis près de quatre ans avec sa mère et son frère ainsi que de la poursuite de ses études dans ce pays. Toutefois, sa mère et son frère ne justifiaient à la date de la décision attaquée, d'aucun droit à séjourner en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne puisse poursuivre ses études hors de France. Par suite et pour les raisons exposées au point 19, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
21. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", n'est opérant qu'à l'encontre du pays fixant le pays de destination. En tout état de cause, les craintes alléguées par M. D de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie ne sont accompagnées d'aucun commencement de preuve. La réalité de ces craintes n'est, par suite, pas établie.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 12 mai 2023 le concernant.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par Mme D et M. D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combinées avec celle de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, le versement de sommes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme D et de M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à M. B D, au préfet de la Sarthe et à Me Anne-Laure Martin.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Martel première conseillère,
Mme Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MARTEL
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Nos 230889956, 2308899
ads
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026