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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309092

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309092

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2023, Mme C A, représentée par Me Marie-Laure Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement, à titre principal, de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de l'article L. 435-1 du même code, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité compétente ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle réside de façon stable et effective en France depuis presque dix ans ; en 2018, elle a fait connaissance de M. B ; ils se sont pacsés le 8 janvier 2019 ; ils sont locataires d'un appartement depuis le 19 novembre 2019 ; ils se sont mariés le 30 juillet 2022 ; leur communauté de vie perdure depuis presque cinq ans ; elle n'a plus de lien avec le Cameroun ;

- subsidiairement, elle est en droit de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle remplit les conditions fixées par la circulaire du 28 novembre 2012, laquelle, eu égard aux conditions de sa publication, est opposable à l'administration; elle souffre d'une pathologie qui nécessite un suivi régulier et un traitement médicamenteux ; aucune prise en charge appropriée de cette pathologie n'est proposée au Cameroun ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 10 août 1984, déclare être entrée irrégulièrement en France le 1er septembre 2014. Elle a fait l'objet, par un arrêté du 18 janvier 2017 du préfet du Bas-Rhin, d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Cette mesure d'éloignement n'a pas été exécutée. Après avoir vainement demandé l'asile et s'être pacsée, 8 janvier 2019, au Mans avec un ressortissant français, Mme A a demandé au préfet de la Sarthe un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 313-11,7° et L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a rejeté sa demande par un arrêté du 14 décembre 2020 portant également obligation de quitter le territoire français. Mme A n'a pas déféré à cette obligation et a épousé son partenaire de Pacs, au Mans, le 30 juillet 2022. Elle a ensuite sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant que conjointe de Français. Par un arrêté du 5 juin 2023, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 19 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

3. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a fondé son refus de délivrer à Mme A un titre de séjour " conjoint de Français ", sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le motif tiré de ce que la requérante ne justifie pas d'une entrée régulière en France.

4. En premier lieu, Mme A soutient que le préfet de la Sarthe a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet n'a pas fondé sa décision de refus de séjour sur cet article, qui n'est pas applicable à l'intéressée eu égard à sa qualité de conjointe de Français. Le moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Mme A se prévaut de sa vie commune avec un Français depuis au moins trois ans et demi, de sa présence en France depuis presque neuf ans et de ses problèmes de santé. Si elle justifie de son adresse commune avec son conjoint par la production de factures, de quittances de loyer et d'avis d'imposition, il n'en demeure pas moins que leur communauté de vie était encore récente à la date de l'arrêté attaqué. Les allégations de l'intéressée selon lesquelles elle souffre d'une pathologie qui nécessite un suivi régulier et un traitement médicamenteux, pour laquelle aucune prise en charge appropriée n'est proposée au Cameroun, ne sont accompagnées d'aucune justification. Enfin, en admettant que la requérante résidait de façon ininterrompue en France depuis près de neuf ans à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue sur le territoire français, en dépit de deux mesures d'éloignement prises à son encontre, sans avoir jamais été titulaire d'un titre de séjour. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'elle est mère de deux enfants restés au Cameroun. Dans ces conditions, alors que la séparation entre Mme A et son époux ne serait que provisoire, le temps pour la requérante de solliciter la délivrance d'un visa de long séjour pour entrer régulièrement en France et pouvoir bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, les éléments dont elle se prévaut ne suffisent pas à établir, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, que le préfet, en prenant la décision de refus de séjour attaquée, aurait porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

7. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Si la requérante soutient subsidiairement qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet fait valoir sans être contredit qu'elle n'a pas demandé de titre de séjour sur ce fondement. Or, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 prise pour son application ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

11. Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet doit, lorsqu'il envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

12. Mme A se prévaut de problèmes de santé liés à une surcharge pondérale invalidante. Elle produit un certificat d'un chirurgien d'une clinique parisienne, daté du 13 juin 2023, selon lequel elle a subi, le 18 janvier 2018, une " sleeve gastrectomie " et doit être à nouveau opérée le 19 juin 2023, à la suite d'une dilatation gastrique avec reprise pondérale. Toutefois, eu égard au caractère faiblement circonstancié de ce certificat, établi au demeurant postérieurement à la décision attaquée, la requérante ne peut être regardée comme établissant que son état de santé serait susceptible, par sa gravité ou la nature des traitements requis, de relever des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Sarthe et à Me Marie-Laure Martin.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

cc

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