lundi 15 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2310539 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | LE ROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet et 12 décembre 2023, Mme C A et M. D B, représentés par Me Le Roy, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 17 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 6 février 2023 de l'ambassade de France en Iran refusant de délivrer à Mme A un visa d'entrée et de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les motifs de la décision sont contradictoires avec le type de visa sollicité, qui est un visa " ascendant à charge de ressortissant français " ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation, dès lors que Mme A ne dispose d'aucune ressource et est à la charge de son fils, celui-ci disposant de ressources suffisantes pour l'accueillir ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023 :
- le rapport de M. Templier, conseiller ;
- et les observations de Me Le Roy, avocate de Mme A et M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante afghane, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français auprès de l'ambassade de France en Iran, laquelle a rejeté cette demande par une décision du 6 février 2023. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité par une décision née le 17 mai 2023, dont les requérants demandent l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des indications figurant dans l'accusé de réception adressé par la commission aux requérants que la décision attaquée doit être regardée comme étant fondée sur les mêmes motifs que la décision consulaire à laquelle elle s'est substituée, tirés de l'insuffisance des ressources de la demandeuse de visa pour financer son séjour et du caractère incomplet et non fiable des informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions du séjour.
3. Il est constant que Mme A a sollicité auprès de l'ambassade de France en Iran la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français. Dès lors, la commission de recours ne pouvait fonder sa décision sur la circonstance que la demandeuse de visa ne justifiait pas disposer de revenus suffisants pour faire face, de manière autonome, aux frais de toute nature liés à un séjour en France de plus de trois mois, un tel motif n'étant opposable qu'aux demandeurs ayant sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteur. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que les informations transmises à l'administration seraient incomplètes ou ne seraient pas fiables. Dans ces conditions, Mme A et M. B sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur de droit.
4. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juges de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve, toutefois, qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Dans son mémoire en défense, communiqué aux requérants, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que Mme A ne saurait être considérée comme étant à la charge de son descendant, dès lors que son fils ne démontre pas pourvoir régulièrement à ses besoins et ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire, et qu'elle-même ne justifie pas être dépourvue en Afghanistan de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait également valoir que Mme A ne justifie pas de la nécessité de séjourner en France pendant plus de trois mois.
6. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par une personne étrangère faisant état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français ou de son conjoint étranger, les autorités diplomatiques ou consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A, âgée de soixante-quatre ans à la date de la décision attaquée et dont le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne remet pas en cause l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de détenir un compte bancaire ou d'exercer une activité professionnelle dans son pays, vit en Afghanistan dans un bien immobilier détenu par son fils et y est suivie pour des problèmes de santé. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. B, le fils de Mme A, transfère directement et régulièrement à sa mère, depuis au moins l'année 2020, des sommes d'argent dont certaines s'élèvent à 2 366 euros, en vue de pourvoir à ses besoins. Enfin, si M. B n'a déclaré, dans son avis d'impôt sur les revenus de 2021 établi en 2022, qu'un salaire de 2 507 euros et des bénéfices industriels et commerciaux négatifs, il n'est toutefois pas contesté que celui-ci bénéficiait, à la même date, d'une épargne d'environ 40 000 euros. Ainsi, le motif tiré de ce que la demandeuse de visa ne saurait être considérée comme étant à la charge de son descendant n'est pas de nature à fonder légalement la décision attaquée.
8. D'autre part, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à ce que soit substitué aux motifs initiaux de la décision attaquée celui tiré de ce que Mme A ne justifiait pas de la nécessité d'un séjour en France de plus de trois mois, un tel motif n'est pas davantage de nature à fonder légalement la décision attaquée, eu égard à l'objet et à la nature du visa sollicité. Dans ces conditions, la substitution de motifs sollicitée en défense par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne saurait être accueillie.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa d'entrée et de long séjour soit délivré à Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à l'intéressée le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser à Mme A et à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 17 mai 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A le visa d'entrée et de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A et à M. B une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.
Le rapporteur,
P. TEMPLIERLa présidente,
M. LE BARBIER
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026