vendredi 25 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2310967 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme F C A et M. D B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 41 boulevard d'Austerlitz à La Roche sur Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien indu de Mme C A et M. B dans un logement pour demandeurs d'asile compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 décembre 2022, 90 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Vendée ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse que dès lors que s'ils se sont vus reconnaitre le statut de réfugié le 21 juillet 2021, en qualité d'ascendant d'enfant mineur non-marié bénéficiaire de la protection internationale à la suite de l'octroi du statut de réfugiée à leur fille E, ils ne pouvaient, eu égard à leur contrat de séjour, se maintenir dans le logement que pour une durée maximale de six mois à compter de la notification de cette décision ; en se maintenant au-delà, depuis désormais dix-huit mois, ils doivent être regardés comme ayant commis un manquement grave au règlement de leur structure d'hébergement au sens des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; par un courrier du 2 mai 2023, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; ils ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle au sens de la jurisprudence administrative, alors qu'ils pourront solliciter un nouveau délai avant leur expulsion ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, Mme C A et M. B, représentés par Me Renaud concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, subordonner leur départ à l'attribution d'un logement en adéquation avec leur situation familiale ou à ce qu'il leur soit laissé un délai de huit mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mise à la charge du le préfet de la Vendée une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les statistiques tendant à établir les besoins en logements pour demandeurs d'asile sont anciennes et ne peuvent donc pas leur être opposées et alors que l'urgence à être relogés dans la cadre de la mise en œuvre du droit au logement leur a été dénié au motif qu'ils ne risquaient pas d'être expulsés par une décision qu'ils ne peuvent pas encore contester et qui rend leur situation très précaire ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors que :
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le préfet a refusé de reconnaître le caractère prioritaire de leur demande de relogement en l'absence de risque d'expulsion et qu'il n'appartient pas eu juge des référés de connaître des motifs avancés pour fonder ce refus ;
- elle porte une atteinte grave à l'intérêt supérieur des enfants du couple protégé par les articles 3-1 et 3-2 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant tant pour la scolarisation et les liens sociaux des deux aînés que pour les conditions de vie du nouveau-né ;
- elle risque de porter atteinte à la dignité de la famille menacée de se retrouver à la rue avec des enfants en bas âge.
M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 aout 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 août 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,
- et les observations de Me Renaud, avocat de Mme C A et M. B ;
- le préfet de la Vendée n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme C A et M. B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 41 boulevard d'Austerlitz à La Roche sur Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. D B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 aout 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, l'article R. 552-15 du code dispose : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants ()2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé.(). ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. D'une part, Mme C A et M. B, ressortissants tchadiens respectivement nés les 10 octobre 1998 et 23 février 1985, ainsi que leurs trois enfants mineurs âgés de six ans, trois ans et cinq mois, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 41 boulevard d'Austerlitz à La Roche sur Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 10 décembre 2021, notifiées aux intéressés le 5 et 15 janvier suivant. Par une décision de l'OFPRA du 6 juillet 2021 notifiée le 16 juillet suivant, leur fille aînée E, a obtenu le statut de réfugiée ce qui a conduit les autorités à délivrer aux intéressés une carte de résident et ainsi, leur a fait perdre le statut de demandeur d'asile et le droit de se maintenir dans le logement qu'ils occupent. Il résulte de ce qui précède que la libération des lieux par Mme C A et M. B, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. Il est toutefois constant que les intéressés ne sont plus occupants légaux dudit logement depuis le 18 février 2022 à l'expiration du délai exceptionnel d'un mois laissé aux intéressés par l'OFII pour libérer les lieux, alors que la mise en demeure de quitter les lieux ne leur a été notifiée que le 26 août 2022 et la présente procédure engagée le 26 juillet 2023. D'autre part il n'est pas contesté que les intéressés se trouvent en situation régulière sur le territoire français, qu'ils y occupent un emploi ou se sont inscrit dans des formations et qu'ils ont procédé au versement d'un loyer. Par ailleurs les intéressés sont en recherche active d'un logement, les propositions leur ayant été faites jusqu'à présent ayant été contestées par des arguments non remis en cause par le préfet, en ce qu'elles n'étaient notamment pas adaptées à leurs contraintes professionnelles ou à leurs ressources. Dès lors, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'apparaît pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, suffisamment caractérisée. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête présentée par le préfet de la Vendée.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme F C A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête du préfet de la Vendée est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de Mme C A et M. B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme C A et M. B, et à Me Renaud
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 25 aout 2023.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAULe greffier,
J-F. MERCERON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026