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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311709

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311709

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 5ème chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 8 août 2023 sous le n° 2311709, Mme B F, représentée par Me Bearnais, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel la préfète de la Mayenne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de la munir, dans le même délai, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- sa motivation est insuffisante ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ; si le préfet l'avait interrogée, elle aurait pu faire valoir ses craintes en cas de retour en Géorgie ou en Azerbaïdjan ; elle a été privée d'une garantie ;

- le préfet n'a pas pris en compte la réserve prévue par l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle doit bénéficier du principe de non refoulement et de l'interdiction absolue de violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et a commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision sur sa propre situation ; elle est présente sur le territoire français avec son époux et son fils depuis un an et demi ; son fils est scolarisé ; elle bénéficie d'un suivi psychologique ; son époux est également suivi sur le plan médical ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- sa motivation est insuffisante ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen préalable suffisant ;

- le préfet a méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 9 janvier 2024, Mme F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée le 8 août 2023 sous le n° 2311710, M. C D, représenté par Me Bearnais, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel la préfète de la Mayenne a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de le munir, dans le même délai, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- sa motivation est insuffisante ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ; si le préfet l'avait interrogé, il aurait pu faire valoir ses craintes en cas de retour en Azerbaïdjan ; il a été privé d'une garantie ;

- le préfet n'a pas pris en compte la réserve prévue par l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il doit bénéficier du principe de non refoulement et de l'interdiction absolue de violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et a commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision sur sa propre situation ; il est présent sur le territoire français avec son épouse et son fils depuis un an et demi ; son fils est scolarisé ; son épouse bénéficie d'un suivi psychologique ; il est également suivi sur le plan médical ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- sa motivation est insuffisante ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen préalable suffisant ;

- le préfet a méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 janvier 2024, M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juin 2024 :

- les rapports de M. Martin, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Bearnais, avocate de Mme F et de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante géorgienne née le 10 juillet 1996, et son époux, M. D, de nationalité azerbaïdjanaise, né le 7 mai 1991, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 17 janvier 2022 accompagnés de leur fils mineur. Ils ont déposé des demandes d'asile qui ont été rejetées l'une et l'autre par deux décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) datées respectivement du 20 et du 30 septembre 2022. Ces rejets ont été confirmés par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 février 2023 et du 21 juillet 2023. Par deux arrêtés datés respectivement du 25 et du 27 juillet 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Mayenne a fait obligation aux deux époux de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le pays de destination. Mme F, par la requête n° 2311709, et M. D, par la requête n° 2311710, demandent, l'annulation de l'arrêté la ou le concernant.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2311709 et n°2311710 concernent les membres d'un même couple, présentent des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

3. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme E A, directrice de la citoyenneté à la préfecture de la Mayenne. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté de délégation de signature du 2 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de la Mayenne a donné délégation à Mme A à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ ainsi que le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces arrêtés doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils obligent Mme F et M. D à quitter le territoire français, visent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionnent expressément qu'ils ont été pris en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappellent les parcours suivis par les requérants au titre de l'asile et précisent les raisons pour lesquelles la préfète de la Mayenne a estimé qu'ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français, en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait du rejet de leurs demandes d'asile par la CNDA. Ces mêmes arrêtés exposent la situation familiale des intéressés et en tirent la conclusion qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Ainsi, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils portent obligation de quitter le territoire français, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, lesquelles permettaient aux requérants de comprendre les motifs des mesures d'éloignement prises à leur encontre. Le moyen tiré du défaut de motivation de ces arrêtés ne peuvent, dès lors, qu'être écartés. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation particulière des requérants avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français à leur encontre.

5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

6. En l'espèce, Mme F et M. D font valoir qu'à aucun moment, ils n'ont pu informer la préfète de la Mayenne de leurs craintes d'être exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie ou en Azerbaïdjan. Toutefois, ils ne pouvaient ignorer, depuis le rejet de leurs demandes d'asile, qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Or, ils n'établissent, ni même n'allèguent avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de s'exprimer avant que ne soient prises les obligations de quitter le territoire en litige. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les éléments qu'ils avancent, relatifs à leur stress et leur état de santé, auraient été de nature, si le préfet en avait eu connaissance, à remettre en cause le prononcé des mesures d'éloignement litigieuses. Par suite et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de leur droit d'être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code. En l'espèce, Mme F et M. D ne bénéficiaient plus, aux dates des arrêtés litigieux, du droit de se maintenir sur le territoire français, en vertu de l'article L. 542-1 dudit code, leurs demandes d'asile ayant été rejetées par l'OFPRA puis par la CNDA. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la préfète de la Mayenne n'aurait pas tenu compte de la réserve énoncée au dernier alinéa de l'article L. 542-2 du même code, dès lors qu'en tout état de cause, elle n'a pas fait application de cet article dans le champ duquel ils n'entraient pas.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. Mme F et M. D, parents d'un enfant mineur né le 1er mars 2019 et scolarisé à l'école maternelle de L'Huisserie, sont entrés en France, comme il a été dit, le 17 janvier 2022, pour y demander l'asile, en vain. Ils font valoir leur présence sur le territoire français depuis un an et demi et précisent que Mme F participe assidument aux cours de français délivrés au sein de l'unité d'hébergement pour demandeurs d'asile où elle réside, bénéficie, par l'intermédiaire de France Terre d'Asile, d'un suivi psychologique en raison de troubles qui se sont particulièrement manifestés depuis juillet 2022 et que M. D suit lui-même des cours de français et s'est engagé en tant que bénévole dans l'organisation du festival Le Chainon Manquant en septembre 2022. Toutefois, eu égard à l'arrivée récente des intéressés sur le territoire français et à l'absence de précisions sur la gravité des troubles psychologiques dont souffre la requérante, ces éléments, s'ils justifient d'une insertion sociale des intéressés, ne suffisent pas à établir que la préfète de la Mayenne aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, ni méconnu l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination :

10. En premier lieu, en tant qu'ils désignent le pays de renvoi, les arrêtés attaqués visent l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils font état de la nationalité géorgienne de Mme F et de la nationalité azerbaïdjanaise de M. D et indiquent que ceux-ci, qui ont été notamment déboutés de leurs demandes d'asile, n'établissent pas être exposés à des menaces personnelles en cas de retour dans leurs pays d'origine ou dans tout autre pays dans lequel ils seraient admissibles. Par suite, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils désignent le pays de renvoi, doivent être regardés comme suffisamment motivés. Il résulte de cette motivation que leurs situations ont bien été examinées de manière approfondie avant la prise des ces décisions.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ", et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Les requérants soutiennent qu'ils craignent toujours pour leur sécurité tant en Géorgie qu'en Azerbaïdjan. Toutefois, les intéressés ne donnent aucune précision sur le déroulement des faits à l'origine de leurs craintes et se bornent à se référer au récit qu'ils ont exposé devant l'OFPRA et la CNDA. Or, ces deux instances ont considéré que leurs déclarations étaient peu circonstanciées, convenues, évasives et dépourvues d'indications précises et crédibles. M. D produit certes une attestation de demande d'asile, dont il ressort qu'il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 20 novembre 2023, et la traduction de témoignages de ses deux parents, datés du 15 septembre 2023, selon lesquels il serait toujours recherché par la police azerbaïdjanaise. Toutefois, ces seuls éléments, postérieurs aux dates des arrêtés attaqués, ne suffisent pas à établir l'existence, à ces dates, de risques réels, sérieux et avérés personnellement encourus. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, pour les raisons mentionnées au point 9, les moyens tirés de ce que la préfète aurait, en fixant les pays de destination, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F et M. D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués des 25 et 27 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés aux litiges :

15. Les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants étant rejetées, leurs conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. De même, les demandes présentées par les intéressés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, tendant à ce que le versement de sommes au profit de leur conseil soit mis à la charge de l'Etat, ne peuvent, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans les présentes instances, qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Les requêtes de Mme F et de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, M. C D, à la préfète de la Mayenne et à Me Magali Bearnais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

L. MARTIN La greffière,

V. MALINGRE La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne

en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

Nos 2311709, 2311710

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