jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 août 2023 et les 18 et 24 juin 2024, Mme E D et M. B C, ce dernier agissant en qualité de représentant légal de Mme A C, représentés par Me Lantheaume, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) du 28 avril 2023 refusant de délivrer à Mme D un visa de long séjour en qualité de travailleuse salariée, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°)d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de la demande de visa, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent dans le dernier état de leurs écritures, que :
- la décision implicite de la commission est entachée d'un défaut de motivation faute pour la commission de recours d'avoir répondu à sa demande de communication des motifs dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié de la composition régulière de la commission de recours ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la note verbale du Ministère des Affaires étrangères de la République de Madagascar ne lui était pas opposable ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations communiquées pour justifier de l'objet du séjour sont fiables et complètes ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle produit l'autorisation de travail et son contrat de travail visés par les autorités malgaches ;
- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires n'était pas opposable dès lors qu'elle a vocation à s'installer durablement en France ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet de Mme D est cohérent et sérieux.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 et 20 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un courrier du 4 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'irrecevabilité des conclusions de la requête en tant qu'elles sont présentées par Mme C, employeuse de Mme D, qui ne justifie pas, en cette seule qualité, d'un intérêt lui permettant de contester devant le juge administratif la légalité du refus de visa opposé à Mme D.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante malgache, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de salariée en se prévalant d'une autorisation de travail pour un emploi d'assistante de vie en contrat à durée indéterminée auprès de Mme C, son employeuse. Cette demande a été rejetée par une décision de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) le 28 avril 2023. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 10 août 2023, dont les requérants, Mme D et M. C, représentant légal de Mme C, demandent l'annulation au tribunal.
Sur la recevabilité de la requête en tant qu'elle est présentée par Mme C représentée par M. C :
2. La seule qualité d'employeur ne confère pas à Mme C un intérêt pour agir contre la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France refusant la délivrance d'un visa de long séjour à Mme D en qualité de travailleuse salariée. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais d'instance, en tant qu'elles sont présentées par Mme C, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Pour refuser la délivrance du visa sollicité la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, s'est fondée sur le double motif tiré, d'une part, de ce que le contrat de travail n'a pas été visé par les autorités malgaches et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa compte tenu du caractère insuffisant des garanties de retour présentées par la demandeuse.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général.
5. Mme D produit l'autorisation de travail délivrée le 21 avril 2023, pour occuper, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, un poste d'assistante de vie auprès d'un employeur particulier, à compter d'une date prévisionnelle fixée au 15 avril 2023. Il ressort des pièces du dossier que, compte tenu de la durée du contrat qu'elle a signé avec son employeur, la demandeuse a vocation à s'installer durablement en France, de sorte que le motif opposé par la commission, tiré de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa, n'est pas susceptible de fonder légalement la décision attaquée. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. D'autre part, si le ministre fait valoir que, par une note verbale du 4 août 2022, le ministère des affaires étrangères malgache a prévu une procédure de sortie, d'accompagnement et de suivi des travailleurs immigrés qui impose que le contrat de travail en cause soit visé conjointement par le ministère des affaires étrangères et par le directeur de la diaspora, cette procédure n'a d'incidence que sur la possibilité de faire usage du visa sollicité. Mme D produit en tout état de cause un contrat de travail sur lequel a été apposé le cachet de l'ambassade de Madagascar en France le 8 août 2023 ainsi que celui du directeur de la diaspora et des questions migratoires le 18 juillet 2023, à l'issue d'une procédure dont il ressort des pièces du dossier qu'elle a été engagée par l'employeur de la demandeuse dès le 24 avril 2023. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée est également entachée d'une erreur d'appréciation à ce titre.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à Mme D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à l'intéressée le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 10 août 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à M. B C, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
Mme Glize, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.
La rapporteure,
J. GLIZE
La présidente,
M. LE BARBIERLa greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026