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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312426

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312426

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantTUENDIMBADI KAPUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2023, M. A B, représenté par Me Tuendimbadi Kapumba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'ambassade de France en République démocratique du Congo du 11 août 2023 refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a communiqué des informations fiables et complètes ;

- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa sollicité est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive UE 2006/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès de l'ambassade de France en République démocratique du Congo, laquelle a rejeté sa demande par une décision du 11 août 2023. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 21 novembre 2023, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision consulaire. Le requérant doit donc être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette seule décision expresse de rejet.

2. En premier lieu, dès lors que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est substituée au refus consulaire, ainsi qu'il a été énoncé au point 1, les moyens dirigés expressément contre la seule décision consulaire, tiré de l'incompétence de l'auteur de celle-ci, et de l'erreur d'appréciation des informations communiquées, doivent être écartés comme inopérants.

3. En deuxième lieu, le point 2.4 de l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que l'administration " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

4. Pour refuser la délivrance du visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que le projet professionnel du requérant n'étant pas abouti et réaliste, il existait un risque de détournement de l'objet du visa, notamment à des fins migratoires.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été admis en première année de bachelor " management, développement d'entreprises et innovations " au sein de l'école supérieure de commerce et de management de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), après avoir obtenu son baccalauréat technique et parcours électronique en République démocratique du Congo puis entamé une première année de brevet technique supérieur développeur multimédia au Maroc. Le requérant, dont il ressort de la synthèse consulaire produite en défense qu'il s'est borné à déclarer au conseiller Campus France et au service de coopération et d'action culturelle qu'il avait " un grand intérêt pour les métiers de la gestion des entreprises et qu'il était passionné par le management ", n'apporte aucune explication concrète sur la nature de son projet professionnel. Dès lors, le projet d'études du requérant ne peut être regardé comme sérieux et cohérent. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs sollicitée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

Mme Glize, conseillère,

M. Templier, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLe greffier,

A. CORTET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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