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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312913

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312913

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, la SARL Agostino Nantes, représentée par la SELARL Ingelaere et Partners avocats, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 6 juillet 2023 par laquelle la caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé à son encontre un déréférencement pour une durée de 4 mois ;

2°) d'enjoindre à la CDC de procéder à son re-référencement sur la plate-forme " mon compte formation ", dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la CDC le versement d'une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : la décision querellée la met dans une situation financière inextricable. Elle est une entreprise de portage salariale ; sept salariés travaillent via la plateforme " Mon compte formation " en 2023. Elle produit une attestation de son expert-comptable établissant la part du chiffres d'affaires réalisé par ce dispositif. En 2023, deux salariés réalisent 100 % de leur chiffre d'affaires grâce à ce dispositif, 2 plus de 75 % de leur chiffres d'affaires, 3 autours des 50%.

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

* elle est insuffisamment motivée en fait : la suppression des offres est sans lien avec les griefs avancés dans la mesure où il s'agissait de dossiers à archiver ou à solder ; cette suppression ne permet pas davantage à la CDC d'affirmer que des fonds publics ont été perçus à tort dans la mesure où les offres ont été supprimées, non pas en raison de leur inéligibilité mais parce qu'elles sont soldées ;

* sur le caractère infondé de la plupart des griefs :

- en ce qui concerne le retrait des offres de formation établissant les griefs : s'agissant de l'absence des trois phases, celles-ci étaient réalisées mais pas formellement identifiées sur toutes ses offres. Cela a été corrigé dès la procédure contradictoire. S'agissant de l'absence de la remise au bénéficiaire d'un document de synthèse et des résultats détaillés du bilan de compétences, de la même manière, elle l'effectuait sans toutefois l'avoir formellement formalisé dans l'offre. S'agissant des deux derniers manquements, à savoir l'ajout de prestations complémentaires et des " objectifs " qui ne sont pas repris dans les contenus, elle ne le conteste pas. Elle s'est immédiatement mise en conformité lors de la procédure contradictoire. Toutefois, ces manquements sont insuffisants pour justifier une telle décision ;

- en ce qui concerne la perception injustifiée de fonds publics : la CDC considère à tort que la suppression de ces offres établit ces griefs. Cette suppression est sans rapport avec les griefs avancés dans la procédure contradictoire ; il s'agit d'une démarche supplémentaire qu'elle a réalisée, qui n'était pas demandée par la CDC dans le cadre de cette procédure. Partant, la CDC n'établit pas que ces offres étaient non-conformes ni que des fonds publics ont été indûment perçus. Seuls deux griefs sont fondés ; les autres sont soit inopérants soit infondés.

* elle est entachée d'erreur d'appréciation : à supposer que les griefs soient opérants, ceux-ci ne peuvent toutefois justifier une décision de déréférencement de quatre mois.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2023, la caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Agostino Nantes la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : l'attestation d'expert-comptable que la requérante produit n'apporte aucune précision sur sa santé financière globale et porte uniquement sur le chiffre d'affaires généré entre les années 2020 et 2023 grâce à la plateforme EDOF. L'organisme de formation est également confus sur sa masse salariale. Au demeurant, l'attestation d'un expert-comptable fait quant à elle mention de " consultants " dont le statut n'est pas précisé.

En tout état de cause, la requérante a attendu 2 mois après la notification de la sanction et plus d'un mois après le rejet de son recours gracieux pour introduire un référé suspension, de telle sorte que la période de déréférencement est à ce jour écoulée de plus de la moitié. Or, la société Agostino Nantes ne fait état d'aucune situation financière grave née pendant cette période suite à la sanction et de nature à s'accentuer dans les deux mois qui viennent. Par ailleurs, la requérante ne démontre pas qu'elle serait dans l'impossibilité de proposer ses formations autrement que par le biais du dispositif " Mon compte formation ". La mesure de déréférencement n'empêche nullement la société requérante d'exercer son activité professionnelle. En effet, elle peut tout à fait déployer ou étendre son activité de bilans de compétence en dehors de la plateforme.

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est suffisamment motivée ;

* au regard des échanges survenus au cours de la procédure contradictoire, il apparait clairement que la requérante a été informée de manière suffisante des manquements qui lui étaient reprochés et de la sanction encourue, et qu'elle a disposé d'un temps suffisant pour faire parvenir l'ensemble de ses observations ;

* sur l'inéligibilité des actions de bilans de compétence : la requérante n'apporte aucune justification permettant de confirmer que l'un des motifs d'inéligibilité retenus à son encontre n'était pas fondé. Elle a donc parfaitement déterminé les griefs opposables à la requérante dans le cadre de son contrôle de conformité ;

* elle a correctement apprécié la gravité des faits reprochés à la requérante. Les manquements reprochés à la société Agostino Nantes formations sont très loin d'être anodins pour les titulaires de comptes et particulièrement graves pour les deniers publics

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête au fond par laquelle la SARL Agostino Nantes demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2023 à 14 heures :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Blanco, avocat de la SARL Agostino Nantes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

La SARL Agostino Nantes, représentée par la SELARL Ingelaere et Partners avocats, a produit, le 18 septembre 2023 à 17h51, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, une note en délibéré ne contenant l'exposé, ni d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, ni d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office, de sorte qu'elle n'a pas été communiquée.

La caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, a produit, le 19 septembre 2023 à 16h54, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, une note en délibéré ne contenant l'exposé, ni d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, ni d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office, de sorte qu'elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Agostino Nantes, organisme de formation effectuant des bilans de compétence, est référencée sur la plateforme " mon compte formation ". Le 26 mai 2023, la caisse des dépôts et consignations a ouvert à son endroit une procédure de contrôle. Suite à l'envoi de pièces en réponse, elle a notifié, le 6 juillet 2023, à la SARL Agostino, une décision de déréférencement pour une durée de 4 mois. La requérante doit être regardée, aux termes de sa requête présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, comme demandant au juge des référés d'ordonner la suspension de ladite décision du 6 juillet 2023, ainsi que celle du 28 juillet 2023 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par la SARL Agostino Nantes, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées. Il y a lieu, en conséquence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter les conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse des dépôts et consignations, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la caisse des dépôts et consignations présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SARL Agostino Nantes est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Agostino Nantes et à la caisse des dépôts et consignations.

Fait à Nantes, le 20 septembre 2023.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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