vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2312927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BOHNER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 septembre 2023 et le 26 septembre 2023, M. I D et Mme F H A, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des enfants mineurs N C B D, L C B D et M C B D, représentés par Me Bohner, demandent au tribunal :
1°) d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner par un jugement avant dire droit une expertise génétique afin d'établir les liens de filiation allégués ;
3°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Djibouti rejetant les demandes de visa de long séjour présentées pour Mme F H A et les jeunes N C B D, L C B D et M C B D au titre de la procédure de réunification familiale ;
4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1200 euros hors taxe au profit de Me Bohner, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les actes d'état civil produits établissent les liens de famille allégués ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fessard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B D, ressortissant somalien, né le 1er novembre 1969, a obtenu le statut de réfugié par une décision du 5 novembre 2020. Il se déclare marié à Mme H A, ressortissante somalienne, née le 1er janvier 1982. De leur union sont nés, le 1er décembre 2007 N C B D, le 1er décembre 2009 L C B D, et le 1er janvier 2011 M C B D. Mme A et ses trois enfants ont sollicité des visas de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié auprès de l'ambassade de France à Djibouti, qui a rejeté leur demande par une décision du 8 juin 2023. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision implicite, née le 3 septembre 2023, et dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre cette décision de refus.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 12 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que M. D soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". La commission doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par l'autorité consulaire et tirés de ce que le lien familial avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire ne correspond pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa dans le cadre de la procédure de réunification familiale et que les documents d'état civil produits présentent les caractéristiques d'un document frauduleux.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ;() 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ". Aux termes de l'article L. 121-9 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides est habilité à délivrer aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, après enquête s'il y a lieu, les pièces nécessaires pour leur permettre soit d'exécuter les divers actes de la vie civile, soit de faire appliquer les dispositions de la législation interne ou des accords internationaux qui intéressent leur protection, notamment les pièces tenant lieu d'actes d'état civil. Le directeur général de l'office authentifie les actes et documents qui lui sont soumis. Les actes et documents qu'il établit ont la valeur d'actes authentiques. Ces diverses pièces suppléent à l'absence d'actes et de documents délivrés dans le pays d'origine. Les pièces délivrées par l'office ne sont pas soumises à l'enregistrement ni au droit de timbre ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, sous réserve que le lien familial soit établi, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui de la demande de visa.
S'agissant de Mme F H A :
6. D'une part, à l'appui de leur requête, M. B D et Mme H A ont produit un certificat de naissance concernant M. I D et un certificat de mariage établis par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 juin 2021 en application de l'article L. 121-9 précité. Aucune procédure d'inscription de faux n'a été engagée à l'encontre de ce certificat de mariage, de sorte que les énonciations qu'il comporte font foi. Les requérants doivent donc être regardés comme justifiant de l'identité de M. B D et de la réalité de son mariage, célébré le 1er janvier 2007, avec une dénommée Mme F H A.
7. D'autre part, les requérants produisent la copie d'un acte rédigé en anglais, émanant de la municipalité de Mogadishu, intitulé " certificate of identity confirmation ", soit un certificat de confirmation d'identité, selon lequel Mme F H A est née le 1er janvier 1982 à Afgoye, qu'elle est la fille de Mme G J et qu'elle est mariée. Si ces documents ne peuvent être regardés comme des actes d'états civils au sens de l'article 47 du code civil, ils peuvent être pris en compte, le cas échéant, pour déterminer l'existence d'une situation de possession d'état. Les mentions de ces actes sont corroborées par le passeport et la carte nationale d'identité de Mme F H A versés à l'instance. En outre, ces éléments sont cohérents avec ceux figurant dans les déclarations de M. B D effectuées auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2018. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que ces actes ont été établis plusieurs années après la naissance des intéressés, leur ôtant ainsi tout caractère probant, il n'établit pas, en se bornant à produire un document, issu de la base de données de l'UNICEF, qu'ils auraient été pris en méconnaissance des dispositions du droit local. De même, la circonstance que ces certificats ont été émis postérieurement à la délivrance du passeport de Mme H A, n'est pas de nature à les priver de leur caractère probant. Par suite, l'identité et le lien marital de Mme H A avec le réunifiant doivent être tenus pour établis par le mécanisme de la possession d'état. Dès lors, Mme H A, en sa qualité d'épouse de M. B D, est éligible à la procédure de réunification familiale. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en leur opposant les motifs cités au point 3.
S'agissant des jeunes N C B D, L C B D et M C B D :
8. Pour établir les liens de famille allégués, les requérants produisent les copies d'actes rédigés en anglais, présentés comme émanant de la municipalité de Mogadishu, intitulés " certificate of identity confirmation " soit un certificat de confirmation d'identité, selon lesquels, N C B D est né le 1er décembre 2007, L C B D est née le 1er décembre 2009, et M C B est né le 1er janvier 2011. Il ressort de ces mêmes pièces que le lien de filiation maternelle est établi à l'égard de Mme F H A. L'ensemble de ces mentions est corroboré par les passeports des intéressés également versés à l'instance. En outre, ces éléments sont cohérents avec ceux figurant dans les déclarations de M. B D réalisées auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2018. Comme rappelé au point 7, si les actes produits ne peuvent être regardés comme des actes d'états civils au sens de l'article 47 du code civil, ils peuvent, le cas échéant, être pris en compte au titre de la possession d'état. Enfin, la circonstance que ces certificats ont été délivrés postérieurement à la délivrance des passeports des intéressés n'est pas de nature à leur ôter tout caractère probant. Par suite, l'identité et les liens de famille allégués des trois enfants avec le réunifiant doivent être regardés comme établis par les éléments de possession d'état produits. Dès lors, les jeunes N C B D, L C B D et M C B D, en leur qualité d'enfants de M. B D, sont éligibles à la procédure de réunification familiale. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en leur opposant les motifs cités au point 3.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ni d'ordonner l'expertise sollicitée, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire procéder à la délivrance des visas sollicités, au profit de Mme H A et des jeunes N C B D, L C B D et M C B D, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. M. B D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bohner renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 3 septembre 2023 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités, dans le délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Bohner une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. I D et Mme F H A, à Me Bohner et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme K, première-conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026