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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313104

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313104

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2023 sous le numéro 2313104, M. C D, représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 5 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 8 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) refusant de lui délivrer un visa d'établissement en qualité de visiteur a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation en fait ;

- le motif des décisions litigieuses tiré de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il justifie de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins durant son séjour sur le territoire français ;

- ces décisions méconnaissent l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations des alinéas 2 et 3 de l'article 2 du protocole n°4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs.

II- Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2023 sous le numéro 2313109, Mme A B épouse D, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 5 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 8 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) refusant de lui délivrer un visa d'établissement en qualité de visiteuse a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation en fait ;

- le motif des décisions litigieuses tiré de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle justifie de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins durant son séjour sur le territoire français ;

- ces décisions méconnaissent l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations des alinéas 2 et 3 de l'article 2 du protocole n°4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Templier, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme B, ressortissants algériens, ont sollicité la délivrance de visas d'établissement en qualité de visiteurs auprès de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) et se sont vus opposer des refus par deux décisions du 8 mai 2023. Saisie de recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités par des décisions nées le 5 août 2023, lesquelles, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se sont substituées aux décisions consulaires. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant l'annulation au tribunal de ces seules décisions de la commission de recours.

2. En premier lieu, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point précédent, les décisions de la commission de recours se sont substituées aux décisions des autorités consulaires du 8 mai 2023, les moyens des requêtes doivent être écartés comme étant inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre les décisions consulaires.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. Si la décision consulaire est motivée, l'insuffisance de cette motivation peut être utilement soulevée devant le juge, sans qu'une demande de communication de motifs ait été faite préalablement.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il résulte de ces dispositions que les décisions en litige doivent être regardées comme étant fondées sur les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, ainsi que sur le même motif de fait que les décisions consulaires auxquelles elles se sont substituées, tiré de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables. Un tel motif, qui s'apprécie nécessairement au regard de l'objet des demandes dont les requérants ont saisi l'autorité consulaire, ainsi qu'au regard des justificatifs produits à cette fin, les mettent à même de contester utilement les refus de visas pris à leur encontre. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entaché la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L.421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " (). ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

8. Pour démontrer la fiabilité des informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions de leur séjour en France, les requérants produisent des bulletins de salaires, des attestations sur l'honneur de n'exercer en France aucune activité professionnelle soumise à autorisation ou encore des attestations d'assurance voyage. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur ne précise pas, dans son mémoire en défense, en quoi les informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions du séjour seraient incomplètes ou ne seraient pas fiables, M. D et Mme B sont fondés à soutenir que la commission de recours a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités pour ce motif.

9. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Dans son mémoire en défense, communiqué aux requérants, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que M. D et Mme B ne justifient pas de ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins durant leur long séjour en France et ne démontrent pas la nécessité pour eux d'effectuer un séjour de plus de quatre-vingt-dix jours sur le territoire français.

11. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.

12. En se bornant à soutenir qu'ils sollicitent des visas d'établissement afin de rendre visite au frère et à la belle-sœur de M. D qui résident en France, sans devoir être contraints de quitter la France au terme d'un délai de quatre-vingt-dix jours, les requérants n'établissent pas la nécessité pour eux de demeurer en France pendant plus de trois mois. Dans ces conditions, ce nouveau motif invoqué par le ministre est de nature à fonder légalement les décisions attaquées. Il y a donc lieu de procéder à la substitution de motif demandée par le ministre, laquelle n'a privé les requérants d'aucune garantie.

13. En quatrième lieu, la circonstance que les requérants justifieraient de ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins durant leur séjour en France est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées, eu égard au motif sur lequel elles se fondent.

14. En cinquième lieu, M. D et Mme B ne peuvent utilement se prévaloir des stipulations de la déclaration universelle des droits de l'homme, qui ne figure pas au nombre des textes diplomatiques ratifiés par la France dans les conditions fixées à l'article 55 de la constitution.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Il n'est pas démontré que M. D et Mme B seraient dans l'impossibilité de rendre visite aux membres de leur famille qui résident en France sous couvert de visas de court séjour, M. D étant au demeurant titulaire d'un visa de court séjour à entrées multiples valable du 20 décembre 2022 au 19 décembre 2024. Par ailleurs, il n'est pas établi que le frère et la belle-sœur de M. D seraient dans l'impossibilité de venir rendre visite aux requérants en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

17. En dernier lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations relatives à la liberté d'aller et venir, protégée par les stipulations précitées de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ceux-ci n'étant pas actuellement en situation régulière sur le territoire des Etats parties à cette convention et n'étant pas empêché par la décision litigieuse de quitter leur pays.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2313104 et n° 2313109 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme A B épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2313104, 2313109

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