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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313135

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313135

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2023, et un mémoire enregistré le 31 août 2024, M. A B et la société par actions simplifiée (SAS) LJB, représentés par Me Lantheaume, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 12 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour M. A B en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation de M. A B dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du 12 octobre 2023 n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'objet et les conditions du séjour sont justifiés par les informations transmises ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que M. B démontre ses compétences, ses qualifications, ainsi que son expérience professionnelle de trois années pour le métier de boucher et qu'une autorisation de travail a été délivrée par le ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Paquelet-Duverger a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, a déposé une demande de visa de long séjour en qualité de salarié auprès de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie), afin d'exercer comme boucher au sein de la société LJB, située à Lyon. Par une décision du 18 mai 2023, l'autorité consulaire a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Les requérants demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la décision du 12 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire.

2. Par la décision explicite du 12 octobre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours de M. B au motif que les documents présentés, relatifs à l'expérience professionnelle de ce dernier, comportaient des inexactitudes et des incohérences telles qu'ils ne permettaient pas d'établir l'adéquation entre sa qualification et les caractéristiques de l'emploi postulé. Elle a estimé également que M. B ne justifiait pas d'une situation professionnelle stable en Algérie, où il s'est successivement déclaré chauffeur puis boucher, qu'il souhaitait venir exercer une activité professionnelle au sein d'une entreprise gérée par un membre de sa famille et qu'une précédente demande de visa pour un court séjour avait fait l'objet d'un refus, ces éléments constituant un faisceau d'indices tendant à établir un risque de détournement de l'objet du visa.

3. En premier lieu, les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. La décision en litige vise les articles L. 5221-1 et suivants du code du travail ainsi que les articles L. 311-1 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et précise que le visa sollicité a été refusé pour les motifs de fait exposés au point 2. Ainsi, cette décision mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen soulevé par les requérants et tiré de ce que la commission a commis une erreur d'appréciation en considérant que les informations communiquées par M. B pour justifier l'objet et les conditions de son séjour en France étaient incomplètes et/ou pas fiables doit être écarté comme inopérant, la décision attaquée ne reposant pas sur un tel motif.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois () au titre d'une activité professionnelle ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

6. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative en application des textes précités ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France, dès lors que l'administration peut, indépendamment d'autres motifs de rejet tels que la menace pour l'ordre public, refuser la délivrance d'un visa, qu'il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu'elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. S'agissant en particulier du risque de détournement de l'objet du visa, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'administration en cas de refus de visa fondé exclusivement ou notamment sur l'absence d'adéquation de la qualification et de l'expérience professionnelle du demandeur avec l'emploi proposé.

7. M. B s'est vu délivrer le 8 février 2023 une autorisation de travail pour occuper le poste de boucher, sous contrat à durée indéterminée, au sein de l'entreprise LJB. S'il soutient que, contrairement à ce qu'indique le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, le métier de boucher est accessible sans diplôme en France pour autant que l'on puisse justifier de trois années d'expérience professionnelle, la fiche métier boucherie référencée D 1101, publiée sur le site France Travail, précise pourtant que cet emploi est accessible avec un diplôme de niveau CAP/BEP à Bac (Bac Professionnel, Brevet Professionnel, Brevet de maîtrise) en boucherie. M. B, qui se contente de produire une attestation de qualification artisan préparateur de produits alimentaires à base de viandes et une attestation de formation professionnelle à la carte sur les techniques de boucherie, datées respectivement des 11 janvier 2021 et du 8 mars 2020, ne présente donc pas la qualification professionnelle requise pour occuper un poste de boucher en France.

8. Par ailleurs, le certificat de travail daté du 14 juin 2023 qu'il produit, mentionne qu'il a occupé un emploi de boucher au sein de l'établissement Lebsari du 1er octobre 2017 au 22 décembre 2022, soit avant même d'avoir été formé à ce métier qualifié. De plus, le requérant a mentionné dans le formulaire de demande de visa toujours travailler dans cette boucherie le 18 avril 2023, alors que la date inscrite dans le certificat de travail précité était dépassée. Enfin, M. B a déclaré dans une précédente demande de visa de court séjour déposée en février 2020, être chauffeur et non boucher. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu légalement considérer que les documents présentés comportaient des inexactitudes et des incohérences telles qu'ils ne permettaient pas d'établir l'adéquation de sa qualification et de son expérience professionnelle avec les caractéristiques de l'emploi postulé.

9. Il n'est pas contesté que M. B souhaitait venir exercer une activité professionnelle au sein d'une entreprise gérée par un membre de sa famille. Alors que, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B ne justifie pas de l'adéquation de sa qualification et de son expérience professionnelles avec l'emploi pour lequel une autorisation de travail lui a été accordée, et qu'il a déjà fait l'objet d'un refus de visa, la commission n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant, que sa demande de visa présentait un risque de détournement de son objet.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions présentées par la SAS LJB, que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de la SAS LJB est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société par actions simplifiée LJB et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Paquelet-Duverger, première conseillère.

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024 .

La rapporteure,

S. PAQUELET-DUVERGERLa présidente,

V. POUPINEAULe greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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