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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313702

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313702

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSOH MOUAFO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 et 25 septembre 2023 et le 24 août 2024 à 15h05 et 16h22, M. A F B, représenté par Me Soh Mouafo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 9 août 2023 de l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer ce visa, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée et la décision consulaire du 9 août 2023 sont insuffisamment motivées ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- la décision consulaire est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations qu'il a apportées, à l'appui de sa demande de visa, sont fiables et complètes ;

- le motif tiré du détournement de l'objet du visa est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son projet d'étude est cohérent et sérieux ;

- le motif tiré de l'insuffisance de ses ressources est entaché d'une erreur d'appréciation.

- les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- il en va de même de celles des articles 5, 7 et 11 de la directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Pétri, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soh Mouafo, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant camerounais né le 31 octobre 1998, a sollicité un visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès de l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun), laquelle, a, par une décision du 9 août 2023, rejeté sa demande. Par une décision née le 13 novembre 2023, puis par une décision expresse du 5 décembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. B demande l'annulation de la décision du 5 décembre 2023 de la commission.

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce avec une précision suffisante les dispositions légales qui la fondent et mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Elle satisfait, ainsi, aux exigences de motivation que lui imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du demandeur de visa.

4. En troisième lieu, en l'absence de dispositions spécifiques figurant dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande de visa de long séjour formée pour effectuer des études en France est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnés à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801 précitée, laquelle participe de la transposition de cette même directive.

5. Le point 2.2 de cette instruction prévoit que " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études / L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité un visa de long séjour pour poursuivre une formation en seconde année de brevet de technicien supérieur " marketing et communication digitale " au sein de l'Executive Management School Of Paris (EMSP) et s'est acquitté, à ce titre, des droits d'inscription de 1 000 euros. Pour justifier de ses ressources, il produit une attestation de virement irrévocable à hauteur de 630 euros par mois, ainsi qu'une attestation d'hébergement datée du 31 mai 2023, indiquant, de façon au demeurant incohérente, qu'il est hébergé depuis le 16 août 2023, et précise, dans un courrier explicatif du 3 juillet 2023, rédigé à l'attention de l'autorité consulaire, qu'il est hébergé chez une amie de sa famille pour une durée de trois mois. Il verse également au dossier une attestation de son parrain, par laquelle celui-ci s'engage à payer les études, ainsi que les fiches de paie et l'avis d'imposition de l'intéressé établi au titre de l'année 2022, duquel il ressort que son revenu fiscal de référence s'élève à 51 103 euros pour 2,50 parts. Toutefois, M. B n'apporte de précision ni sur le coût de la scolarité à l'EMSP, ni sur le montant de ses charges quotidiennes lorsqu'il ne bénéficiera plus d'un hébergement à titre gratuit. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme disposant des ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature durant son séjour en France pour études. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu se fonder sur ce motif pour rejeter sa demande de visa. Il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

7. En quatrième lieu, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne, par son arrêt du 10 septembre 2014 n° C-491/13, " rien n'empêche les Etats membres d'exiger toutes les preuves nécessaires pour évaluer la cohérence de la demande d'admission à des fins d'études afin d'éviter toute utilisation abusive ou frauduleuse de la procédure ". Ainsi, en tout état de cause, alors même que le requérant remplirait les conditions fixées par les articles 5, 7 et 11 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016, la commission de recours n'a, en refusant de délivrer le visa pour les motifs indiqués au point 6, pas méconnu les objectifs de cette directive.

8. En cinquième et dernier lieu, eu égard à la nature de la décision contestée, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel CLa présidente,

Claire ChauvetLa greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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