vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2314314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AH-THION DIARD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2314275 le 23 septembre 2023, M. H F, représenté par Me Ah-Thion Diard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- les conditions de sa notification sont irrégulières ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision le privant d'un délai de départ volontaire :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
S'agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant trois ans :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2314314 le 23 septembre 2023, M. H F, représenté par Me Ah-Thion Diard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 21 septembre 2023 par lesquels le préfet de la Loire-Atlantique, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pendant une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision le privant d'un délai de départ volontaire :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
S'agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant trois ans :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision l'assignant à résidence pour une durée de six mois :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par les arrêtés du 21 septembre 2023, dont M. H F, ressortissant algérien né le 20 mars 1990 demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Ces deux arrêtés concernant la situation du même requérant, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :
2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1°L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement titulaire d'une délégation de signature du 13 septembre 2023, publiée au recueil des actes administratifs du même jour, lui permettant de signer au nom du préfet les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai, désignation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français et les décisions portant assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration et de M. G A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas, à cette même date, été absents ou empêchés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si les conditions de notification d'une décision administrative peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen dans la mesure où le préfet a estimé qu'il était défavorablement connu des services de police alors que le procès-verbal relatif aux renseignements judiciaires indique qu'il n'est pas mentionné dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'identification dactyloscopique réalisé le 20 septembre 2023, que M. F, sous le couvert d'une identité différente, est connu des services de police pour être l'auteur, d'une part, de menaces de mort réitérées et d'un refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir un état alcoolique les 11 et 12 septembre 2022, d'autre part, de recel et violences avec et sans arme aggravées. Par ailleurs, il ressort des mêmes pièces qu'il a été interpellé le 19 septembre 2023 et placé en garde à vue pour menaces de mort réitérées, dégradations de biens privés et port d'une arme de catégorie D. Enfin, l'erreur matérielle affectant l'arrêté portant obligation de quitter le territoire qui lui a été notifié le 21 septembre 2023 à 12 h 00, relative à la mention erronée d'une précédente obligation de quitter le territoire prise à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône, a été corrigée par la notification à 17 h 50 de l'obligation de quitter le territoire dont il demande l'annulation et qui s'est substituée à la première. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui n'établit pas l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, sur lequel il est entré irrégulièrement et où il se maintient irrégulièrement depuis lors, est célibataire et n'a aucune tierce personne à charge. Il ne justifie pas de liens personnels particuliers, notamment familiaux, en France. Agé de 33 ans à la date de la décision en litige, il peut poursuivre son existence dans le pays dont il a la nationalité. Il ne justifie en France d'aucun domicile fixe ni de ressources légales lui permettant d'assurer sa subsistance. Dès lors, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour du requérant en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté.
Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. D'une part, il résulte de ce qui a été énoncé au point 3 que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
8. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du jugement que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans :
9. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 3 que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
11. En deuxième lieu, cette décision comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du jugement que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
13. En quatrième lieu, si M. F fait état de ce que le préfet de la Loire-Atlantique aurait dû tenir compte de ses problèmes de santé pour ne pas édicter une interdiction de retour sur le territoire français, aucun document produit ne permet d'établir qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie. Dans ces conditions, compte tenu du comportement contraire à l'ordre public du requérant décrit au point 5 et de l'absence d'éléments établissant la durée de son séjour en France et sa relation de concubinage alléguée, le préfet de la Loire-Atlantique, qui a procédé à un examen de la situation de M. F en France, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur de droit..
14. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du jugement que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. F doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2314275 et 2314314 de M. F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I, à Me Ah-Thion Diard et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
L. FRELAUTLa greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2314275, 2314314
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026