mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2315181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, Mme D A épouse E B et M. C E B, représentés par Me Lantheaume, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 30 juillet 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) a refusé de convoquer Mme A épouse E B en vue de l'enregistrement de sa demande d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire convoquer Mme A épouse E B par l'autorité consulaire territorialement compétente afin qu'il soit procédé à l'enregistrement de la demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'État à leur verser une indemnité de 8 625,21 euros, augmentée des intérêts au taux légal avec capitalisation, en réparation du préjudice matériel et des troubles dans leurs conditions d'existence qu'ils ont subis, en raison du caractère tardif et fautif de l'enregistrement de la demande de délivrance de visa de Mme A épouse E B ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, en ce qu'elle ne comporte pas les nom et prénom ainsi que la qualité de son auteur ;
- cette même décision n'est pas motivée ;
- elle procède d'une appréciation manifestement erronée de ses conséquences sur leur situation familiale ;
- ladite décision méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en refusant de convoquer la requérante pendant 16 mois (à la date d'introduction de la présente requête) pour lui permettre de déposer sa demande de visa et de rejoindre son époux en France, l'administration a commis une faute, susceptible d'engager la responsabilité de l'État ;
- l'inertie fautive de l'autorité consulaire a retardé la mise en œuvre de leurs projets familiaux et occasionné un trouble dans leurs conditions d'existence constitutif d'un préjudice pour le couple, M. E B ayant dû en outre se rendre au Bangladesh pour y voir son épouse, faute pour celle-ci de pouvoir le rejoindre en France avec un visa.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut qu'il n'y a plus lieu à statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'un rendez-vous a été fixé à Mme A épouse E B le 17 octobre 2023 afin d'enregistrer la demande de délivrance de visa, et qu'un visa d'entrée et de long séjour en France a été délivré à Mme A épouse E B le 7 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E B, ressortissant bangladais, a obtenu par décision du 20 mai 2022 du préfet du Rhône une autorisation de regroupement familial au profit de Mme D A épouse E B, ressortissante bangladaise née le 1er mai 1994, son épouse alléguée. Cette dernière a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh). Les requérants demandent l'annulation de la décision implicite née le 30 juillet 2022 par laquelle cette autorité consulaire a refusé de la convoquer dans un délai raisonnable afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de visa.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, le 17 octobre 2023, postérieurement à l'introduction de la requête, l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) a accordé un rendez-vous à Mme A épouse E B afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France. Le ministre a produit au demeurant à l'instance la copie du visa d'entrée et de long séjour en France délivré à l'intéressée le 7 décembre 2023. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision consulaire implicite de refus d'enregistrement de la demande sont devenues sans objet. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fins d'injonction et d'astreinte. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Il résulte de l'instruction que, par un courrier daté du 7 octobre 2023 reçu par l'administration le 13 octobre 2023, Mme et M. E B ont présenté auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer une demande indemnitaire tendant à obtenir la réparation par l'Etat des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de la faute commise par l'autorité consulaire française, constituée par le refus de celle-ci de convoquer Mme A épouse E B dans un délai raisonnable en vue de l'enregistrement de sa demande de visa.
En ce qui concerne la faute de l'Etat :
4. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité consulaire serait tenue de recevoir l'étranger désireux d'obtenir un visa au titre du regroupement familial. Le droit pour les titulaires d'une autorisation de regroupement familial de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Eu égard aux conséquences qu'emporte la délivrance d'un visa tant sur la situation du regroupant que sur celle de son conjoint et ses enfants demeurés à l'étranger, notamment sur leur droit de mener une vie familiale normale, il incombe à l'autorité consulaire saisie d'une demande de visa au titre du regroupement familiale, accompagnée des justificatifs d'identité et des preuves des liens familiaux des membres de la famille du regroupant, de convoquer ces personnes afin de procéder, notamment, aux relevés de leurs empreintes digitales, puis à l'enregistrement de leurs demandes dans un délai raisonnable. Il incombe par conséquent aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour permettre aux membres des familles de bénéficiaires d'une autorisation de regroupement familial de faire enregistrer leurs demandes de visa dans un délai raisonnable.
5. Il résulte de l'instruction que le ministre, qui se borne à faire valoir que l'autorité consulaire française à Dacca a accordé un rendez-vous à Mme A épouse E B le 17 octobre 2023 afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France, n'apporte aucun élément de nature à justifier du délai de plus de 16 mois, qui ne saurait être regardé comme étant un délai raisonnable, qui s'est écoulé entre le 30 mai 2022, date de présentation de la demande de visa, et le 17 octobre 2023, date du rendez-vous fixé en vue de l'enregistrement de cette demande. Dès lors, en l'absence d'explication de nature à justifier que les services consulaires n'auraient pas été à même d'enregistrer la demande de visa dans un délai raisonnable, ce refus d'enregistrement dans un délai raisonnable est entachée d'illégalité. L'illégalité ainsi commise constitue une faute de nature à engager, en principe, la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
6. Il appartient au demandeur fondé à engager la responsabilité de l'administration en raison d'une faute commise par cette dernière d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge la réalité du préjudice subi et l'existence d'un lien direct de causalité entre la faute et ce préjudice.
7. Il résulte de l'instruction que seuls les préjudices subis par M. et Mme E B entre le 30 mai 2022 et le 17 octobre 2023 sont susceptibles de présenter un lien de causalité direct avec la faute à l'origine de l'engagement de la responsabilité de l'Etat.
8. D'une part, il est constant que le refus illégal d'enregistrement de la demande de visa de Mme A épouse E B l'a contrainte à demeurer pendant plus de seize mois dans l'attente de l'enregistrement et de l'instruction de sa demande de visa, à l'issue de laquelle un visa lui a été délivré le 7 décembre 2023, et à être ainsi séparée de son mari résidant en France. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice des requérants, au regard des troubles dans leurs conditions d'existence, en leur allouant à ce titre une indemnité de 3000 euros.
9. D'autre part, M. E B justifie avoir dû engager des frais de transport aérien, dont il est justifié à hauteur de 625,21 euros, afin de se rendre auprès de son épouse au Bangladesh du 10 octobre 2022 au 22 novembre 2022. Par suite, les requérants sont fondés à obtenir réparation de ce préjudice matériel à hauteur de 625,21 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser aux requérants une indemnité totale de 3 625,21 euros, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive commise, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 13 octobre 2023, date de réception de la demande d'indemnisation par l'administration. En revanche, la capitalisation des intérêts demandée par Mme et M. E B n'étant pas due sur une année entière d'intérêts, les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 200 euros, à verser à Mme et M. E B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte de la requête de Mme et M. E B.
Article 2 : L'État versera à Mme et M. E B la somme globale de 3625,21 euros (trois mille six cent vingt-cinq euros vingt et un centimes) avec intérêts au taux légal courant à compter du 13 octobre 2023.
Article 3 : L'État versera à Mme et M. E B la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse E B, à M. C E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
Le rapporteur,
P. REVEREAU
Le président,
P. BESSE
La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026