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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315211

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315211

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 3 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Moscou (Russie) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de visiteur ;

2°) d'annuler la décision du 3 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Moscou (Russie) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dès la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, d'enjoindre au réexamen de la demande de visa dans le délai de 1 mois et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles procèdent d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elles méconnaissent les stipulations des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moreno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de visiteur auprès de l'autorité consulaire française à Moscou (Russie). Par une décision du 3 juillet 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 28 septembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire française :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision du 28 septembre 2023 s'est substituée à la décision du 3 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Moscou. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de refus de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et les moyens invoqués contre la décision consulaire écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du sous-directeur des visas :

3. En premier lieu, pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui vise notamment l'article L. 311-1 et suivants, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 411-1 du même code, ainsi que les article L. 426-20 et suivants et L. 423-11 et suivants, s'est fondée sur le motif tiré de ce que Mme B ne justifie pas de la nécessité de s'installer en France pour un séjour de longue durée et que, dans ces conditions, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui servent de fondement à la décision contestée, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

5. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier sa demande de visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur, Mme B fait valoir à l'appui de sa requête qu'elle a des attaches particulières en France, où elle est propriétaire (à hauteur de 25%), avec ses parents (50%) et son fils (25%) d'un bien immobilier situé à Nice depuis 2022. Elle fait également valoir que ses parents ont obtenu un visa d'entrée et de long séjour en qualité de visiteur et qu'elle a produit tous les justificatifs nécessaires à l'appui de sa demande. Toutefois, ces seules considérations ne sont pas de nature à établir la nécessité pour Mme B de séjourner sur le territoire français plus de trois mois consécutifs. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu refuser à l'intéressée la délivrance du visa demandé.

7. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, Mme B ne justifie pas de la nécessité dans laquelle elle se trouverait de résider en France de manière permanente ou durable, ni de l'impossibilité de visiter sa famille en France dans le cadre de séjours de moins de trois mois. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, si Mme B soutient que la décision attaquée méconnaît le droit à la libre circulation découlant des articles 2 et 4 la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ces dispositions n'ont pas pour objet d'assurer aux étrangers des droits de caractère général et absolu d'accès et de séjour sur le territoire national.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

C. MORENO

Le président,

P. BESSELa greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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