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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316698

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316698

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantLESCS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 novembre 2023 et le 7 mars 2024,

M. D A, Mme B A et M. C A, représentés par Me Lescs, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°)d'annuler la décision du 20 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'ambassade de France au Pakistan, refusant de délivrer à Mme B A et à M. C A des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités ;

2°)d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dès la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen des demandes dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît à cet égard l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit s'agissant de l'inéligibilité de Mme B A et de M. C A à la procédure de réunification familiale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 :

- le rapport de Mme Glize, conseillère,

- et les conclusions de M. Barès, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant afghan, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 juillet 2014. Des visas de long séjour ont été sollicités à ce titre pour ses enfants Mme B A et M. C A, auprès de l'ambassade de France au Pakistan, laquelle a refusé de délivrer les visas sollicités par des décisions du 2 août 2023. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces refus consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités par une décision du 20 décembre 2023, dont les requérants demandent l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du 20 décembre 2023 vise les articles L. 311-1 et L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle indique que les demandeurs étaient âgés de plus de 19 ans, le jour où ils ont déposé leur demande de visa et qu'ils ne sont pas éligibles à la procédure de réunification familiale. Cette décision est par suite suffisamment motivée, en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 561-2 : " () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ".

Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire mentionnée à l'article L. 561-5. Elle est déposée auprès de l'autorité diplomatique ou consulaire dans la circonscription de laquelle résident ces personnes ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu'une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l'âge de l'enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur le motif tiré de ce que les demandeurs étaient âgés de plus de 19 ans à la date à laquelle ils ont déposé leur demande de visa auprès des services consulaires.

7. Si les requérants se prévalent d'un courrier adressé au bureau des familles de réfugiés le 14 mars 2016, puis de trois courriels adressés à l'ambassade de France au Pakistan en 2018 en vue de déposer une demande de réunification familiale, qui doivent être regardés comme révélant l'existence d'une deuxième demande, ces deux premières demandes ont, du fait du silence gardé par l'administration, fait naître des décisions implicites de rejet dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elles auraient été contestées. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'une nouvelle demande de visa a été déposée par le biais de l'assistante sociale des requérants,

le 23 décembre 2021, date à laquelle les demandeurs de visas, nés les 09 janvier 2000 et 15 février 2002, étaient âgés de plus de dix-neuf ans. Il résulte, dès lors, de ce qui a été dit au point 4, que Mme B A et M. C A n'étaient, à cette date, plus éligibles à la réunification familiale et ne sont au demeurant pas devenus majeurs entre la date du dépôt de demande de protection internationale à M. D A et la date d'octroi de cette protection. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, d'une erreur de droit ou d'une erreur de fait en refusant de délivrer les visas sollicités.

8. En dernier lieu, et alors que Mme B A et M. F étaient âgés respectivement de 23 et 21 ans à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils vivraient isolés au Pakistan. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par MM. A et Mme A, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MM. A et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme E, à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2316698

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