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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316864

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316864

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 6ème chambre
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 novembre 2023 et le 27 mai 2024, M. B C, représenté par Me Beneveniste, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a refusé le lieu de départ volontaire, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté :

- la requête est recevable dès lors que les mentions des voies et délais de recours mentionnées dans l'arrêté attaqué étaient incomplètes ou de nature à induire le requérant en en erreur ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente dès lors que la délégation de compétence publiée n'était pas signée ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation quant au risque de trouble à l'ordre public ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation du requérant ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise sur la base d'une décision d'éloignement illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise sur la base d'une décision d'éloignement illégale ;

- elle méconnaît es dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code e l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 et 29 mai 2024, le préfet de la Sarthe, a conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mars 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, dans leur rédaction applicable jusqu'au 1er mai 2021.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A.

- les observations de Me Benveniste, avocate de M. C,

- et les observations de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité algérienne, né en 1976, est entré en France, selon ses déclarations, le 18 septembre 2019. Il a sollicité un titre de séjour vie privée et familiale pour raisons médicales ou son admission exceptionnelle au séjour qui lui a été refusé par un arrêté du 13 juin 2022. Ce refus de titre de séjour a été assorti d'une obligation de quitter le territoire. Le requérant n'a pas contesté ces décisions. Après avoir été interpellé par les services de police le 3 novembre 2023 le préfet de la Sarthe a édicté le 4 novembre 2023 un arrêté l'obligeant à quitter le territoire sans français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ".

3. L'arrêté du 4 novembre 2023 faisant obligation à M. C de quitter le territoire français lui a été notifié le jour-même à 15h.. Le requérant a été placé en garde à vue le 4 novembre, puis, par un arrêté du préfet de la Sarthe du 6 novembre 2023 notifié à 17h42, placé en rétention administrative. Le délai de recours pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français débutait le 4 novembre et s'achevait le 6 novembre à 15h. Cet arrêté comportait la mention des voies et délais de recours et ne peut être regardé, notamment lorsqu'il détaille la forme possible que peut prendre la requête (dactylographiée, l'exposé de moyens), comme imposant au requérant des obligations qu'il ne se serait pas senti à même de pouvoir accomplir et qui l'auraient fait renoncer, de par leur complexité, à l'exercice d'un recours. La circonstance que l'arrêté ne mentionnait pas le numéro de télécopie du tribunal administratif ne peut être regardée comme une mention incomplète des voies et délais de recours qui aurait privé le requérant de la possibilité d'exercer un recours. Il ressort du procès-verbal de police, établi le 4 novembre à partir de 10h09, que l'assistance d'un avocat lui a été proposé. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et ce n'est d'ailleurs pas allégué par le requérant, que celui-ci aurait été privé ou empêché, lors de sa garde à vue de la possibilité de contester l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français. Alors même qu'il ressort des pièces du dossier que l'appréciation portée par le préfet de la Sarthe sur le risque que le requérant présente deun trouble à l'ordre public est entachée d'une erreur d'appréciation, qu'il n'a pas été tenu compte, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de la situation des trois enfants du requérant, et particulièrement de Mosaabe C, né en France en 2020, très lourdement handicapé et pris en charge en France, les conclusions de la requête dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées pour tardiveté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. Les dispositions citées au point 2 qui encadrent le recours dans un délai de 48heures ne portent que sur l'obligation de quitter le territoire français, et ne sont pas opposables à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et d'ailleurs l'arrêté attaqué se borne à mentionner, dans les voies et délais de recours, la durée de 48heures seulement contre l'obligation de quitter le territoire français.

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant est infecté par le virus du VIH pour lequel elle poursuit un traitement en France, qu'ils ont ensemble trois enfants dont l'un, comme cela ressort des différentes attestations médicales produites, est très lourdement handicapé et nécessite une prise en charge médicale et éducative adaptée et pluridisciplinaire. Ainsi, le préfet, en prenant la décision d'interdiction du territoire attaqué a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et su séjour des étrangers qui prévoient, explicitement, de tenir compte des considérations humanitaires.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé en tant qu'il interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans à M. C. Le surplus des conclusions à fin d'annulation et sur les frais du litige de la requête doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet de la Sarthe du 4 novembre 2023 est annulé en tant qu'il interdit le retour sur le territoire de M. C pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Sarthe et à Me Benveniste.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le magistrat désigné,

T. ALa greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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