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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318147

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318147

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 6 décembre 2023, le 21 décembre 2023 et le 14 mars 2024, M. B A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge du préfet de la Sarthe la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit au regard de la réalité de ses actes d'état civil ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, se disant ressortissant malien né le 25 novembre 2005, est entré sur le territoire français au mois d'avril 2021, selon ses déclarations. Il a, par une ordonnance du 17 juin 2021, été placé sous la tutelle du conseil départemental de la Sarthe, qui a ensuite été déléguée au service de l'aide sociale à l'enfance de la Sarthe par une ordonnance du 18 juin 2021. Le 13 juin 2023, il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 5 décembre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixantfixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté litigieux a été signé par le secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par un arrêté du 19 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/ 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Enfin aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".

4. Les dispositions précitées de l'article 47 du code civil posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Par ailleurs, à la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet de la Sarthe a estimé qu'il n'était pas en mesure de justifier de son identité dès lors, d'une part, que le jugement supplétif et les actes d'état civil produits à l'appui de sa demande ont été considérés comme frauduleux et inauthentiques par la police aux frontières et d'autre part que la consultation du fichier Visabio a révélé qu'il a sollicité la délivrance d'un visa en mentionnant une date de naissance différente, le requérant ayant indiqué à l'appui de sa demande de visa être né le 31 décembre 1998.

6. Si le requérant produit un document présenté comme constituant le volet n° 3 d'un acte de naissance malien dressé le 20 septembre 2022, ce document, qui n'a d'ailleurs pas fait l'objet d'une légalisation, est dépourvu de numéro national d'identification malien et comporte, dans les mentions pré-imprimées en marge gauche, une grossière erreur. Le document présenté comme constituant un extrait de jugement supplétif d'acte de naissance, qui n'a d'ailleurs pas non plus été légalisé, est dépourvu de caractère probant, le jugement auquel se rapportant cet extrait n'étant pas présenté. Le document présenté comme constituant un extrait conforme de ce volet n° 3 comporte, au pied de ce document, qui n'a pas davantage été légalisé, une faute de grammaire grossière. Il est, en outre, établi que, le 6 mars 2020, une personne dont les empreintes digitales sont celles du requérant et qui est ainsi le requérant, avait sollicité de l'autorité consulaire française à Bamako la délivrance d'un visa de court séjour en déclarant répondre à l'identité de M. B A, né le 31 décembre 1998 au Mali et, à l'appui de cette demande, avait présenté un passeport ordinaire malien délivré le 30 janvier 2020, valable jusqu'au 29 janvier 2005 et mentionnant cette identité. Alors que le service spécialisé de la Police nationale a, le 16 novembre 2022, estimé que les documents présentés par le requérant comme constituant des documents d'état civil sont contrefaits, le requérant n'apporte aucune explication quant à la circonstance qu'il avait en 2020 demandé la délivrance, qui lui a été refusée, d'un visa en faisant état d'une identité différente de celle dont il s'est prévalu à l'appui de sa demande de titre de séjour. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Sarthe a pu légalement et sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le requérant ne justifie pas de son identité et, pour cette raison, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, ni de la date de cette entrée. Son séjour, remontant à l'année 2021, demeure récent, alors que son identité, en particulier son âge, n'est pas établie. Il est célibataire et n'a personne à sa charge. Il ne justifie pas d'attaches personnelles particulières, de nature privée ou familiale, en France. S'il a pu être scolarisé en France, cette scolarisation constitue une composante essentiellement publique de la vie personnelle et ne se rapporte aux composantes privée et familiale de la vie personnelle. Si le requérant allègue ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine, il n'en justifie pas et il ne ressort pas du dossier qu'il ne pourrait poursuivre sa vie personnelle dans le pays dont il est le ressortissant, où il a vécu pendant de nombreuses années et où, le 31 mai 2023, il a déclaré que vivent ses parents et son frère. Rien ne s'oppose à ce que le requérant valorise dans son pays ses qualités personnelles ainsi que les savoirs ou apprentissages qu'il aurait pu acquérir en France. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour du requérant en France, comme des effets d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été pris cet arrêté, qui ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (..) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document () ; "

10. Si M. A soutient que le préfet a commis une erreur de droit en faisant application du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui couvre le risque qu'une mesure d'éloignement prononcée ne soit pas exécutée lorsque l'étranger s'est maintenu sur le territoire après l'expiration de son titre de séjour. Or, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet ne s'est pas fondé sur le 3° mais sur les 7° et 8° de cet article. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de ce 3° est inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Sarthe et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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