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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318170

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318170

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBENVENISTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C, ressortissant centrafricain, qui demandait l'annulation du refus de visa de long séjour pour études. La commission de recours avait fondé son refus sur le risque de détournement de l'objet du visa, estimant que le projet d'études n'était pas suffisamment sérieux et cohérent. Le tribunal a jugé que, malgré l'admission de l'intéressé à l'université d'Angers, les éléments fournis ne permettaient pas d'écarter ce risque, et a donc écarté le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la directive (UE) 2016/801.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, M. A D C, représenté par Me Benveniste, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 1er septembre 2023 de l'autorité consulaire française à Bangui (République centrafricaine) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du risque de détournement de l'objet du visa qu'il a sollicité, dès lors que son projet d'étude est sérieux et cohérent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D C, ressortissant centrafricain né le 8 décembre 2002, a sollicité un visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès de l'autorité consulaire française à Bangui (République centrafricaine), laquelle a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 25 novembre 2023, dont M. C demande l'annulation, puis par une décision expresse du 20 décembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

3. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, d'une part, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, dirigées contre la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, doivent être regardées comme dirigées contre sa décision expresse du 20 décembre 2023, d'autre part, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision implicite doit être écarté comme inopérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire dont elle a été saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que M. C n'a pas présenté d'éléments suffisamment probants permettant de s'assurer que son séjour en France à des fins alléguées d'études ne présente pas un risque de détournement de l'objet de sa demande.

5. L'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 dispose dans son point 2.1, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études " : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France ". Dans son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", cette même instruction indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a validé en 2023 une première année de licence professionnelle en " banque, microfinance et assurance " à la faculté des sciences économiques et de gestion de l'université de Bangui et a été admis en première année de licence " économie-gestion " à la faculté de droit, d'économie et de gestion de l'université d'Angers. Il explique le choix de cette formation par l'intérêt qu'il conçoit pour la comptabilité, la gestion et la finance, par sa volonté de se spécialiser dans ce domaine, et par la plus-value qu'il y aurait en la matière à réaliser des études à l'étranger. Il précise que le choix d'effectuer ses études en France résulte de ce qu'il est francophone et de ce que l'université d'Angers propose des spécialités adaptées à son projet. Ce faisant, M. C n'apporte pas de précisions suffisantes sur la plus-value qu'il y aurait pour lui à suivre en France une formation qui constituerait une répétition de son parcours académique antérieur, alors qu'il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas poursuivre un cursus comparable dans son pays de résidence. Au demeurant, M. C n'apporte aucune précision de nature à établir que son projet d'études s'inscrirait dans une perspective professionnelle précise. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de délivrer à M. C le visa sollicité en lui opposant un risque de détournement de son objet.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Françoise Guillemin, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.

Le rapporteur,

Emmanuel B

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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