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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318510

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318510

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2318509 le 12 décembre 2023 et le 11 avril 2024, Mme C G, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Vendée a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine auprès de la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte pour justifier des diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une attestation de demande d'asile, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'abrogation de l'attestation de demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent et bénéficiait d'une délégation de signature régulière, spéciale et publiée ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation notamment de sa situation familiale et des risques encourus dans son pays d'origine, de la scolarisation des enfants et de l'intégration de la famille, notamment professionnelle et sociale ;

- le droit d'être entendu, résultant notamment des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- les dispositions des articles L. 542-2 et R. 531-17 à R. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ; la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'est pas établie, la notification régulière du rejet de sa demande d'asile n'étant pas établie dans les conditions prévues par les articles R. 531-17 à R. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 3.1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue en application des dispositions de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour pouvoir saisir la Cour nationale du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation particulière ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête de Mme E.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 mars 2024.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2318510 le 12 décembre 2023 et le 11 avril 2024, M. F D, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Vendée a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a astreint à se présenter une fois par semaine auprès de la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte pour justifier des diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une attestation de demande d'asile, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'abrogation de l'attestation de demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent et bénéficiait d'une délégation de signature régulière, spéciale et publiée ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation notamment de sa situation familiale et des risques encourus dans son pays d'origine, de la scolarisation des enfants et de l'intégration de la famille, notamment professionnelle et sociale ;

- le droit d'être entendu, résultant notamment des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- les dispositions des articles L. 542-2 et R. 531-17 à R. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ; la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'est pas établie, la notification régulière du rejet de sa demande d'asile n'étant pas établie dans les conditions prévues par les articles R. 531-17 à R. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 3.1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue en application des dispositions de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour pouvoir saisir la Cour nationale du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation particulière ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête de M. D.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,

- les observations de Me Béarnais, représentant Mme E et M. D, en présence de ces derniers.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C H E, ressortissante malgache née en février 1990, et M. F D, ressortissant malgache né en mars 1985, sont entrés en France en juillet 2019 munis d'un visa de court séjour. Ils ont déposé des demandes d'asile qui ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 octobre 2021. Leur recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 novembre 2023. Par des décisions du 27 novembre 2023, le préfet de la Vendée a abrogé les attestations de demande d'asile de Mme E et M. D, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office et les a astreints à se présenter une fois par semaine auprès de la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte pour justifier des diligences accomplies en vue de leur départ. Mme E et M. D demandent, chacun en ce qui le concerne, l'annulation des décisions du 27 novembre 2023.

2. Les requêtes n° 2318509 et 2318510, présentées pour Mme E et M. D, sont relatives à la situation d'un couple, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions abrogeant l'attestation de demande d'asile :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet par délégation par M. Yann Le Brun, secrétaire général par intérim. Par un arrêté du 16 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Vendée a donné délégation à M. Yann Le Brun, secrétaire général par intérim de la préfecture, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, recours juridictionnels, mémoires en défense et tous documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vendée, à l'exception des arrêtés de conflit ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. Les décisions abrogeant les attestations de demande d'asile de Mme E et M. D comportant l'exposé des considérations de droit et de fait qui les fondent, le moyen tiré de leur insuffisante motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit également être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 27 novembre 2023 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Vendée n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme E et M. D, au regard notamment de leur vie privée et familiale et des éventuels risques encourus, avant d'abroger leurs attestations de demande d'asile.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'abrogation des attestations de la demande d'asile de Mme E et M. D ne font pas suite aux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, mais au rejet par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions du 9 novembre 2023 de leur recours contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il suit de là que Mme E et M. D ne peuvent utilement invoquer l'absence de notification régulière des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conformément aux dispositions des articles R. 531-17 à R. 531-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Les arguments soulevés par Mme E et M. D à l'appui des moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont uniquement relatifs aux obligations de quitter le territoire français du même jour contenues dans les arrêtés du 27 novembre 2023. Par leurs arguments, les requérants n'établissent donc pas que les décisions du 27 novembre 2023 portant abrogation de leurs attestations de demandeurs d'asile méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme E et M. D résident en France, à la date des décisions contestées, depuis le mois de juillet 2019 depuis environ quatre années et quatre mois. Ils sont entrés en France en compagnie de leurs trois enfants, dont le plus jeune né en mars 2018, n'était âgé que d'un an et demi à l'entrée en France de la famille et n'a pratiquement connu que ce pays. Les trois enfants du couple sont scolarisés en France, les deux ainés depuis leur entrée en France, soit B, né en décembre 2013, entre le cours préparatoire (CP) depuis l'année 2019-2020 jusqu'en CM2 pour l'année 2023-2024, année des décisions contestées, et A, née en mai 2016, entre la petite section (PS) depuis l'année 2019-2020 jusqu'en CE1 pour l'année 2023-2024. Le plus jeune enfant du couple, Lucas né en mars 2018, est également scolarisé depuis l'année 2020-2021, année au cours de laquelle il a été scolarisé en toute petite section, jusqu'à la grande section de maternelle pour l'année 2023-2024. Les enseignants des enfants du couple soulignent la scolarité exemplaire des enfants et l'implication des parents dans le déroulement de la scolarité, le petit Lucas étant décrit comme " extrêmement performant et même en avance par rapport à ses camarades dans les apprentissages ". Le jeune B est également décrit par son enseignant comme " un enfant intégré dans la classe et l'école qui a des amis (). C'est un très bon élève, impliqué dans la vie de classe et les travaux de groupe ". La jeune A est également décrite, ainsi que son frère Aaron, par le directeur d'école comme une élève très sérieuse et très assidue, travaillant très bien en classe, une très bonne camarade, toujours respectueuse des règles de l'école. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme E et M. D, entrés régulièrement en France et autorisés à travailler en qualité de demandeurs d'asile, ont presque constamment travaillé entre 2020 et 2023, M. D ayant notamment travaillé en qualité de manœuvre dans le bâtiment et dans le maraichage et Mme E en qualité d'agente d'entretien et dans le maraichage. Bien que cette circonstance soit postérieure aux décisions contestées, il ressort enfin des attestations de la présidente de l'association que lorsque les intéressés n'ont plus été autorisés à travailler du fait des décisions contestées, les requérants ont débuté une activité bénévole au profit d'une épicerie solidaire. Enfin, il ressort des déclarations des intéressés au cours de l'audience publique, non contestées par le préfet de la Vendée non présent ni représenté, que leurs employeurs, les ayant embauchés lorsqu'ils avaient l'autorisation de travailler, souhaitent à nouveau leur proposer du travail. Il résulte de tout ce qui précède que compte tenu de la durée du séjour en France de Mme E et M. D, de la scolarisation continue de leurs enfants, dont le plus jeune vit en France depuis l'âge d'un an et demi, et de l'intégration tant professionnelle du couple que scolaire des enfants du couple, les requérants sont fondés à soutenir qu'en les obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Vendée a porté une atteinte excessive à leur droit à une vie privée et familiale normale et a donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes que Mme E et M. D sont fondés à demander l'annulation des décisions du 27 novembre 2023 portant à leur égard obligation de quitter le territoire français. L'annulation des obligations de quitter le territoire français entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

14. Eu égard aux motifs du présent jugement, et en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation des obligations de quitter le territoire français attaquées implique que le préfet de la Vendée réexamine, dans un délai de deux mois, la situation de Mme E et M. D et qu'il leur délivre, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à qu'il ait à nouveau statué sur leur cas. L'exécution n'implique en revanche pas qu'il soit enjoint au préfet de la Vendée de délivrer aux intéressés une attestation de demandeur d'asile.

Sur les frais liés au litige :

15. Mme E et M. D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béarnais, avocate de Mme E et M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme globale de 1 800 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 27 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Vendée a obligé Mme E et M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de réexaminer la situation de Mme E et M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer à chacun dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours.

Article 3 : L'Etat versera à Me Béarnais, avocate de Mme E et M. D, la somme globale de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme E et M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H E, à M. F D, à Me Béarnais et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2318509, 2318510

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