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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319322

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319322

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationOQTF 6 semaines - M. LESIGNE
Avocat requérantMEDJBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 décembre 2023 et le 28 mars 2024, M. A C, représenté par Me Medjber, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée de douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en faveur de son avocat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la substitution de base légale ne peut être opérée car il avait commencé à régulariser sa situation professionnelle ;

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

- La décision est entachée d'erreur de droit car il ne présente aucun " risque de soustraction " à la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation car elle est disproportionnée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il demande une substitution de base légale dès lors que la situation du requérant entre dans le champ du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lesigne, magistrat honoraire, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Lesigne, magistrat désigné ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 20 février 1990 à Alger (Algérie), est entré en France le 29 décembre 2019 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour par les autorités autrichiennes. Il a été interpellé le 26 décembre 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, placé en garde à vue et soumis à une audition. Il a fait l'objet, le 27 décembre 2023, d'un arrêté du préfet de la Sarthe portant obligation de quitter le territoire français sans délai, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait qui en constituent le fondement, et mentionne notamment les éléments biographiques et la situation personnelle du requérant. Elle précise que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y maintient irrégulièrement sans avoir sollicité un droit au séjour faisant ainsi référence au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue la base légale de l'arrêté attaqué. Le préfet en défense sollicite une substitution de base légale en faisant valoir que la situation du requérant entre dans le champ d'application du 2° de l'article L. 611-1 du code, dès lors qu'il est entré sous couvert d'un visa de court séjour Schengen et s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire français à l'expiration de son visa. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de substituer cette base légale à la base légale erronée mentionnée dans l'arrêté. Par ailleurs, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut de base légale doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D, adjointe à la cheffe de bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux, qui disposait d'une délégation de signature, en vertu de l'article 6 de l'arrêté préfectoral du 20 juin 2023 régulièrement publié, par subdélégation de M. B, directeur de la Citoyenneté et de la légalité, en cas d'empêchement de ce dernier, et de Mme E, cheffe de bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux, en cas d'empêchement de cette dernière. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. Le requérant est célibataire et sans enfant et ne dispose pas d'attaches familiales ou personnelles intenses, stables et anciens sur le territoire français, quand bien même certains de ses oncles et tantes résident sur le territoire français, à une adresse à Alès (Gard) où il est hébergé. Il réside en France depuis décembre 2019 soit depuis seulement quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident sa mère et ses deux sœurs selon ses déclarations et où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. La production d'un contrat de travail à durée indéterminée en date du 13 novembre 2023, soit un mois avant l'arrêté attaqué, ne suffit pas à établir que le préfet de la Sarthe aurait méconnu son droit à une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

Sur le refus d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ()".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas été en mesure lors de son audition de présenter un passeport algérien en cours de validité ni de justifier d'un lieu d'hébergement à Alès. Sur ce dernier point, l'attestation, qui concerne un lieu situé au Mans et non à Alès, a du reste été établie postérieurement à l'arrêté attaqué. C'est donc à bon droit que le préfet de la Sarthe a estimé que l'intéressé ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes et que partant, il présentait un risque de se soustraire à l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Les circonstances invoquées tenant à l'insertion professionnelle du requérant et à ses attaches personnelles sur le territoire français sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

9. En premier lieu, M. C ne fait valoir aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une telle décision. En second lieu, en se bornant à faire valoir ses attaches familiales sur le territoire français et l'absence de risque de menace à l'ordre public, M. C ne démontre pas le caractère disproportionné de la durée d'un an fixée par le préfet de la Sarthe pour l'interdiction de retour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Sarthe et à Me Medjber.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

F. LESIGNELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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