mardi 1 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2400400 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CESSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 janvier 2024 et 28 février 2025, et des pièces complémentaires produites les 19 février 2024 et 3 mars 2025, M. A B, représenté par Me Cesso, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 27 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 31 août 2023 de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de descendant à charge d'une ressortissante française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa demandé dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moreno,
- et les observations de Me Cesso, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de descendant à charge d'une ressortissante française auprès de l'autorité consulaire française à Annaba. Par décision du 31 août 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 27 novembre 2023, dont il demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".
3. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celles de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagés sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables.
4. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le président de la commission [de recours] est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2019 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " [La commission] délibère valablement lorsque le président et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ". Aux termes de l'article D. 312-7 : " La commission peut soit rejeter le recours, soit recommander au ministre des affaires étrangères et au ministre chargé de l'immigration d'accorder le visa demandé. / Le président de la commission peut rejeter, sans réunir la commission, les recours manifestement irrecevables ou mal fondés. "
5. Il ne résulte ni de ces dispositions, ni d'aucune autre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'un autre texte, que, sauf dans le cas prévu par les dispositions précitées de l'article D. 312-7, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est tenue de se réunir pour statuer par décision expresse sur un recours formé devant elle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas démontré que la commission de recours contre les décisions de refus de visa s'est effectivement réunie pour examiner son recours, en étant régulièrement composée, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, qui sont relatives aux conditions d'obtention d'un certificat de résidence de dix ans.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ".
8. Si le requérant soutient que l'objet et les conditions du séjour envisagé ont été expliqués au stade de la demande de visa, il ressort toutefois des pièces du dossier que, constatant l'incomplétude du dossier, l'autorité consulaire à Annaba a effectué une demande de complément le 25 avril 2023, et que, rappelée à Mme C, mère du requérant, à l'occasion de sa venue au consulat le 14 août 2023, celle-ci est restée sans réponse. Par suite, en l'absence d'éléments supplémentaires concernant notamment les justificatifs de prise en charge de M. B par Mme C, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu refuser la délivrance du visa d'entrée et de long séjour demandé.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, âgé de 36 ans à la date de la décision attaquée, a été pris en charge par sa grand-mère, et a vécu séparé de sa mère depuis plusieurs années, alors que celle-ci s'est mariée le 19 juin 1998 et s'est installée en France. En outre, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas isolé dans son pays d'origine, Mme C justifie se rendre plusieurs fois par an en Algérie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien ont été méconnues, ni que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Bouchardon, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Revéreau, premier conseiller,
Mme Moreno, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.
La rapporteure,
C. MORENO
Le premier conseiller
faisant fonction de président,
L. BOUCHARDON
La greffière,
S. FOURNIER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2408728
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête en annulation d'une décision implicite de rejet d'un visa de réunification familiale pour un enfant mineur. Le tribunal a jugé que la motivation de la décision contestée, qui reprenait les motifs du refus consulaire basés sur l'absence de preuve probante du lien de filiation, était suffisante au regard du code des relations entre le public et l'administration. Il a ainsi écarté le moyen d'insuffisance de motivation soulevé par la requérante.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2312412
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête d'un attaché d'administration demandant l'annulation de son compte-rendu d'évaluation professionnelle. Le juge a estimé que les vices de procédure allégués, notamment l'absence d'annexion de son rapport d'activité au compte-rendu, n'étaient pas de nature à entacher d'illégalité l'acte, car ils n'ont pas exercé d'influence sur la décision ni privé l'agent d'une garantie. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique, du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 et de l'arrêté du 18 mars 2013.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2300373
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête du syndicat SNUDI-FO 53 visant à faire reconnaître le droit des enseignants du premier degré de la Mayenne à un service effectif de médecine préventive. Le tribunal a jugé que le syndicat n'apportait pas la preuve d'une carence dans l'organisation de ce service au niveau départemental, ni que la situation des personnels justifiait une action en reconnaissance de droits collectifs. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n°82-453 du 28 mai 1982 et de l'article L. 77-12-1 du code de justice administrative.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2406872
**Sujet principal** : Recours en annulation contre une suspension conservatoire d'une fonctionnaire publique pour faute grave. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Nantes (11ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal annule l'arrêté de suspension, considérant que les faits reprochés (propos injurieux lors d'un entretien) ne présentent pas, à eux seuls, le caractère de gravité suffisant requis pour justifier une telle mesure conservatoire. L'autorité administrative a commis une erreur d'appréciation. **Textes appliqués** : L'article L. 531-1 du code général de la fonction publique, qui encadre la suspension pour faute grave.
31/03/2026